Le président de Stellantis, John Elkann, qualifie la réorganisation du groupe d’« ambitieuse mais réaliste ». Le DG Antonio Filosa vise plus de 3 milliards d’euros de valeur et d’économies grâce à des produits emblématiques.
Stellantis a présenté jeudi aux États-Unis le nouveau plan stratégique du groupe, qui prévoit 60 milliards d'euros d'investissements d'ici 2030 et 60 nouveaux modèles à venir pour accélérer la croissance et les profits.
La direction du constructeur automobile – formé par les acquisitions par Fiat d'une dizaine de marques, à commencer par Chrysler et Peugeot – l'a annoncé lors de la conférence avec les investisseurs organisée jeudi à Auburn Hills, dans le Michigan.
Le président de Stellantis, John Elkann, a qualifié le plan d'entreprise FASTlane 2030 d'« ambitieux mais réaliste », car il prévoit le développement rapide de plusieurs produits et de mises à jour de modèles existants et, dans le même temps, une réduction des coûts annuels de 6 milliards d'euros d'ici 2028.
« FASTlane 2030 est le résultat de mois de travail rigoureux dans l'ensemble de l'entreprise et il est conçu pour piloter une croissance rentable à long terme », a ajouté le directeur général du groupe, Antonio Filosa, « le plan nous permettra d'atteindre notre objectif : donner aux gens la possibilité de se déplacer avec les marques et les produits qu'ils aiment et en lesquels ils ont confiance ».
Fiat, et l'ensemble du groupe qui s'y rattache, doit rattraper un certain retard en matière d'électrification, comme d'autres grands constructeurs européens face aux acteurs chinois, avec lesquels il est d'ailleurs en négociation pour la vente d'usines en Europe.
Dans quelles marques Stellantis va-t-il investir
L'entreprise dispose de quatre marques mondiales qui bénéficient de la plus forte présence sur le marché et du plus grand potentiel de rentabilité : Jeep, Ram, Peugeot et Fiat, qui concentreront donc 70 % des investissements prévus par le plan, avec la division des véhicules utilitaires.
À ces marques s'ajouteront cinq marques régionales – Chrysler, Dodge, Citroën, Opel et Alfa Romeo –, tandis que DS et Lancia (tout comme Abarth) seront gérées par Citroën et Fiat.
Filosa a précisé que le groupe cherchera à capitaliser sur ses atouts en Amérique du Nord, dont il était responsable avant sa promotion il y a un an, d'où devrait venir une large part de la croissance espérée dans les prochaines années.
Le directeur général de Stellantis a également expliqué que le groupe mettra en œuvre un programme de « création de valeur génératrice d'économies », qui passera notamment par le renforcement du segment électrique dans les usines en Italie et par le lancement de deux nouvelles voitures électriques pour une marque haut de gamme comme Maserati.
Le plan stratégique de Stellantis vu par Elkann
Le président de Stellantis a indiqué, lors de l'Investor Day, son intention de passer d'un modèle global à un modèle multirégional, avec des plateformes et des motorisations partagées. John Elkann a reconnu que le secteur traverse une période de changements et de défis sans précédent, mais les premiers signaux sont encourageants.
« Il reste encore beaucoup de travail et nous gardons les pieds sur terre face aux défis. La concurrence est intense, les cycles technologiques s'accélèrent et le contexte externe reste volatil, mais nous abordons cette nouvelle phase avec lucidité, agilité et ambition », a ajouté Elkann.
« Le reset de Stellantis a été profond et nécessaire », a conclu le président. Dans ce cadre, le groupe prévoit d'intégrer l'intelligence artificielle dans la production « en collaboration avec des partenaires de premier plan » (dont Applied Intuition, Qualcomm, Wayve, Nvidia, Uber, Mistral AI, Catl et Wayve) pour les architectures logicielles, les systèmes d'interaction avec le conducteur et aussi pour la conduite autonome.
