La Lettonie, à la frontière orientale de l'UE et de l'OTAN, renforce sa sécurité frontalière face à la migration irrégulière, aux drones et aux menaces russes et bélarusses.
Le long de sa frontière orientale, une clôture sépare l’État balte de Lettonie du Belarus. Des gardes-frontières patrouillent la zone, les systèmes de surveillance sont en cours d’extension et les planificateurs militaires construisent des infrastructures défensives destinées à ralentir une éventuelle attaque terrestre.
Pour la Lettonie, ces défis ne peuvent plus être considérés séparément.
Les migrations irrégulières, les drones et la menace d’une confrontation militaire sont de plus en plus perçues comme les éléments d’un même problème de sécurité plus large qui touche le flanc oriental de l’OTAN.
"Nous avons, malheureusement, des voisins très agressifs : la Russie et le Belarus", a déclaré à Euronews Guntis Pujāts, chef du service national des gardes-frontières.
Les gardes-frontières lettons ont été confrontés à une forte hausse de la migration irrégulière cet été. Ils ont déjoué près de 10 000 tentatives de franchissement de la frontière cette année, avec plus de 100 tentatives certains jours, notamment le 16 août.
Les responsables lettons accusent le régime du président bélarussien Alexandre Loukachenko de faciliter le passage des migrants vers les frontières du pays, décrivant ces flux comme une attaque hybride destinée à faire pression sur l’Union européenne.
Les chiffres de la migration augmentent avant les élections
La Lettonie, la Lituanie et la Pologne constatent toutes une hausse du nombre de personnes tentant de franchir leurs frontières depuis le Belarus depuis 2021. Mais l’ampleur de ces flux varie d’un pays à l’autre et le président letton affirme que ce n’est pas un hasard.
"Cela tient en partie au fait que nous avons des élections en octobre", a déclaré le président letton Edgars Rinkēvičs lors d’une visite à la frontière lettono-bélarussienne. Pour le régime au Belarus, "il est très important de montrer d’une manière ou d’une autre que nous ne sommes pas capables de faire face à cette pression, de chercher à influencer indirectement le processus électoral", a-t-il ajouté.
Ce n’est pas la seule explication. La Lettonie a pris du retard dans la mise en place de ses infrastructures de sécurité frontalière, ce qui l’a rendue plus vulnérable aux franchissements irréguliers. Les 173 kilomètres de frontière ont été entièrement clôturés cette année, mais les derniers travaux pour achever les systèmes de surveillance technologique doivent se poursuivre jusqu’à la fin de l’année.
Les gardes-frontières lettons affirment qu’ils ont également besoin de plus de personnel, jusqu’à 200 agents supplémentaires.
Jusqu’à présent, les pays voisins ont apporté leur soutien en envoyant leurs propres gardes-frontières pour aider à patrouiller la frontière.
"Nous bénéficions du soutien des gardes-frontières lituaniens, estoniens et finlandais. Et je prévois de signer le mois prochain cet accord avec la Pologne", a indiqué Pujāts. "Notre région se soutient mutuellement."
Mais Pujāts estime qu’il n’y a toujours pas, dans certains pays de l’Union européenne, une compréhension suffisante de l’ampleur de la situation.
"Malheureusement, la situation actuelle n’est pas suffisamment comprise", a-t-il déclaré, alors même que les migrants prévoient généralement de poursuivre leur route plus à l’Ouest.
"La Lettonie n’est pas un pays de destination. Ici, en Lettonie, nous protégeons, vous savez, les Allemands, les Belges, les Néerlandais", a expliqué Pujāts, ajoutant que les migrants veulent utiliser la Lettonie "comme pays de transit".
"Mais nous ne les laissons pas faire", a-t-il assuré.
Se préparer à un conflit plus large
Mais les préoccupations vont au-delà de la question migratoire.
Avec la Lituanie et l’Estonie, la Lettonie développe la Ligne de défense balte, un réseau d’infrastructures défensives destiné à ralentir une éventuelle invasion terrestre en provenance de la Russie ou du Belarus.
Les plans prévoient des obstacles antichars, des fossés et d’autres positions défensives, ainsi que la préparation à l’utilisation de drones et des projets de champs de mines.
Mais les responsables militaires estiment qu’une invasion terrestre classique n’est pas forcément la menace la plus immédiate. Les attaques hybrides suscitent une inquiétude croissante.
"Si l’on regarde la perception de la menace, ce que nous observons actuellement, bien sûr, c’est très probablement… des activités hybrides potentielles", a déclaré à Euronews le commandant des Forces armées nationales de Lettonie, le lieutenant-général Kaspars Pudāns.
"Il ne faut actuellement que peu de moyens pour recruter une partie de la population locale, parfois sans qu’elle sache vraiment ce qu’elle fait, et susciter ainsi des activités de diversion, des activités de sabotage", a-t-il poursuivi. "Et ce n’est pas seulement dans le domaine physique. Cela peut aussi se dérouler dans le cyberespace, dans le domaine de l’information."
Cela ne signifie pas que la Lettonie ne se prépare pas à d’éventuels scénarios d’attaque conventionnelle.
"Nous savons que nous appartenons à une alliance très crédible, que nos alliés sont déjà présents ici dans les États baltes et en Lettonie, avec notamment une force très multinationale qui est déployée ici. Elle fait partie de notre vie quotidienne. Elle ne s’entraîne pas seulement sur nos bases, elle participe à notre planification de la défense, aux répétitions de nos plans de défense", a-t-il expliqué.
La menace des drones
Le soutien de l’Alliance atlantique a été récemment mis à l’épreuve lorsqu’un drone est entré dans l’espace aérien letton le 14 août. Des avions de la mission de police du ciel de l’OTAN dans les pays baltes l’ont abattu après son entrée depuis le Belarus, près du village de Rugāji, dans le nord-est de la Lettonie.
La Lettonie affirme être mieux préparée qu’il y a quelques années.
Mais les responsables reconnaissent aussi qu’ils ne peuvent exclure une forte escalade.
"Nous sommes bien mieux préparés, mais nous ne pouvons jamais rien exclure. Nous constatons que l’OTAN a désormais mis à jour ses procédures, que la police du ciel de l’OTAN fonctionne", a déclaré le président.
"Mais, vous savez, c’est la réalité", a ajouté Rinkēvičs.