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"No regret" : les six mesures de l'AEE pour une Europe plus compétitive sans sacrifier la durabilité

La plus grande façade végétalisée d'Europe améliore le microclimat du bâtiment commercial KII à Düsseldorf et absorbe autant de CO2 que 80 grands arbres feuillus, juin 2023.
La plus grande façade végétale d'Europe, à Düsseldorf, améliore le microclimat de l'immeuble KII et absorbe autant de CO2 que 80 arbres feuillus, juin 2023. -  Tous droits réservés  AP Photo/Martin Meissner
Tous droits réservés AP Photo/Martin Meissner
Par Angela Symons
Publié le
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De l'efficacité des ressources à l'éducation, ces six mesures durables peuvent rendre l'Europe plus compétitive sur le long terme.

L'instabilité géopolitique, les bouleversements technologiques et le changement climatique assombrissent l'avenir de l'Europe.

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Investir dans la durabilité peut-il rendre le continent plus résilient ?

Un nouveau rapport de l'Agence européenne pour l'environnement (AEE) montre comment l'Europe peut renforcer sa compétitivité à long terme en prenant soin à la fois de son économie et de la nature.

Plutôt que de miser sur la productivité et la croissance économique à court terme au prix d'une surexploitation des ressources et d'une dégradation de l'environnement, l'AEE appelle à une approche plus globale qui considère la restauration de la nature et le capital social comme des piliers de la stabilité à long terme.

Publié le 13 octobre, le rapport intitulé Competitive by nature : Europe’s long-term competitiveness through the lens of sustainability recense six options sans regret qui peuvent stimuler l'économie tout en préservant la vie sur Terre.

6. Investir dans l'adaptation au changement climatique et la résilience

L'Europe se réchauffe plus vite que n'importe quel autre continent, et les inondations, vagues de chaleur, sécheresses et incendies de forêt deviennent de plus en plus extrêmes sous l'effet du changement climatique.

S'adapter à cette nouvelle réalité et en atténuer les effets n'est plus seulement une nécessité environnementale, mais aussi économique, souligne l'AEE.

Cela passe notamment par des solutions fondées sur la nature, comme la restauration des zones humides et des plaines inondables ou la création de nouveaux espaces verts dans les villes, qui peuvent absorber les eaux de crue et rafraîchir les zones urbaines.

5. Utiliser les ressources plus efficacement

L'Europe importe une grande partie de ses matières premières et de son énergie, et les récents chocs d'approvisionnement ont montré à quel point cela est risqué.

Les perturbations du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, provoquées par la guerre contre l'Iran, ont exercé une pression énorme sur les approvisionnements en carburant, accélérant le passage aux énergies renouvelables produites localement.

Mais la technologie des éoliennes, des panneaux solaires et des batteries dépend de minerais critiques, et les réseaux capables de transporter toute cette électricité verte restent à construire.

La circularité — réparer, réutiliser et recycler les produits — "peut réduire la demande de matières premières et d'énergie, préserver la valeur intégrée aux produits et aux infrastructures, et limiter l'exposition aux marchés volatils des matières premières et de l'énergie", précise l'AEE.

Il existe toutefois des compromis : par exemple, maintenir en service des bâtiments et des infrastructures anciens est positif pour la circularité, mais cela peut figer des actifs inefficaces ou vulnérables aux impacts du climat.

4. Mobiliser les technologies de nouvelle génération

Selon l'AEE, l'intelligence artificielle peut aider l'Europe à utiliser ses ressources de manière plus efficace. Des outils numériques permettent de suivre les matériaux le long des chaînes d'approvisionnement, de gérer la production variable d'énergies renouvelables sur le réseau électrique et de surveiller en temps réel les atteintes à l'environnement.

Développer ces capacités sur le continent réduit aussi la dépendance de l'Europe à l'égard de technologies conçues ailleurs.

L'UE utilise déjà ces outils pour renforcer la transparence et la responsabilité : son Digital Product Passport, lancé en juillet, sera d'abord exigé pour les batteries à partir de février 2027. Les consommateurs pourront accéder à des informations, par exemple via un QR code, sur l'origine des matériaux d'un produit, ses performances environnementales, ainsi que sur la manière dont il peut être réparé ou recyclé.

Mais les centres de données gourmands en énergie et en eau, nécessaires au fonctionnement de l'IA, suscitent eux-mêmes de plus en plus d'inquiétudes.

L'AEE encourage également le développement de biotechnologies de nouvelle génération, qui permettent de produire des matériaux et des carburants à partir de plantes et d'autres sources biologiques plutôt que de pétrole et de gaz. Si cela réduit l'usage des combustibles fossiles, cette option a aussi sa propre empreinte : la production de biomasse mobilise des terres et de l'eau et peut mettre la nature sous pression.

3. Investir dans les compétences et l'éducation

Diffuser et développer ces nouvelles technologies est essentiel pour bâtir une économie bas carbone qui ne sacrifie ni les salaires ni l'environnement. Selon une analyse récente de l'AEE, les énergies propres créent des emplois dans toute l'UE, mais elles se heurtent à de fortes pénuries de main-d'œuvre et de formation.

C'est pourquoi le dernier rapport de l'agence appelle à investir dans les compétences, l'éducation et la formation tout au long de la vie afin de constituer une main-d'œuvre résiliente, capable de s'adapter à un monde qui change rapidement.

Veiller à ce que ces compétences se diffusent entre les différents groupes de population favoriserait la cohésion sociale et l'équité.

2. Renforcer la confiance du public

Dans plusieurs pays de l'UE, la politique climatique est devenue politiquement clivante, avec des débats houleux sur les coûts, les règles agricoles et la bureaucratie.

Garantir que la transition verte ne laisse personne de côté contribuerait aussi à instaurer la confiance du public et à lui assurer un soutien durable. Faute de cela, même les politiques les mieux conçues risquent d'être édulcorées, retardées ou abandonnées.

L'AEE estime que des règles claires et prévisibles ainsi que des institutions efficaces sont indispensables pour y parvenir. Les entreprises sont plus enclines à investir dans les technologies propres lorsqu'elles peuvent compter sur un cadre stable, et la population soutient davantage la transition lorsqu'elle a confiance dans la manière dont ces règles sont appliquées.

1. Être moteur dans la définition de normes durables

Le marché unique de l'UE a le pouvoir d'influencer les règles mondiales sur tout, des produits chimiques aux émissions de carbone. L'AEE estime que l'Union doit continuer à jouer un rôle actif dans la définition de normes environnementales et sociales, notamment au sein des institutions internationales.

La coopération avec d'autres pays au sein de forums internationaux démocratiques, comme les conférences des Nations unies sur le climat (COP), peut aider à établir des règles communes, à diversifier les relations commerciales et à rendre les chaînes d'approvisionnement plus résilientes.

Mais ce système est sous pression. Près de 200 pays se sont engagés à amorcer une transition hors des combustibles fossiles lors de la COP28 en 2023, mais un nouvel accord sur ces combustibles paraît peu probable à la COP31 en Turquie le mois prochain. Parallèlement, des pays dépendants des énergies fossiles cherchent à repousser la publication du prochain grand rapport du groupe d'experts de l'ONU sur le climat (GIEC) jusqu'après le sommet mondial, le GIEC se réunissant cette semaine pour tenter de sortir de l'impasse.

Sur le plan interne, l'UE est également poussée à simplifier ses propres règles vertes au nom de la compétitivité. L'AEE continue d'affirmer que la durabilité peut renforcer la compétitivité.

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