Le Trésor américain double ses rachats de dette alors que l'endettement fédéral dépasse 40 000 milliards de dollars
La dette publique américaine s’élève désormais au niveau record de 40 000 milliards de dollars (environ 34 400 milliards d’euros), tandis que le Trésor a réagi aux tensions sur le marché obligataire en s’engageant à racheter bien davantage de ses anciens titres.
Les deux annonces faites à Washington sont tombées le même jour et illustrent deux symptômes d’une même tension de fond : un État qui s’endette à un rythme inédit, au moment même où les acheteurs de ses obligations les plus longues exigent des rendements plus élevés pour continuer à prêter.
Les rachats fonctionnent comme des opérations de rachat ciblées. Au lieu d’émettre de la nouvelle monnaie, le Trésor américain utilise les liquidités dont il dispose déjà pour racheter auprès des investisseurs des obligations plus anciennes et moins faciles à échanger, ce qui améliore la liquidité sans modifier le volume total de dette.
À partir du 9 septembre, la taille maximale de chaque opération de rachat sur les segments 10-20 ans et 20-30 ans sera au moins doublée, passant de 2 milliards de dollars (1,7 milliard d’euros) à 4 milliards de dollars (3,4 milliards d’euros), et ce jusqu’à la prochaine opération de refinancement trimestriel, prévue le 4 novembre.
Le Trésor américain affirme que ce changement traduit une "forte appétence des acteurs de marché" sur cette partie de la courbe, mais le calendrier de la décision n’a rien d’un hasard.
Mardi, le rendement des obligations à trente ans avait grimpé à son plus haut niveau depuis 2007, sur fond de ce que les analystes décrivent comme une grève des acheteurs remontant à la fin juin, aggravée par l’augmentation de l’offre de dette d’entreprise liée aux investissements dans des centres de données dédiés à l’IA.
Les rendements ont logiquement reculé après l’annonce de mercredi : le trente ans a perdu environ 9 points de base et le dix ans autour de 6, tandis que Wall Street repartait à la hausse.
Interrogé sur le fait de savoir si les Américains doivent s’inquiéter de cette volatilité, le président américain Donald Trump a simplement répondu : "Non, je ne crois pas."
Toutefois, tout le monde n’est pas convaincu que cette réponse soit à la hauteur des enjeux.
L’ampleur de cette hausse reste modeste au regard des 32 000 milliards de dollars (27 500 milliards d’euros) du marché des titres du Trésor qu’elle est censée stabiliser, et l’économiste de renom Mohamed El-Erian estime que la réaction disproportionnée des marchés traduit surtout l’espoir de mesures plus larges à venir plutôt que l’effet direct des rachats eux-mêmes.
Thomas Simons, chef économiste États-Unis chez Jefferies, juge que cette annonce rompt avec les habitudes du Trésor, qui communique généralement de façon régulière et très balisée sur ses plans d’emprunt, et qu’elle donne l’impression d’avoir été "faite sur un coup de tête".
Comment la dette américaine atteint 40 000 milliards de dollars
Ce chiffre de dette, confirmé par les données du Trésor américain arrêtées à mardi, se décompose en 32 270 milliards de dollars (27 750 milliards d’euros) détenus par le public et 7 780 milliards de dollars (6 690 milliards d’euros) dus entre comptes publics.
Cette barre a été franchie avec près de deux exercices budgétaires d’avance : en mai 2023, le Bureau du budget du Congrès américain prévoyait qu’elle ne serait pas atteinte avant 2028. Et la progression est rapide, même au regard des dernières années : le seuil de 39 000 milliards de dollars (33 500 milliards d’euros) n’a été franchi qu’en mars, celui de 38 000 milliards (32 600 milliards d’euros) en octobre dernier.
Sur les dix premiers mois du présent exercice budgétaire, l’État fédéral a emprunté à lui seul 1 800 milliards de dollars (1 500 milliards d’euros), déjà davantage que sur l’ensemble du précédent, alors que les dépenses de Sécurité sociale, de Medicare, de défense et de paiement des intérêts continuent de croître plus vite que les recettes.
"La dette nationale n’est pas qu’un chiffre dans les comptes de l’État", souligne David Young, président du CEO Center du Conference Board, en rappelant qu’elle influence les décisions financières que prennent les Américains au quotidien.
Les deux dynamiques se nourrissent l’une l’autre.
Un endettement plus lourd rend les investisseurs plus prudents sur les prêts de long terme, ce qui pousse les rendements à la hausse. À leur tour, ces rendements plus élevés renchérissent la facture d’intérêts de l’État, ce qui vient encore grossir la dette que le Trésor américain devra refinancer par la suite.
L’extension des rachats annoncée mercredi pourrait desserrer la pression à court terme, mais elle ne ralentit en rien la dynamique d’endettement qui en est à l’origine.