Grâce à une collaboration inédite entre l'Orangerie et la Fondation Barnes, basée à Philadelphie, le Douanier Rousseau s'expose jusqu'au 20 juillet. L'occasion de se plonger dans l'univers de ce peintre longtemps qualifié de naïf.
C'est une exposition inédite qui s'ouvre, ce mercredi 25 mars et jusqu'au 20 juillet, à l'Orangerie, à Paris. Une cinquantaine d'œuvres du Douanier Rousseau (1844-1910), dont dix-huit provenant de la Fondation Barnes, basée à Philadelphie, sont présentées pour tenter de rendre hommage à un peintre souvent tourné en dérision lorsqu'il était encore en vie.
"Je dois dire qu'on a eu une très grande chance, une opportunité incroyable. En travaillant entre deux grandes institutions, une américaine et une française, on pouvait rassembler nos forces, et du coup, cette coopération internationale fait qu'on a eu des prêts fabuleux", se réjouit Claire Bernardi, directrice du musée de l’Orangerie.
L’exposition "Henri Rousseau : L’ambition de la peinture", qui prétend étudier son parcours artistique en profondeur, met en lumière la carrière d'un peintre "que l'on a très tôt considéré comme naïf", explique Juliette Degennes, co-commissaire de l'exposition. "Les premiers critiques qui voient ses œuvres au Salon des indépendants font référence à sa naïveté. C'est un peintre qui est surtout autodidacte, mais qui a bénéficié d'une éducation, même s'il n'a pas suivi de formation artistique", poursuit-elle.
Inspiration sauvage
Le Douanier Rousseau, qui a commencé la peinture peu avant ses 50 ans après avoir quitté son poste à l'octroi de Paris, trouvait ses inspirations dans des albums d'illustrations d'animaux sauvages et par des visites au Jardin des plantes.
Et pour se différencier des autres artistes, Henri Rousseau, qui a toujours voulu vivre de son art, a "su diversifier les genres et les techniques pour se faire une place sur la scène artistique parisienne", indique l'Orangerie.
Un style que l'on retrouve notamment dans ses scènes de jungles luxuriantes peuplées d'animaux sauvages, comme la toile "Le lion ayant faim, se jette sur l'antilope". "Il était le plus exotique des peintres exotiques", affirmait même le poète Apollinaire.
"C'est une œuvre qui parle aux enfants parce qu'elle est très directe. Je pense qu'aujourd'hui, plus que jamais, on verra dans ces œuvres leur force et leur modernité", explique Claire Bernardi. "Ça ressort du rêve, mais ça ressort aussi de quelque chose qui nous touche, j'allais dire, assez directement dans nos rêves, mais aussi nos angoisses."
L'exposition permettra également de découvrir le tableau "La bohémienne endormie", prêtée par le Moma de New York, l'un de ses chef-d'œuvres mais l'une de ses toiles les plus mystérieuses.
Reconnaissance aux États-Unis
Albert C. Barnes, fervent collectionneur, a été l'un des premiers à s'intéresser au travail du Douanier Rousseau. "Ses peintures ont le charme d'un conte de fées pour enfants, mais il n'y a rien d'enfantin ou d'inculte dans l'habileté avec laquelle ils sont exécutés", expliquait celui qui aurait possédé jusqu'à cinquante œuvres de l'artiste français.
Mais ce n'était pas le seul, outre-Atlantique, a se pencher sur son travail. "Il y a de très beaux prêts d'institutions américaines, puisque Rousseau a eu très vite un écho aux États-Unis. D'abord son ami peintre Max Weber qui, lorsqu'il retourne aux États-Unis dans les années 1910, organise une exposition à la Galerie 291", assure Juliette Degennes.
"Ce sont aussi des collectionneurs américains qui s'intéressent très vite à son travail : John Quinn, [Albert] Barnes évidemment, et les œuvres rejoignent aussi très tôt les institutions. "La Bohémienne endormie", par exemple, est acquise par le MoMA dès 1939. C'est très tôt, et une grande exposition monographique lui est consacrée en 1942. Donc il y a vraiment très tôt une attention portée à Rousseau du côté américain", conclut l'experte.