En 2017, un mois avant le premier tour de l'élection présidentielle où elle était candidate, Marine Le Pen était allée au Kremlin serrer la main de Poutine. Elle dénonce aujourd'hui la "menace" de la Russie. Le changement ne convainc pas ses adversaires et laisse perplexe une partie de son camp.
Marine Le Pen veut faire oublier le prêt que son parti avait contracté, en 2014, auprès d'une banque russe et effacer les accusations de complaisance avec la Russie dont elle fait l'objet.
La candidate du Rassemblement national (RN) a mis au point sa nouvelle position ferme dans un communiqué où elle se montre hostile envers la Russie.
Le texte de la candidate du RN à la présidentielle ne convainc pas tous ses adversaires et laisse perplexe une partie de son camp.
La position du Rassemblement national vis-à-vis de la Russie est « incompréhensible » estime ainsi le souverainiste partisan du Frexit Nicolas Dupont-Aignan.
Lui, qui avait soutenu Marine Le Pen au second tour de la présidentielle de 2017, ne la reconnaît plus quand elle parle de la Russie.
Interrogé ce dimanche 20 septembre sur Sud Radio, Nicolas Dupont-Aignan accuse Marine Le Pen et Jordan Bardella, le président du RN, de ne pas être « clairs » quand ils évoquent la Russie. Ne comptez pas sur lui pour mieux comprendre : « Si vous comprenez quelque chose (sic), allez leur demander » dit-il. « Ce n’est pas à moi de faire la prévente (sic). x»
L’ancien premier ministre Gabriel Attal va plus loin. Il voit dans le nouveau discours du RN sur la Russie « un double discours insupportable et irresponsable ».
Gabriel Attal note d’un côté la volonté de « couper le robinet » à l’Ukraine, exprimée par le vice-président du RN Louis Aliot.
Selon Gabriel Attal, cela « ne ferait qu'empirer la domination, et donc la menace, de la Russie. Y compris sur l'Europe et sur la France »
Et de l'autre le durcissement de ton du RN vis-à-vis de Moscou.
Selon l’ancien premier ministre et candidat à la présidentielle, le dernier communiqué du RN « n’effacera rien » de la véritable position du RN.
Le communiqué qui durcit le ton du RN envers la Russie
Le communiqué qui suscite la perplexité de Nicolas Dupont-Aignant et les accusations de Gabriel Attal date du samedi 19 septembre. Soit le lendemain de la réunion où Emmanuel Macron avait invité les candidats à la présidentielle, ou leurs représentants, à l’Élysée. Il y fut notamment question de la guerre en Ukraine et des menaces russes qui pèsent sur l’Europe et la France. Marine Le Pen y était représentée par Jordan Bardella.
Dans leur communiqué de samedi, Marine Le Pen et Jordan Bardella durcissent le ton vis-à-vis de la Russie.
"Nous ne tolérerons jamais qu'une puissance étrangère, en l'occurrence la Russie, puisse espérer dicter directement ou indirectement la politique de notre pays par l'intimidation, la menace, la déstabilisation ou la pression psychologique" écrivent-ils ainsi.
Selon Jordan Bardella, la Russie « sème la guerre »
Au cours d’un déplacement le même jour, Jordan Bardella a par ailleurs estimé que la Russie semait la guerre « dans ce qui est aujourd’hui une véritable boucherie ».
Les adversaires du RN accusent régulièrement le parti d’extrême droite de complaisance envers Moscou et de s’opposer au soutien à l’Ukraine.
Un peu plus tôt dans la semaine, Marine Le Pen, qui avait été reçue en 2017 par Vladimir Poutine au Kremlin, s’est prononcée, sur LCI, en faveur d’une baisse des aides à Kyiv.
"On peut continuer à former leurs soldats, leurs armées, on peut continuer à leur apporter du matériel pour pouvoir se défendre. Mais financièrement, nous ne pouvons plus" avait-elle dit.