Rome et Paris invoquent des préoccupations juridiques et techniques sur l’application concrète de l’interdiction. En même temps, en 2025, la France a délivré le plus grand nombre de visas à des ressortissants russes dans l'espace Schengen.
La France et l’Italie se montrent sceptiques face à un projet visant à interdire l’entrée dans l’Union européenne aux combattants russes actuels et anciens, invoquant des préoccupations juridiques et techniques.
Ces deux pays sont actuellement ceux de l’UE qui reçoivent le plus grand nombre de demandes de visa en provenance de Russie et, selon trois sources diplomatiques, ils se montrent réticents à l’idée d’interdire l’entrée dans l’UE aux Russes ayant servi dans l’armée.
Selon le « Baromètre Schengen », outil de suivi interne de la Commission européenne, plus de 620 000 visas Schengen ont été délivrés à des ressortissants russes en 2025, soit une hausse de 10,2 % par rapport à 2024, dont plus de 477 000 visas touristiques.
En 2025, la France arrivait en tête avec un peu moins de 180 000 arrivées, avec une augmentation de plus de 23 % en un an, devant l’Italie avec environ 160 000, malgré un léger recul par rapport à l'année précédente, et l’Espagne avec un peu moins de 100 000 visas, un niveau globalement stable d'une année sur l'autre.
Ces pays soutiennent que les Russes qui se rendent en Europe sont exposés au mode de vie européen et aux libertés qui y sont associées.
Les critiques pointent plutôt comme raison les dépenses que ses Russes fortunés amènent aux économies concernées. Le tourisme représente 7.5% du PIB français en 2025, contre 15.6% en Espagne en 2024.
Cette interdiction a été proposée dans le cadre du 21e paquet de sanctions visant la Russie pour sa guerre d’agression contre l’Ukraine. Les responsables mettent en avant la sécurité comme principale justification, en l’assimilant à l’interdiction déjà appliquée par l’UE aux anciens combattants de l’organisation État islamique.
Début juin, une coalition de 11 pays d’Europe du Nord et de l’Est a réclamé un durcissement des règles de délivrance des visas pour les touristes russes, les arrivées en provenance de Russie augmentant régulièrement depuis le début de la guerre en 2022.
Dans les faits, la part des arrivées touristiques concernées par des sanctions visant d’anciens combattants devrait rester négligeable, compte tenu du nombre élevé de pertes sur la ligne de front et du fait que les soldats de base appartiennent rarement à une catégorie sociale capable de financer un voyage en Europe.
Mais les conséquences pratiques pourraient être importantes pour les pays qui traitent des centaines de milliers de demandes par an, ce qui pousse Paris et Rome à s’interroger sur la manière dont la mesure pourrait être concrètement appliquée.
Les deux gouvernements estiment également que la base juridique relève de la politique des visas – une compétence partagée entre l’UE et les États membres – plutôt que d’un paquet de sanctions.
La Commission européenne travaille à des solutions techniques pour mettre en œuvre l’interdiction, qui reste en discussion avec le reste du paquet de sanctions, les États membres visant une adoption avant la mi-juillet afin d’éviter la révision automatique des mesures.
Plusieurs options sont sur la table. L’une consisterait à modifier le Système d’information Schengen, la base de données de gestion des frontières de l’UE que les autorités nationales consultent pour recevoir des alertes en temps réel.
Ce système pourrait être alimenté par des renseignements partagés par les 30 pays participants, incluant potentiellement des informations sur des violations des droits humains et des crimes de guerre, à l’image de l’approche retenue pour les anciens combattants des guerres yougoslaves des années 1990.
Une autre option obligerait les demandeurs russes à fournir une preuve de leur service militaire lors du dépôt d’une demande de visa pour l’UE, ce qui entraînerait un examen individuel au cas par cas.
« Ce ne sont pas de gentils touristes, ils ne viennent pas ici pour se détendre sur la plage. C’est un problème de sécurité », a déclaré à Euronews un diplomate de l’UE, sous couvert d’anonymat.