Les prix du pétrole passent sous 80 dollars le baril, les marchés anticipant la fin du blocage du détroit d'Ormuz; les réserves stratégiques des pays avancés tombent à un plus bas depuis 1990, selon l'AIE.
Les prix du pétrole ont de nouveau reculé mercredi, le Brent, référence internationale, passant sous les 80 dollars le baril pour la première fois depuis début mars, l’optimisme continuant de peser sur les cours après un accord-cadre de paix entre les États-Unis et l’Iran qui devrait rouvrir le détroit d’Ormuz d’ici la fin de la semaine.
La perspective d’une reprise du trafic dans le détroit a contribué à apaiser les craintes de perturbations prolongées des approvisionnements énergétiques en provenance du Golfe, une source clé des exportations mondiales de pétrole et de gaz naturel liquéfié.
Cela pourrait marquer la fin de ce que l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a qualifié de plus importante rupture d’approvisionnement de l’histoire du marché pétrolier mondial.
AIE : les stocks pétroliers de l’OCDE tombent à leur plus bas niveau depuis 1990
L’accord intérimaire de paix entre les États-Unis et l’Iran intervient au moment où les réserves stratégiques de pétrole des économies avancées sont tombées à leur plus bas niveau depuis 1990, a indiqué mercredi l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Les gouvernements ont continué de puiser dans leurs stocks d’urgence pour compenser les perturbations provoquées par le conflit dans le Golfe.
Dans le même temps, l’agence avertit que le conflit pèse aussi sur la consommation.
Dans son rapport sur le marché pétrolier de juin, l’AIE a revu à la baisse sa prévision de demande mondiale de pétrole, indiquant que la consommation devrait désormais reculer tout au long de 2026, les prix plus élevés des carburants et les perturbations de l’offre pesant sur la demande. L’agence s’attend à un retour de la croissance en 2027, à mesure que les flux commerciaux se normaliseront et que la conjoncture s’améliorera.
Malgré l’accord de paix, l’AIE prévient toutefois que le redressement de l’offre de pétrole pourrait ne pas être immédiat. L’organisation souligne que d’importants obstacles subsistent, notamment le déminage laborieux et la persistance de perturbations sur les routes maritimes, même si l’accord intérimaire entre Washington et Téhéran contribue à la reprise des exportations de pétrole du Moyen-Orient.
Les prix du pétrole plongent alors que les traders parient sur un accord de paix États-Unis–Iran
Les cours de référence internationaux du pétrole ont reculé, les opérateurs pariant sur la promesse du président américain Donald Trump de voir le détroit entièrement rouvert d’ici vendredi et exempt de droits de transit.
Le Brent pour livraison le mois prochain se négociait à 79 dollars le baril vers 10 h (heure d’Europe centrale), et le WTI, référence américaine, coûtait 76 dollars à la même heure. Les prix européens du gaz naturel sont passés sous les 42 € le mégawattheure mercredi matin.
Le prix du Brent a nettement reculé par rapport aux plus de 100 dollars atteints il y a quelques semaines et a désormais chuté de plus de 33 % sur le dernier mois, les anticipations du marché ayant brusquement changé. Il pourrait toutefois falloir encore des mois au secteur de l’énergie pour tourner de nouveau à plein régime.
De nombreux analystes restent prudents, car d’importants obstacles subsistent dans les négociations, notamment la question du devenir du programme nucléaire iranien. Mais à Wall Street, on espère que cet accord apportera une solution durable à un conflit qui a alimenté l’inflation dans le monde entier.
Des interrogations demeurent également quant à la vitesse de reprise de la production dans la région. S’agissant du gaz naturel liquéfié, l’attention reste braquée sur le complexe industriel de Ras Laffan, au Qatar, le plus grand hub d’exportation de GNL au monde, après des informations faisant état de dégâts importants sur les installations.
Ce qui attend l’Europe
Dans une analyse précédente, Euronews a expliqué pourquoi les prix de l’énergie en Europe pourraient ne pas baisser rapidement une fois le conflit résolu, même en cas de décision de rouvrir le détroit d’Ormuz.
L’Europe a été fortement touchée, même si elle ne s’approvisionne qu’en faible partie en pétrole et en gaz directement via le détroit d’Ormuz ; elle importe en revanche 80 à 85 % de son pétrole au total et dépend des prix de référence internationaux, en particulier le Brent, que la crise a fortement tiré vers le haut.
« Même si la paix arrivait demain, nous ne reviendrions pas à la normale dans un avenir prévisible », a déclaré début avril le commissaire européen à l’Énergie, Dan Jørgensen.
Pour que les prix reculent nettement dans l’ensemble du bloc, les primes d’assurance contre les risques de guerre et les tarifs de fret des pétroliers devront eux aussi diminuer, ces deux éléments étant déterminants dans le coût rendu du brut.
Et si les tarifs de fret semblent avoir cessé de grimper, rien n’indique pour l’heure une baisse marquée. Parallèlement, plusieurs rapports du secteur maritime montrent que les assureurs attendent toujours des preuves que le détroit peut fonctionner en toute sécurité avant de réévaluer le risque.