Loader
Suivez-nous
Publicité

"Nouvelle entente cordiale" : Jordan Bardella signe un pacte migratoire avec Nigel Farage

Jordan Bardella et Nigel Farage s'entendent sur l'immigration clandestine.
Jordan Bardella et Nigel Farage s'entendent sur l'immigration clandestine. Tous droits réservés  AP Photo/Thomas Krych
Tous droits réservés AP Photo/Thomas Krych
Par Estelle Nilsson-Julien
Publié le Mis à jour
Partager Discussion Suivez Euronews sur Google
Partager Close Button

Jordan Bardella a signé vendredi avec Nigel Farage un protocole d'accord visant notamment à "mettre fin une fois pour toutes" aux traversées de la Manche en petites embarcations, alors que le RN cherche à renforcer ses alliances avec des partis de droite radicale à l'international.

Coup de théâtre politique : après avoir prononcé un discours en anglais – un choix qui mérite d'être souligné – devant le congrès annuel de Reform UK, le parti d'extrême droite britannique, Jordan Bardella a signé avec son leader, Nigel Farage, un protocole d'accord visant à lutter contre l'immigration clandestine.

PUBLICITÉ
PUBLICITÉ

Selon Farage, l'objectif de mettre "pour toujours" un terme aux traversées de la Manche en petites embarcations est au cœur de l'accord. Pour la figure de proue de l'extrême droite britannique, ce pacte marque le début d'une nouvelle "entente cordiale" entre les deux pays et leurs formations politiques. "Les gens n'entreront plus en France avec l'intention de venir au Royaume-Uni", a-t-il déclaré.

"Si la France gérait mieux ses frontières, personne ne partirait de Calais"

De son côté, le président du Rassemblement national, qui s'exprime rarement en anglais en public, a déclaré : "Nous le disons clairement : la destination des migrants clandestins qui entrent en France ne doit pas être le Royaume-Uni. Ils doivent être renvoyés dans leur pays d’origine."

Interrogé lors de la conférence de presse qui a suivi, cette fois en français, Bardella a estimé que "si la France gérait mieux ses frontières, personne ne partirait de Calais".

Le déplacement de Jordan Bardella intervient après la visite du président français au Royaume-Uni, mercredi et jeudi, au cours de laquelle il s'est entretenu avec le Premier ministre britannique. La question migratoire a notamment été abordée, Andy Burnham insistant sur la nécessité de renforcer la coopération entre Londres et Paris afin de réduire les traversées de la Manche en petites embarcations. Les deux dirigeants ont également évoqué le renforcement des relations bilatérales, ainsi que leurs liens avec l'Union européenne.

Le discours de Jordan Bardella.
Le discours de Jordan Bardella. AP Photo/Thomas Krych

Le président français et le Premier ministre britannique se sont notamment accordés sur le déploiement de 45 policiers supplémentaires sur les plages françaises, au sein d'une "équipe d'intervention d'urgence", afin de faire face à l'arrivée de canots pneumatiques transportant un nombre croissant de migrants.

Se moquant de cette mesure, Farage a lancé : "Ils ont décidé de déployer 45 policiers supplémentaires sur les plages françaises. Il en faudrait probablement 45 000."

Les déplacements à l'international s'enchaînent pour le président du RN. Après son passage à Birmingham, Jordan Bardella se rendra samedi à Cernobbio, en Italie, pour participer au Forum Ambrosetti, une conférence consacrée aux enjeux économiques et géopolitiques.

Le ticket Le Pen-Bardella, une ligne pas toujours commune

À 30 ans, le patron du RN a longtemps été considéré comme celui qui pourrait porter les couleurs du parti à la présidentielle de 2027. Désormais, il fait campagne en binôme avec Marine Le Pen, en se positionnant comme son futur Premier ministre. Mais malgré ce front uni, des divergences de fond émergent entre les deux dirigeants, notamment sur les retraites et sur les règles encadrant le port du hijab en France.

Selon Bardella, le système actuel de retraites en France "n'est pas soutenable." Il a également cherché à désamorcer la controverse autour du projet de Marine Le Pen visant à interdire le hijab dans les espaces publics, affirmant lundi devant des journalistes que l'objectif n'était pas "d'imposer un code vestimentaire" et soulignant qu'un référendum serait organisé sur la question.

Le président du groupe des Patriotes pour l'Europe au Parlement européen semble également défendre une ligne économique plus favorable au marché que Marine Le Pen, qui a traditionnellement davantage misé sur des mesures protectionnistes.

