Samsung: le bénéfice de la division puces est multiplié par plus de 220, mais des pénuries de mémoire liées à l'IA pourraient s'aggraver.
Le géant sud-coréen des technologies Samsung Electronics a annoncé jeudi un bénéfice d’exploitation record de ₩89,5 billions de wons (54 milliards d’euros) pour la période d’avril à juin, en hausse de 56 % par rapport au trimestre précédent et plus de 19 fois supérieur à son niveau d’il y a un an.
D’après les chiffres arrondis publiés par Samsung, le bénéfice d’exploitation de la branche semi-conducteurs a bondi à ₩89,2 billions de wons (53,8 milliards d’euros), soit 223 fois le niveau enregistré un an plus tôt, à ₩0,4 billion (241 millions d’euros).
La division semi-conducteurs de Samsung a profité de la hausse des prix des puces, portée par la demande de serveurs d’IA et par l’augmentation des livraisons de puces mémoire avancées à large bande passante, utilisées pour alimenter les applications d’IA. Ce dynamisme a compensé la perte d’exploitation enregistrée dans la division mobiles, téléviseurs et électroménager, en partie liée à la hausse du coût des composants.
Le chiffre d’affaires trimestriel de Samsung a progressé de 28 % par rapport au trimestre précédent et de 130 % sur un an, pour atteindre ₩171,5 billions (103,5 milliards d’euros), un niveau inédit. Le groupe prévoit que la demande pour ses produits mémoire restera soutenue au second semestre, portée par la poursuite de l’extension des infrastructures d’IA et par l’adoption plus large de l’IA agentique. La demande de puces pour serveurs devrait encore s’accélérer, maintenant le marché en situation de sous-approvisionnement, a-t-il indiqué dans un communiqué.
Samsung Electronics a publié ses résultats au lendemain de l’annonce, par son rival SK Hynix, d’un chiffre d’affaires et d’un bénéfice opérationnel trimestriels également record, alors que les deux plus grands fabricants mondiaux de puces mémoire continuent de profiter de l’essor de l’intelligence artificielle.
Malgré l’envolée de leurs bénéfices, les actions des deux groupes ont fortement reculé cette semaine sur le marché boursier sud-coréen, particulièrement volatil, où les investisseurs particuliers provoquent souvent de brusques variations de cours, sur fond d’inquiétudes concernant leurs projets de dépenses massives pour accroître les capacités de production et la perspective d’une concurrence chinoise accrue.
La pénurie de puces devrait s’aggraver
Kim Jaejune, vice-président exécutif de la division mémoires de Samsung, a indiqué que l’entreprise s’attend à un creusement supplémentaire de l’écart entre l’offre et la demande de puces en 2027. Il a ajouté que cette pénurie devrait se prolonger jusqu’en 2028.
Samsung a précisé que sa première usine de fabrication de semi-conducteurs à Taylor, au Texas, reste en bonne voie pour entrer en activité cette année. Le groupe prévoit également de lancer la construction d’une deuxième usine, qui pourrait démarrer la production de masse en 2030.
Kim a indiqué que Samsung a conclu des contrats de fourniture de puces à long terme avec les cinq plus grands exploitants de centres de données au monde et est sur le point de finaliser des accords avec cinq autres grands groupes. Il n’en a cité aucun, mais l’agence Associated Press avance que ces cinq entreprises pourraient inclure Amazon Web Services, Google, Meta, Oracle et Microsoft.
"Malgré nos efforts pour augmenter la production, la croissance de la demande dépasse nos capacités", a déclaré Kim lors d’une conférence téléphonique.
Samsung et SK Hynix produisent à eux deux près des deux tiers des puces mémoire mondiales. Alors que les deux groupes ont engagé d’importants investissements dans des usines de semi-conducteurs et des centres de données, à mesure que la Corée du Sud renforce ses ambitions en matière d’IA, certains analystes estiment que les inquiétudes grandissent quant à la capacité de ces dépenses colossales à générer, in fine, des retours suffisants.
Les dirigeants de Samsung, de SK et du constructeur automobile sud-coréen Hyundai ont accompagné le président Lee Jae Myung lors de son déplacement à San Francisco la semaine dernière, où ils ont annoncé des projets de coopération totalisant plusieurs centaines de milliards de dollars avec de grands groupes technologiques américains, dont les spécialistes de l’IA OpenAI et Anthropic et les concepteurs de puces Nvidia et Broadcom. Ces accords couvrent les technologies de puces, les centres de données et d’autres infrastructures liées à l’IA.
Lors d’une table ronde avec des médias étrangers la semaine dernière, Kim Yong-beom, principal conseiller politique de Lee, a estimé que ces initiatives illustrent la façon dont les géants mondiaux de la technologie se pressent pour nouer des partenariats de long terme avec les fabricants de puces sud-coréens, afin de sécuriser des approvisionnements fiables en puces mémoire pour l’IA.
Toutefois, la volatilité des cours de ces entreprises, comme de ceux d’autres sociétés technologiques mondiales, montre que les investisseurs déplacent leur attention des profits à court terme vers la pérennité à long terme, a écrit cette semaine Son In-joon, analyste des semi-conducteurs chez le courtier sud-coréen Eugene Investment & Securities, dans un rapport.