Pétrole et taux américains en hausse après la riposte de Trump à l’Iran, l’accord pour rouvrir le détroit d’Ormuz s’éloigne
Les cours du brut et les rendements des bons du Trésor américain ont progressé de concert, les traders estimant que l’échange de demandes de compensation entre les États-Unis et l’Iran a encore éloigné la perspective d’un accord.
Le président américain a déclaré lundi qu’il avait demandé à ses négociateurs de réclamer à l’Iran des indemnisations pour les Américains tués ou blessés dans des attaques qu’il impute à Téhéran depuis des décennies, notamment l’attentat contre l’USS Cole en 2000, ainsi que pour les Iraniens tués lors de la répression de mouvements de protestation.
Dans un message publié ensuite sur Truth Social, il a élargi cette demande, estimant que l’Iran devrait aussi payer pour "les dégâts et les morts causés aux populations du Liban, de la Syrie, du Yémen et de Gaza".
Téhéran, dont les représentants réclamaient des compensations pour cinq mois de bombardements américains et israéliens, affirme que le détroit d’Ormuz restera fermé tant que Washington n’aura pas levé son blocus naval, mis fin aux sanctions et libéré les avoirs iraniens gelés.
Mardi, le contrat Brent du mois proche s’échangeait autour de 89,8 dollars le baril et le West Texas Intermediate aux environs de 84,2 dollars, soit une hausse d’environ 2,5 % pour les deux références.
Le marché obligataire américain a interprété la situation de la même façon, les rendements progressant sur l’ensemble de la courbe dans le cadre d’un mouvement de vente global modéré : le deux ans au‑delà de 4,25 %, le dix ans au‑dessus de 4,7 % et le trente ans au‑delà de 5,27 %. Les rendements, toutes maturités confondues, évoluent à leurs plus hauts niveaux de l’année.
Comme les rendements évoluent à l’inverse des prix, cette hausse signifie que les investisseurs vendent de la dette publique, s’attendant à ce qu’un pétrole plus cher nourrisse l’inflation et renforce l’argument en faveur d’une nouvelle hausse des taux d’intérêt.
Les marchés monétaires attribuent désormais une probabilité à peu près égale à une hausse des taux de la Réserve fédérale en septembre, alors que les chiffres de l’inflation de juillet doivent être publiés mercredi.
Contrôle revendiqué, trafic en berne
Le blocage actuel des négociations entre les États-Unis et l’Iran est intentionnel, le président américain Donald Trump semblant privilégier ces derniers temps une approche plus lente.
Le président américain a confié au site Axios, dans une interview publiée dimanche, que les États-Unis "adoptaient un profil bas", autrement dit que Washington ne négociait qu’à moitié et se contentait de regarder l’inflation et les caisses vides de l’Iran faire le travail, signe qu’il est prêt à laisser la pression économique monter plutôt que d’ordonner une nouvelle campagne militaire.
Dans le Bureau ovale, lundi, il a adopté un ton triomphant, affirmant que les États-Unis contrôlent "100 %" du détroit d’Ormuz, que seule la marine américaine y fait la loi, que les forces américaines l’ont débarrassé des mines iraniennes et que le blocus des ports iraniens est impénétrable.
Les données de trafic maritime racontent toutefois une autre histoire.
Ces dernières semaines, les traversées confirmées se sont élevées à 6 à 11 navires par jour, contre 130 à 140 quotidiennement avant la guerre, selon les chiffres de Kpler, ce qui laisse le trafic à une fraction de ses niveaux habituels depuis le début du conflit, il y a cinq mois.