Le passé mouvementé entre Farage et le RN

Farage et Bardella se sont rencontrés en décembre dernier pour déjeuner dans un club privé de Londres. Mais si le leader de Reform UK partage avec le Rassemblement national et Marine Le Pen des positions eurosceptiques, leurs relations n'ont pas toujours été aussi cordiales.

En 2014, Farage avait refusé de former une alliance avec le Rassemblement national au Parlement européen, affirmant que les "préjugés" et l'antisémitisme restaient "ancrés" dans l'ADN du parti. Marine Le Pen lui avait alors reproché son "agressivité" et son comportement "déloyal" envers son parti.

Interrogé à ce sujet lors de la conférence de presse conjointe de Jordan Bardella et Nigel Farage, ce dernier a reconnu avoir été "inquiété" par le Front National, fondé par Jean-Marie Le Pen, lorsqu'il a débuté sa carrière d'eurodéputé.

"Quand Marine a pris la relève, j'ai observé la situation, je ne me suis pas immédiatement engagé. Ce qu'elle a accompli, à savoir se débarrasser de ces éléments extrémistes et faire entrer le parti dans le courant dominant, c'est une réussite considérable."

Depuis son lancement de campagne, Le Pen maintient sa ligne eurosceptique, déclarant au premier débat de la présidentiel au MEDEF qu’il n’y avait "aucune raison" que la contribution de la France au budget de l’Union européenne (qui doit atteindre près de 29 milliards d’euros en 2026) dépasse 5 milliards d’euros.

Elle a également prôné la suppression de milliers de normes européennes, estimant qu'""à chaque fois que l’Union européenne impose une norme minimale, nous on fait mieux, on veut être le premier élève de la classe".

Un nouveau scandale entache la rencontre

Quelques heures avant l’ouverture du congrès de Reform, le parti a fait l'objet d'un signalement auprès de la police métropolitaine de Londres et de la Commission électorale, pour des soupçons de dons illégaux.

Cette démarche fait suite à une enquête en caméra cachée diffusée par la chaîne britannique Channel 4 News, au cours de laquelle un collectif d'investigation baptisé Verbatim s'est fait passer pour un riche financier américain et son fils installé au Royaume-Uni pour pouvoir contourner la législation sur les dons politiques. Or, les dons provenant de sources étrangères sont formellement interdits par la loi britannique.

Reform a démenti toute infraction et a qualifié le reportage de "canular perpétré par des militants climato-alarmistes financés par l’étranger se faisant passer pour de supposés donateurs du parti". Le mouvement assure disposer "d’un solide dispositif de vérification des donateurs potentiels, approuvé par la Commission électorale".

Nigel Farage cherche également à tourner la page d'une autre polémique, liée à un "cadeau" de 5 millions de livres (5,8 millions d’euros) reçu du milliardaire britannique de la tech et des cryptomonnaies Christopher Harborne.

Selon Farage, cette somme, actuellement examinée par l'organe parlementaire chargé des questions d’éthique, était destinée à financer sa sécurité. Il affirme l'avoir reçue avant son élection comme député et ne pas avoir eu, de ce fait, à la déclarer aux autorités parlementaires.

Reform a réalisé de solides performances lors des élections locales de mai et, jusqu'à la fin juillet, le parti devançait les travaillistes dans les sondages, une avance qu'il conservait depuis plus d’un an. Mais sa popularité a reculé depuis.

En parallèle, Marine Le Pen et son parti sont eux aussi confrontés à des procédures judiciaires.

En juillet, la cour d’appel de Paris a confirmé tout en l'aménageant la condamnation de Marine Le Pen pour détournement de fonds européens. Elle l’a condamnée à un an d’emprisonnement sous surveillance électronique et à 45 mois d’inéligibilité, dont 30 avec sursis. La cour a toutefois décidé qu’elle pourrait se présenter à l’élection présidentielle de 2027.

À la suite de cette décision, Marine Le Pen a annoncé sa candidature à la présidentielle, tout en indiquant qu’elle formerait un pourvoi en cassation, devant la plus haute juridiction française, pour contester sa condamnation.

Accéder aux raccourcis d'accessibilité
Partager Discussion Suivez Euronews sur Google

À découvrir également

Bardella, Faure, Lecornu, Hollande, Philippe : un samedi de rentrée politique en France

Marine Le Pen et Jordan Bardella se jurent « confiance » et « amitié »

"Nouvelle entente cordiale" : Jordan Bardella signe un pacte migratoire avec Nigel Farage