"Chante, déesse, la colère d'Achille, le fils de Pélée…" : une mission hispano-égyptienne à Oxyrhynque a mis au jour un complexe funéraire romain contenant des papyrus, des momies décorées et des plaques d'or, dont un texte du poème épique du "barde aveugle".
Les travaux archéologiques menés par l'Université de Barcelone et l'Institut du Proche-Orient ancien à Al Bahnasa, dans l'ancienne Oxyrhynque, à quelque 190 kilomètres au sud du Caire, ont permis de faire une découverte exceptionnelle : une momie contenant un fragment de papyrus avec des vers du deuxième chant de l'"Iliade", le poème épique attribué à Homère.
La découverte a eu lieu dans la tombe 65, un hypogée qui, bien que pillé dans l'Antiquité, a conservé une remarquable collection de matériel funéraire.
Les directrices de la mission, les docteures Maite Mascort et Esther Pons Mellado, ont documenté plusieurs momies avec des bandages décorés de motifs géométriques et de couleurs toujours vives, ainsi que des sarcophages en bois polychrome et un petit lot d'objets métalliques: trois fines feuilles d'or et un morceau de cuivre.
Tous ces objets faisaient partie du trousseau rituel typique des sépultures gréco-romaines, destiné à guider le défunt dans son voyage vers l'au-delà.
Un texte légendaire dans les entrailles d'une momie
La découverte prend une dimension littéraire et historique unique grâce au papyrus trouvé à l'intérieur d'un des corps. Le texte conserve un passage du livre II de l'Iliade (v. 484-780) connu sous le nom de Catalogue des navires, une longue énumération poétique des contingents grecs qui ont pris la mer pour Troie.
Le ministre égyptien du tourisme et des antiquités, Sherif Fathy, a noté que la pièce enrichit le dossier archéologique déjà prolifique de la province d'Al Menia. Hesham Al Leizy, secrétaire général du Conseil suprême des antiquités, a souligné que le site fournit de nouveaux indices sur les rituels funéraires d'Al Bahnasa à l'époque gréco-romaine.
Le professeur Hassan Amer, de l'université du Caire et chef de l'équipe de fouilles égyptienne, a déclaré que la tombe 65, malgré sa détérioration structurelle et les pillages qu'elle a subis, a permis de reconstituer le fascinant processus de fusion entre les traditions funéraires égyptiennes et les influences de la Méditerranée hellénistique et romaine.
Cette découverte confirme, une fois de plus, le rôle d'Oxyrhynque comme l'un des sites documentaires et archéologiques les plus importants des périodes ptolémaïque et impériale.