Les premières réactions sont venues des syndicats de la métallurgie. Le plan stratégique présenté est « un spot mondial, dans lequel ils ont mis au centre les États-Unis, où seront dirigés 60 % des 36 milliards d'euros d'investissements programmés. Il est évident qu'ils doivent rassurer Trump au détriment de la “vieille Europe”, avec l'Italie, et surtout Turin, reléguées en queue de peloton », a commenté le secrétaire général de la Fiom de Turin, Edi Lazzi, dans une note cosignée avec Gianni Mannori, responsable de Mirafiori, l'historique usine piémontaise de Fiat.
« Nous demanderons dans les plus brefs délais une rencontre avec l'entreprise afin de clarifier quelles seront les retombées du plan industriel sur Mirafiori », a déclaré dans un communiqué le secrétaire général de l'Uilm de Turin, Luigi Paone.
Quels sont les nouveaux modèles de Fiat et du groupe Stellantis ?
Le groupe lancera d'ici 2030 environ 25 produits entièrement nouveaux et 25 modèles restylés, ainsi qu'une cinquantaine de mises à jour d'autos et de véhicules existants, afin d'accroître la couverture et les parts de marché.
Stellantis vise en particulier 29 voitures électriques, 15 modèles hybrides rechargeables ou à autonomie étendue, 24 hybrides et 39 véhicules dotés de moteurs thermiques classiques ou mild hybrid, avec des délais de développement (le fameux time to market) ramenés de 40 à 24 mois.
Un changement de rythme significatif est attendu dès 2028 avec l'arrivée d'un nouveau segment : des véhicules 100 % électriques à moins de 15 000 euros produits dans l'usine de Pomigliano d'Arco, en Campanie.
En ce qui concerne la marque Fiat, le directeur général de la marque et responsable marketing du groupe, Olivier François, a annoncé le lancement de cinq nouveaux véhicules et de trois solutions de mobilité dans le cadre du plan FASTlane 2030.
Parmi les principales nouveautés figurent :
- Un modèle à trois roues et une version quatre places de la Topolino.
- Une nouvelle 500 électrique et la variante Fiat de la voiture électrique produite à Pomigliano d'Arco.
- Le nouveau SUV Grizzly, qui complétera la famille de la Panda et de la Grande Panda sur la même plateforme, mais avec un design différent afin d'augmenter chiffre d'affaires et marges.
- Un troisième “family mover” au concept innovant attendu pour 2029. Pour ce qui est des principales marques françaises, Peugeot introduira sept nouveaux modèles, dont quatre renforceront la couverture du marché et la rentabilité de la marque », a annoncé Alain Favey, directeur général de Peugeot. Autant de nouveautés sortiront des usines de Citroën, dont une nouvelle 2CV électrique au design inspiré de la version originale.
Les objectifs mondiaux et régionaux de Stellantis pour 2030
En Amérique du Nord, les prévisions tablent sur une croissance des volumes de 35 % dans les prochaines années, pour atteindre 1,9 million de véhicules. Le groupe veut capter la tranche de marché en dessous de 40 000 dollars, en faisant passer le nombre de modèles abordables de deux à neuf (dont deux nouvelles Chrysler à moins de 30 000 dollars).
Les marques américaines disposeront en concession de 23 modèles renouvelés ou mis à jour, dont 11 entièrement nouveaux. La formule stratégique pour la région est « 50/50/35 » : 50 % de nouveaux produits, une couverture de marché accrue de 50 % et des ventes en hausse de 35 %.
Dans le cadre du nouveau plan de Stellantis, chaque région a cependant la possibilité de mettre en œuvre des plans sur mesure. En Europe, l'objectif est une croissance de 15 % du chiffre d'affaires et la production de voitures électriques bon marché.
En Asie, Tata Motors fournira une plateforme « très compétitive pour développer un nouveau modèle Jeep, conçu et assemblé en Inde », a indiqué Grégoire Olivier, directeur des opérations Chine et Asie-Pacifique du groupe.