Le compte officiel du Tribunal sur X a dénoncé un "coup d'État". Face à l'aggravation de la crise, le président polonais Karol Nawrocki a écourté sa visite au Sénégal et regagné la Pologne.
Le président polonais a convoqué samedi des consultations de crise en urgence avec les représentants des partis politiques, au lendemain d'un affrontement spectaculaire au Tribunal constitutionnel entre le gouvernement centriste et la droite nationaliste.
Vendredi soir, sept juges élus par le Parlement sont entrés au Tribunal constitutionnel polonais, accompagnés d'agents du Service de protection de l'État, avant que le président de la juridiction ne soit suspendu de ses fonctions.
Quelques heures plus tard, le président polonais Karol Nawrocki est arrivé sur place. Une confrontation a éclaté alors qu'il tentait de pénétrer dans le bâtiment. Des images le montrent en train de se frayer un passage en poussant un groupe de juges.
Karol Nawrocki a ensuite appelé à des consultations d'urgence avec les dirigeants politiques et accusé le gouvernement de tenter de prendre de force le contrôle de l'une des principales institutions judiciaires du pays.
Le ministre de la Justice, Waldemar Żurek, a déclaré espérer que le parquet ouvrirait une enquête sur l'incident.
Ces événements spectaculaires survenus dans la nuit ont aggravé la crise qui secoue depuis longtemps le Tribunal constitutionnel polonais.
Ce qui relevait jusqu'ici essentiellement d'un conflit politique et juridique autour des nominations de juges et de la direction du Tribunal a désormais dégénéré en confrontation directe au siège de l'institution.
Le dernier épisode a débuté lorsque sept personnes désignées par la Diète (Sejm) pour siéger comme juges au Tribunal constitutionnel sont entrées dans le bâtiment.
Selon la porte-parole du Tribunal, Weronika Ścibor, les agents de sécurité de la juridiction avaient reçu l'ordre de rassembler leurs effets personnels et de quitter les lieux.
Dans le même temps, Bogdan Święczkowski, président en exercice du Tribunal, et son vice-président, Bartłomiej Sochański, se seraient vu refuser l'accès au bâtiment.
Weronika Ścibor a laissé entendre que le choix du moment de l'opération était délibéré et que celle-ci avait profité de l'absence de certains membres du personnel.
La juge Anna Korwin-Piotrowska a ensuite annoncé qu'elle prenait la tête du Tribunal et suspendait Bogdan Święczkowski de ses fonctions.
L'actuelle direction du Tribunal conteste la légalité de ces décisions.
Nawrocki écourte sa visite au Sénégal
Face à l'évolution de la situation, le président Karol Nawrocki a écourté sa visite au Sénégal et regagné la Pologne.
Au palais présidentiel, il a rencontré le premier président de la Cour suprême, Zbigniew Kapiński, avant de se rendre au siège du Tribunal constitutionnel, accompagné de ce dernier et d'un groupe de collaborateurs.
Des images diffusées sur X montrent des échauffourées avec un groupe de juges, dont Anna Korwin-Piotrowska, alors que Karol Nawrocki tentait de pénétrer dans le bâtiment.
Nawrocki accuse le gouvernement de vouloir prendre le pouvoir de force
Samedi matin, aux premières heures, le chef de cabinet de Karol Nawrocki, Paweł Szefernaker, a lu devant le Tribunal une déclaration du président, dans laquelle celui-ci a qualifié les événements de la nuit de violation de l'ordre constitutionnel polonais et de prise de contrôle forcée d'une institution constitutionnelle.
"Cette nuit, l'ordre constitutionnel de la République de Pologne a été bafoué et un organe constitutionnel de l'État a été pris de force", a déclaré Paweł Szefernaker.
"J'appelle au rétablissement de l'ordre juridique et au départ de l'enceinte du Tribunal des forces de coercition envoyées par le gouvernement", a-t-il ajouté.
Karol Nawrocki a indiqué s'être entretenu avec Zbigniew Kapiński et affirmé qu'aucun d'eux ne reconnaissait les actes de ceux qui, selon lui, revendiquent illégalement des pouvoirs au sein du Tribunal.
Il a annoncé son intention de tenir samedi des consultations d'urgence avec les représentants des groupes politiques parlementaires. Il a justifié cette initiative par ce qu'il a qualifié de menace pour la sécurité intérieure de l'État et par la nécessité de stabiliser la situation politique.
Le ministre de la Justice, Waldemar Żurek, s'est également exprimé sur l'incident, faisant part de ses préoccupations quant au comportement du président.
"Le comportement du président m'a profondément alarmé", a-t-il déclaré, ajoutant espérer que le parquet donnerait une suite à l'affaire. Il a estimé inacceptable qu'une personne bénéficiant de l'immunité présidentielle se comporte de cette manière.
Selon lui, les images montrent le président "forçant le passage et s'en prenant aux juges".
Waldemar Żurek a également reconnu que des discussions avaient eu lieu au sujet de la situation au Tribunal, notamment avec Bartłomiej Sochański, mais qu'aucun compromis n'avait été trouvé.
Il a souligné que le Tribunal devait reprendre son fonctionnement normal et traiter les affaires en attente des citoyens.
Manifestation devant le Tribunal
Des manifestations ont eu lieu aux abords du bâtiment du Tribunal, réunissant des responsables politiques du PiS et de la Confédération (Konfederacja), ainsi que des sympathisants de droite.
Parmi les personnalités présentes figuraient le chef du PiS, Jarosław Kaczyński, Mateusz Morawiecki, l'ancienne présidente du Tribunal constitutionnel Julia Przyłębska et Bogdan Święczkowski.
Le dirigeant du PiS a dénoncé une attaque contre le Tribunal constitutionnel et appelé à poursuivre les manifestations, avertissant que la Pologne risquait de devenir un État policier.
De son côté, l'eurodéputé du PiS Patryk Jaki a déclaré que les images tournées au Tribunal avaient déjà fait le tour du monde et risquaient de ternir l'image du gouvernement de Donald Tusk.