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"Un monument de la littérature" : l'écrivain portugais António Lobo Antunes est décédé à 83 ans

ARCHIVES ** L'écrivain portugais António Lobo Antunes tient son certificat de récompense après avoir remporté le prix littéraire Camões au monastère des Jerónimos à Lisbonne, en 2008.
ARCHIVES ** L'écrivain portugais António Lobo Antunes tient son certificat de récompense après avoir remporté le prix littéraire Camões au monastère des Jerónimos à Lisbonne, en 2008. Tous droits réservés  AP
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Par Ema Gil Pires & Nathan Joubioux
Publié le
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L'un des écrivains portugais les plus lus, vendus et traduits au monde est décédé ce jeudi. Il avait 83 ans. À Euronews, Dominique Nédellec, son traducteur français, le décrit comme un écrivain "comme il y a en a peu dans le monde".

António Lobo Antunes, icône de la littérature portugaise contemporaine, est décédé ce jeudi 5 mars, à l'âge de 83 ans, a indiqué l'éditeur Dom Quixote.

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"C'est avec une profonde tristesse, et encore sous le choc, que nous avons appris ce matin le décès d'António Lobo Antunes, un grand nom de la littérature portugaise, auteur de romans qui resteront à jamais dans la mémoire de ses lecteurs et admirateurs", peut-on lire dans le communiqué de l'éditeur_._

Dom Quixote a également rendu "un hommage juste et mérité" à l'homme responsable d'une production intellectuelle "dont l'importance a dépassé les frontières" et qui "a consacré toute sa vie à la littérature".

"Il n'écrit pas un portugais conventionnel"

"C'est un monument. La littérature portugaise perd un grand auteur, mais je dirais que la littérature mondiale également", assure Dominique Nédellec, qui est son traducteur français depuis une quinzaine d'années. "C’est un écrivain comme il y a en a peu dans le monde. Par la radicalité de ses recherches stylistiques, par la puissance d’un travail qui s’est étalé sur plus d’une quarantaine d’années", a-t-il déclaré à Euronews.

Il raconte alors sa première rencontre avec António Lobo Antunes, en 2011. "Ce qui m’avait tout de suite dit, c’est que si j’avais des problèmes pour traduire son travail, réputé difficile, il ne fallait pas compter sur lui. “Si vous avez des difficultés, soyez créatifs”, m'avait-il dit", se souvient Dominique Nédellec.

Celui qui vient de rendre la traduction française de "Dictionnaire du langage des fleurs", se considère chanceux d'avoir pu s'attaquer à son œuvre, qu'il considère comme "unique en son genre" et "grandiose". "Il écrivait comme personne d'autres", poursuit-il, avant de citer l'auteur : "Personne n'écrit comme moi, même pas moi". "Il n’écrit pas un portugais conventionnel, classique. C’est une langue qu’il a transformée, malaxée, malmenée pour en faire son outil d’expression et c’est une langue qui ressemble à aucune autre", souligne Dominique Nédellec, précisant qu'il éliminait une grand partie de la ponctuation, abolissant les repères habituel du temps, des personnages bien définis.

"C’est un auteur qui est compliqué à traduire mais qui normalement n’est pas compliqué à lire. Il faut accepter de renoncer à ses repères habituels de lecteur", conclut-il. "Il faut accepter de lâcher prise pour se laisser emporter par sa prose."

De médecin-militaire à écrivain

Né à Lisbonne en septembre 1942, l'auteur avait obtenu son diplôme à la faculté de médecine dans la capitale, où il s'est spécialisé en psychiatrie, profession qu'il a exercée quelques années au début de sa vie.

Ce n'est qu'après avoir accompli son service militaire, pour lequel il a été mobilisé de 1970 à 1973 et pendant lequel il a été stationné en Angola pendant la guerre coloniale, qu'il a entamé sa carrière littéraire. Il a alors débuté par des récits nettement inspirés de ses expériences sur le terrain, où il a travaillé en tant que médecin et lieutenant.

C'est en 1979 qu'il voit ses premiers livres publiés, "Memória de Elefante" et "Os Cus de Judas", puis "Connaissance de l'enfer" l'année suivante. Ces titres ont été suivis par de nombreux autres : "Fado Alexandrino" (1983), "As Naus" (1988), "Manual dos Inquisidores" (1996) et "O Esplendor de Portugal" (1997). Des ouvrages qui l'ont consolidé comme l'un des noms les plus importants de la littérature portugaise contemporaine.

À partir de 1985, il s'était consacré exclusivement à l'écriture, mais d'autres thèmes récurrents de son patrimoine littéraire sont liés au passé du Portugal, comme le quartier lisboète de Benfica.

Récompensé de nombreuses fois

L'œuvre de l'écrivain, traduite en plusieurs langues, a également reçu de nombreuses distinctions nationales et internationales au fil des ans, telles que le prix Juan Rulfo en 2008, le prix Camões en 2007, le prix de Jérusalem en 2005, le prix Ovide en 2003 et le prix européen de littérature en 2001.

En 2008, il a également reçu les insignes de Commandeur de l'Ordre des Arts et des Lettres du ministère français de la Culture.

Avec une carrière de plus de 40 ans, António Lobo Antunes est devenu l'un des écrivains portugais les plus lus,vendus et traduits dans le monde.

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