La Réserve fédérale devrait maintenir ses taux d'intérêt inchangés mercredi, à six jours des élections de mi-mandat américaines, mais avec une inflation à 3,7 % et des prix du pétrole encore élevés, les investisseurs jugent probable une nouvelle hausse en décembre et scruteront les déclarations du président Kevin Warsh.
Lorsque la Réserve fédérale américaine annoncera sa décision mercredi à 19h00 CET, les marchés s'attendent largement à ce qu'elle laisse son taux directeur inchangé, entre 3,75 % et 4 %, à moins d'une semaine du vote des Américains aux élections de mi-mandat.
Mais avec une inflation à 3,7 %, des prix de l'énergie au plus haut et une nouvelle hausse en décembre jugée probable, les investisseurs suivront de près le président de la Fed, Kevin Warsh, à la recherche d'indices sur la suite.
Les marchés estiment à plus de 90 % la probabilité d'un statu quo, mais à 73 % celle d'une hausse d'un quart de point lors de la réunion des 8 et 9 décembre de la Fed, selon l'outil FedWatch du CME Group, qui suit les contrats à terme sur taux d'intérêt.
Cela ferait suite à la hausse de septembre, la première de la Fed en trois ans. Depuis, plusieurs responsables de haut rang ont minimisé l'urgence d'un nouveau mouvement.
Le vice-président Philip Jefferson a souligné dans un discours la flambée des coûts d'emprunt de long terme, ajoutant que "mes collègues et moi devrons nous forger notre propre jugement, ce qui peut prendre plus de temps".
Le président de la Fed de New York, John Williams, a repris le même message dans un discours à l'université de Buffalo, déclarant qu'"il n'y a pas besoin d'agir dans l'urgence".
La politique s'invite aussi dans le débat.
"La Fed ne veut pas provoquer la Maison-Blanche à six jours d'une élection", estime Joseph LaVorgna, chef économiste de la branche américaine de la banque japonaise SMBC et ancien responsable de l'administration Trump.
Mais tout le monde ne sera pas forcément d'accord.
La présidente de la Fed de Cleveland, Beth Hammack, et celle de la Fed de Dallas, Lorie Logan, qui estiment toutes deux que les taux ne sont pas encore assez élevés pour freiner l'inflation, pourraient voter pour une hausse, et jusqu'à trois responsables pourraient exprimer une dissidence.
L'inflation reste élevée tandis que la croissance tient bon
Les arguments en faveur d'un resserrement monétaire restent donc présents. Les prix à la consommation américains ont augmenté de 3,7 % en septembre sur un an, contre 3,4 % en août, tandis que l'inflation sous-jacente, qui exclut l'alimentation et l'énergie, est montée à 2,6 %. Les prix de gros ont bondi de 6,3 %.
Le président de la Fed de Chicago, Austan Goolsbee, a jugé ces chiffres "décourageants", estimant que le niveau actuel de l'inflation sous-jacente n'était "pas acceptable".
L'essence, qui dépasse 4 $ le gallon depuis trois mois, a représenté plus de la moitié de la hausse des prix de septembre, selon le département américain du Travail. Le diesel a atteint un record de 6,53 $ le gallon fin septembre, renchérissant le coût du transport de quasiment tous les biens.
Le Brent, référence mondiale pour le pétrole, a reculé de plus de 6 % lundi par rapport à environ 117,4 $ le baril, son plus haut niveau de clôture depuis le 19 mars, alors que les efforts diplomatiques autour de la guerre en Iran semblaient s'accélérer.
Mardi, au moment de la rédaction, il s'échangeait autour de 110,8 $ le baril, bien au-dessus des 72 $ qu'il valait avant le début de la guerre en Iran fin février.
Le coût du crédit commence aussi à peser.
Le taux moyen des crédits immobiliers américains sur trente ans a atteint 7,4 % début octobre, un plus haut de trois ans, avant de refluer à 7,32 % la semaine dernière, contre un peu moins de 6,2 % un an plus tôt. Le cabinet Oxford Economics estime que cette hausse a exclu de l'accession à la propriété 5 millions de ménages américains supplémentaires cette année.
Les anticipations de nouvelles hausses ont également maintenu le dollar américain proche d'un plus haut de 18 mois face aux principales devises.
L'économie, elle, plie mais ne rompt pas.
Les employeurs n'ont créé que 29 000 emplois en septembre et le taux de chômage est monté à 4,2 %. Pourtant, l'économie américaine a progressé à un rythme annualisé de 2,2 % au deuxième trimestre, et le modèle GDPNow de la Fed d'Atlanta pointe vers 3,5 % pour le troisième.
Le prochain test interviendra aussitôt après la décision.
Jeudi à 13h30 CET, les États-Unis publieront leur première estimation de la croissance du troisième trimestre, ainsi que les chiffres de septembre de l'indice des prix des dépenses de consommation des ménages (PCE), la mesure de l'inflation privilégiée par la Fed.
"Les responsables de la Fed semblent toujours déterminés à resserrer la politique monétaire à un rythme mesuré", a écrit dans une note Thomas Ryan, économiste senior pour l'Amérique du Nord chez Capital Economics.
Tous les regards tournés vers Warsh
Warsh, qui s'adressera à la presse à 19h30 CET, a donné peu d'indices jusqu'ici.
En prenant la parole à Bangkok lors des assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale ce mois-ci, il a déclaré que le monde s'était "globalement conformé à nos prévisions" depuis septembre.
"Je ne préjuge pas des réunions", a affirmé Warsh, en soulignant qu'"à la Réserve fédérale, nous avons été très clairs sur notre volonté d'assurer la stabilité des prix".
Il affiche de longue date son opposition au "forward guidance", la pratique consistant à signaler à l'avance aux marchés les prochaines décisions, et s'en est tenu à l'écart.
Aditya Bhave, responsable de la recherche économique sur les États-Unis chez Bank of America, estime qu'une hausse surprise pourrait "mettre fin au forward guidance en montrant aux marchés qu'ils ne peuvent plus s'y fier", même si la plupart des économistes jugent ce scénario improbable.
L'indépendance du président de la Fed est également scrutée.
Warsh a résisté en septembre aux appels du président américain Donald Trump à baisser les taux, mais Trump a ensuite affirmé lui avoir dit qu'il "pouvait tout aussi bien" voter pour une hausse, et il a depuis intensifié ses efforts pour évincer la gouverneure de la Fed Lisa Cook.
Trump a créé un comité de trois personnes chargé de lui dire s'il a des raisons de limoger Cook en lien avec des accusations de fraude hypothécaire qu'elle conteste. Cook devrait comparaître devant ce comité la semaine prochaine.
Quant à Warsh, si son discours insiste sur la nécessité de ramener plus rapidement l'inflation vers l'objectif de 2 % de la Fed, les investisseurs y verront sans doute la confirmation d'une hausse en décembre.