Le conflit autour de l'Iran gagne un nouveau terrain : Kyiv affirme avoir ciblé des transferts d'équipements militaires russes liés à Téhéran, tandis que Volodymyr Zelensky accuse Moscou d'aider l'Iran à préparer des frappes contre des positions américaines au Moyen-Orient.
Le théâtre de la guerre impliquant l’Iran s’élargit. Avec son entrée dans le conflit à travers des frappes de longue portée visant, selon Kyiv, des cibles liées au transfert d’équipements militaires russes vers l’Iran, l’Ukraine s’impose comme un nouvel acteur de cette crise.
Dans le même temps, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accusé la Russie d’avoir aidé Téhéran à cibler des installations militaires américaines au Moyen-Orient en lui fournissant des données satellitaires.
Ces développements donnent une nouvelle dimension à la confrontation entre l’Iran et les États-Unis, en reliant davantage la crise au Moyen-Orient à la guerre menée par Moscou en Ukraine et en ravivant les interrogations sur le soutien russe apporté à Téhéran.
Dans un message publié sur X, Zelensky a affirmé que, depuis le début du mois de juillet, des satellites russes surveillaient activement les pays du Golfe ainsi que les installations militaires américaines dans la région, avant de transmettre les images recueillies à l’Iran.
Selon lui, une "corrélation claire" existe entre ces images satellitaires russes et les frappes iraniennes, qu’il s’agisse de clichés pris avant les attaques, pendant leur préparation, ou après les frappes pour en évaluer les conséquences.
Le président ukrainien a également affirmé que, les 19 et 20 juillet seulement, quatre bases aériennes – deux à Bahreïn, une en Jordanie et une au Koweït – figuraient dans la zone d’observation des satellites russes.
En conclusion, Volodymyr Zelensky a appelé à ne pas ignorer cette situation : "Les forces du mal cherchent toujours à aggraver la situation et à élargir le champ de la crise."
Il a ajouté que la Russie devait être stoppée, que cette guerre devait prendre fin et que la pression exercée sur "l’État agresseur" devait produire des résultats.
Samedi, l’Ukraine a annoncé avoir mené des frappes de longue portée contre des navires en mer Caspienne qui, selon Kyiv, étaient utilisés pour acheminer des cargaisons militaires entre l’Iran et la Russie.
Téhéran affirme que l’un des navires ciblés était un bâtiment commercial iranien. Selon les autorités iraniennes, un marin a été tué et plusieurs autres blessés dans cette attaque.
En réaction à cette frappe, l’Iran a convoqué samedi le chargé d’affaires ukrainien par intérim à Téhéran au ministère des Affaires étrangères afin de lui notifier une protestation officielle.
L’agence IRNA a indiqué qu’au cours de cette rencontre, l’Iran avait affirmé que "la République islamique défendra fermement sa sécurité et ses intérêts nationaux et ne laissera pas les attaques contre la vie et les biens de ses citoyens sans réponse".
Alors que le ministère iranien des Affaires étrangères réaffirmait le droit de Téhéran à riposter, des utilisateurs iraniens des réseaux sociaux appelaient à des représailles au moyen des missiles balistiques Kheibar Shekan.
Dans des commentaires non officiels publiés en ligne, plusieurs internautes ont dénoncé ce qu’ils décrivent comme une "diplomatie faible" du ministère des Affaires étrangères. L’un des messages les plus relayés affirmait : "Tant que cette diplomatie faible restera au gouvernement, chaque renard se verra comme un lion face à nous."
D’autres utilisateurs ont insisté sur la portée et les capacités de l’arsenal balistique iranien, estimant que Téhéran devait démontrer sa capacité de dissuasion.
Dans le même contexte, l’ancien député iranien Nezameddin Mousavi a réagi à ce qu’il a présenté comme une attaque militaire ukrainienne contre un navire commercial iranien en mer Caspienne.
"La réponse à ce feu d’artifice sur la mer Caspienne doit être donnée en mer Noire", a-t-il déclaré. Il a ajouté que cette action présumée de l’Ukraine devait pousser l’Iran à revoir la limite de 2 000 kilomètres qu’il s’est fixée pour la portée de ses missiles balistiques.
L’Ukraine a toutefois livré une version différente des faits. L’ambassadeur d’Ukraine en Israël, Yevhen Korniïtchouk, a affirmé que le navire ciblé samedi par Kyiv en mer Caspienne transportait des composants destinés à des drones et à des missiles, acheminés vers l’Iran.
Dans un entretien accordé dimanche au média israélien N12, Korniïtchouk a rejeté les affirmations de Téhéran selon lesquelles le navire transportait une cargaison civile, estimant que l’Ukraine considère ce type de livraison comme une cible militaire légitime.
Il a ajouté qu’il ne s’agissait pas de la première fois que l’Ukraine visait ce qu’il a décrit comme des approvisionnements militaires liés à l’Iran, et a indiqué que Kyiv s’attendait à mener des opérations similaires à l’avenir.
"Israël et l’Ukraine combattent le même ennemi", a déclaré Korniïtchouk, affirmant que les deux pays se trouvent "de part et d’autre d’un même axe du mal".
Parallèlement, le ministère iranien des Affaires étrangères a indiqué que le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi, lors d’un entretien téléphonique avec Kaja Kallas, responsable de la politique étrangère de l’Union européenne, avait condamné l’attaque et appelé à une réaction du Conseil de sécurité de l’ONU, de l’Union européenne et de la communauté internationale.
Cet échange est intervenu seulement deux jours après que l’Union européenne a imposé une nouvelle série de sanctions contre l’Iran pour des violations des droits humains.
Le 24 juillet, Kaja Kallas avait annoncé sur X que l’Union européenne avait adopté de nouvelles mesures restrictives visant des juges iraniens accusés de "graves violations des droits humains", notamment la persécution d’opposants politiques et de minorités religieuses.
Trump : la Russie et la Chine ne fourniront pas d’armes à l’Iran
Les déclarations de Zelensky sont intervenues un jour après que le président américain Donald Trump a affirmé que la Russie et la Chine ne fourniraient pas d’armes à l’Iran.
Dans un message publié sur son réseau Truth Social, Trump a assuré que le président chinois Xi Jinping lui avait déclaré, lors de leur récente rencontre à Pékin, que la Chine ne fournirait ni ne vendrait d’armes à la République islamique d’Iran "en aucune circonstance", y compris par l’intermédiaire d’entreprises chinoises.
Trump a également affirmé que Vladimir Poutine, le président russe, lui avait assuré que Moscou ne vendrait pas non plus d’armes à l’Iran, malgré la guerre en cours en Ukraine.
"Par conséquent, les deux pays dont on parle souvent au sujet de leur rôle vis-à-vis de l’Iran ne sont, à mon sens, pas impliqués dans cette affaire", a ajouté Trump.
Le président américain a toutefois averti que si la Russie ou la Chine franchissaient ce pas, "ce serait très mauvais pour elles" et "contraire à leurs intérêts".
Ces déclarations contrastent avec les accusations de Volodymyr Zelensky, qui affirme que Moscou aide l’Iran en lui fournissant des renseignements satellitaires.
À ce stade, ni Moscou ni Pékin n’ont apporté de réponse officielle aux accusations du président ukrainien.