Le président américain a de nouveau menacé de rompre ses relations commerciales avec ses partenaires ibériques, qui exportent vers les États-Unis moins de 5 % de leur commerce extérieur. Trump peut-il aller au-delà des droits de douane ?
« Nous ne voulons plus faire aucun type d'affaires avec l'Espagne. J'aimerais que cela cesse. L'Espagne est un très mauvais partenaire au sein de l'OTAN. Ils ne participent pas, ils ne paient pas. Je ne veux rien avoir à faire avec l'Espagne. Coupez tout commerce avec l'Espagne, s'il vous plaît, y compris les visites », a déclaré Donald Trump lors d'une conférence de presse conjointe à l'issue de la réunion de l'OTAN à Ankara ce mercredi.
Les déclarations du président américain tranchent avec le fonctionnement de la politique commerciale de l'Union européenne. Depuis la création du marché unique en 1993, les droits de douane, les accords commerciaux et d'autres mesures dans ce domaine relèvent de la compétence exclusive de l'UE, exercée par l'intermédiaire de la Commission européenne.
Une éventuelle mesure visant l'un des 27 États membres aurait des répercussions sur l'ensemble du marché unique et pourrait entraîner une réponse coordonnée de Bruxelles.
Les flux commerciaux entre deux de ces pays ne sont même pas considérés comme des exportations, mais comme des « livraisons intracommunautaires ». Cette interdépendance fait en outre qu'une récolte d'oranges valenciennes peut être transformée dans un autre pays européen avant d'être expédiée aux États-Unis, de sorte qu'une action unilatérale contre l'Espagne poserait d'importantes difficultés pratiques et juridiques.
« Le gouvernement fédéral américain sait comment sont gérées les relations commerciales de l'UE et n'a aucun intérêt à les rompre », a rétorqué Teresa Ribera, responsable de la concurrence au sein de l'UE et ancienne ministre sous Pedro Sánchez, en mars dernier, lorsqu'elle a été interrogée sur cette question après une nouvelle menace de Trump contre l'Espagne.
Quelle marge de manœuvre Trump a-t-il pour mettre sa menace à exécution
Les chiffres montrent une relation commerciale asymétrique. L'Espagne n'exporte vers les États-Unis, selon les données de 2025, que 4,9 % de ses biens, soit quelque 18 milliards d'euros, une part qui la rend moins dépendante que des pays comme l'Italie (10,7 %) ou l'Allemagne (9,9 %).
À l'inverse, les États-Unis exportent vers l'Espagne pour quelque 23 milliards d'euros, si bien que, techniquement, le géant nord-américain dégage un excédent commercial sur ce flux. Leur part des exportations vers l'Espagne ne représente toutefois qu'environ 1,2 %.
Certains secteurs sont plus exposés que d'autres. Les biens d'équipement et les produits semi-manufacturés, comme les machines industrielles et les produits chimiques, représentent plus de la moitié des exportations espagnoles vers les États-Unis, tandis que les produits alimentaires pèsent environ 18 %.
Au sein de ces secteurs, les exportations de moteurs et de matériaux de construction figurent parmi les biens espagnols les plus demandés aux États-Unis. S'agissant de l'alimentaire, les huiles et graisses, y compris l'huile d'olive, représentent environ 14 % des exportations espagnoles qui traversent l'Atlantique.
En ce qui concerne les droits de douane, la section 122 de la loi sur le commerce de 1974 (Trade Act) fixe un plafond de 15 % et une durée maximale d'application des tarifs de 150 jours, au-delà de laquelle une prolongation nécessiterait l'aval du Congrès. Les sections 232 et 301 exigent des enquêtes formelles préalables, ce qui allonge la procédure, et elles ne peuvent en outre viser que des produits spécifiques.
Autres mesures unilatérales potentiellement applicables
Au-delà de la politique commerciale, Trump pourrait en revanche sanctionner individuellement des personnes morales ou physiques via son Bureau de l'industrie et de la sécurité ou le département du Trésor, comme ce fut le cas pour la rapporteuse Francesca Albanese, sans passer par le contrôle du Congrès. Cela peut prendre la forme de restrictions diplomatiques, de services bancaires ou de déplacements, visant tant des entités publiques que privées.
Le département du Commerce pourrait aussi restreindre la vente de technologies américaines (semi-conducteurs, logiciels, composants de défense) à certaines entreprises espagnoles au moyen de la fameuse « Entity List ». Historiquement, quelques entités basées dans des pays de l'UE ont été inscrites sur cette liste mais pour des motifs de sécurité nationale, comme des sociétés écrans liées à la Russie ou à l'Iran. La grande majorité des sanctions visent aujourd'hui la Chine.
L'Espagne se trouve toutefois dans une situation privilégiée au regard des Export Administration Regulations (EAR, règlementation américaine sur l'administration des exportations). L'Espagne appartient au groupe A:5, aux côtés de l'Allemagne, de la France, de l'Italie, du Royaume-Uni, du Japon et de la Corée du Sud, la catégorie qui bénéficie du régime d'autorisations d'exportation le plus favorable.
Enfin, Trump devrait contourner les clauses de sauvegarde de l'accord commercial signé à Tunberry, en Écosse, qui profite largement aux États-Unis en imposant des droits de douane généralisés d'au moins 10 % à l'ensemble du bloc, mais dont une violation, dans un scénario hypothétique comme une attaque unilatérale contre un État membre, aurait des conséquences pour la relation commerciale entre les deux blocs.