Alors que les secouristes fouillent les décombres à la recherche de survivants, des bénévoles les aident à déblayer. Des habitants apportent eau et nourriture aux victimes et font la queue devant les centres de don du sang.
La recherche de survivants sous les décombres après le puissant séisme de magnitude 7,4 qui a ravagé l'ouest de la Colombie, lundi, est de plus en plus critique. Près de 48 heures après le tremblement de terre qui a fait au moins 216 morts, selon un bilan revu à la baisse, ce mercredi 12 août, les sauveteurs sont engagés dans une véritable course contre-la-montre. Plus de 1 600 personnes ont également été blessées.
Pour autant, l'espoir subsiste. À Pereira, mardi, une Daniela Largo, 32 ans, a été extraite des décombres de son immeuble. Elle a été sortie sous les acclamations et les applaudissement alors que des équipes épuisées se démènent pour retrouver d'autres survivants du séisme le plus puissant qu'ait connu le pays depuis un siècle.
"Nous avions perdu espoir, puis nous avons reçu un appel", raconte sa mère, Sandra Milena Pérez, à Pereira. Elle explique alors qu'un habitant du quartier a entendu des appels à l'aide sous les décombres et, avec des voisins, a commencé à dégager les gravats avant l'arrivée des équipes de secours professionnelles."Grâce à lui, aujourd'hui nous sommes heureux. À la maison, son fils de 12 ans l'attend", se réjouit-elle.
L'espoir de retrouver des survivants
À Pereira comme à Cali, les équipes de secours ont utilisé des grues, des chiens et des engins lourds pour fouiller les immeubles dévastés, tandis que des bénévoles formaient des chaînes humaines pour dégager à la main les gravats dans l'espoir d'atteindre des personnes encore coincées sous les structures effondrées.
Les secouristes s'arrêtaient toutes les quelques minutes pour lancer des appels vers les décombres et écouter la moindre réponse. "Nous travaillons avec nos mains, avec des gants", témoigne le volontaire Pablo César Ruiz. "C'est triste de voir le temps filer."
Les 72 premières heures après la catastrophe sont considérés comme cruciales pour les recherches, bien que ce seuil puisse être prolongé si ceux-ci ont accès à de la nourriture et de l'eau.
Pour de nombreuses familles, cette recherche désespérée prend des allures de veillée. "Ma tante vivait là. Elle est sous les décombres", confie Jorge Gonzalez, debout à côté d'un bâtiment effondré à Pereira. "Je suis arrivé hier et je ne suis pas reparti, et tant qu'ils n'auront pas retrouvé son corps, je n'ai pas l'intention de quitter cet endroit."
Des villes détruites
À la tombée de la nuit, des familles se préparaient à dormir dans les parcs, soit parce que leurs maisons ont été endommagées, soit par crainte de nouvelles répliques. Dans les heures qui ont suivi le séisme, le pays en a recensé au moins 47.
"Nous avons tout perdu, mais nous sommes en vie", explique John Tabasco, 23 ans, installé là avec sa femme et son fils de sept mois. "Nous n'avions jamais eu à faire cela auparavant, dépendre de quelqu'un d'autre pour nous aider. C'est incroyable à quel point la vie peut changer."
"La maison s'est effondrée sur nous. Je n'ai pas pu sortir", raconte Beatriz Arcos, qui a été piégée avec son mari et sa mère. "Il a fallu environ une heure pour nous sortir", précise celle qui a été hospitalisée après qu'un bloc de béton lui soit tombé sur le dos.
"Nous avons tout perdu", souffle, de son côté, Stella Galvis, le regard embué de larmes après avoir échappé à l'effondrement de sa maison. "Nous avons survécu par miracle, puisque j'ai réussi à faire sortir mon petit garçon et que mon compagnon a pu sortir lui aussi."
Vue du ciel, certains quartiers de Cali semblaient rasés, avec des tas de gravats qui ont remplacé les maisons et les appartements. Des voitures gisaient, écrasées sous des murs effondrés et des dalles de béton. Sur un monticule de débris, un jeune couple est partie à la recherche de leurs affaires. Ils ont récupéré une boîte à l'intérieur d'une table de chevet rouge vif appartenant à un enfant.
D'autres peinent à accepter la perte de maisons construites au fil des décennies."On achète une petite maison à force d'efforts, on passe 40 ou 50 ans à se battre pour l'avoir, on finit par y arriver et en quelques jours tout part en fumée", déplore Jaime Alzate, 79 ans.
Un système de santé saturé
Le séisme a saturé une partie du système de santé, transformant l'opération de secours en l'une des plus vastes réponses à une catastrophe que la Colombie ait connues depuis des années.
À Cali, une partie de l'Hospital Universitario del Valle s'est effondrée, obligeant les médecins à transférer certains patients et à en soigner d'autres dans les jardins attenants.
Mais au milieu des destructions, de nombreux Colombiens se sont mobilisés pour aider. Des milliers de personnes ont apporté de l'eau, de la nourriture et des fournitures aux quartiers touchés, tandis que de longues files se formaient devant les centres de don du sang. "Il s'agit de vouloir aider sa communauté, sa ville et son pays", explique le donneur de sang Ferney Cabrera.
L'aide internationale s'organise
Le président Abelardo de la Espriella a décrété l'état d'urgence et promis des subventions aux familles touchées, a-t-il annoncé, mardi, lors d'une visite à Pereira.
Les États-Unis ont annoncé une aide d'urgence de 15,5 millions de dollars (13,4 millions d'euros), tandis que la présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, a déclaré qu'elle était prête à envoyer des centaines de travailleurs de recherche et de santé, des tonnes de fournitures médicales et d'autres équipements.
De son côté, le président salvadorien Nayib Bukele a annoncé que son pays enverrait deux avions chargés de 100 tonnes d'aide dans les jours à venir. "Nos prières accompagnent les familles des victimes, les blessés et tout le peuple colombien", a écrit Bukele sur X.
L'Union européenne a également annoncé débloquer une enveloppe de 2 millions d'euros. "Tandis que les opérations de recherche et de secours se poursuivent, l'UE apporte son soutien à la Colombie partout où cela est possible", a assuré la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, dans une publication sur X.