Loin des plateaux de tournage, Richard Gere s'emploie à mettre en lumière la crise du logement dans le monde en s'associant aux Nations unies. Dans un entretien accordé à Euronews, l’acteur explique pourquoi il est particulièrement engagé sur la question du sans-abrisme.
À Bakou, lors de la treizième session du Forum urbain mondial (FUM13), l'accent n'a pas été mis sur les tapis rouges et les premières de films, mais sur la présentation d'un documentaire sur le sans-abrisme. Le film met en scène Latyr Thioye, un ancien utilisateur de HOGAR SÍ - le programme mis en place par l'icône hollywoodienne Richard Gere et sa femme philanthrope Alejandra.
Dans un entretien exclusif avec Euronews, Richard Gere explique pourquoi il est si passionné par la défense de l'ONU-Habitat et son implication personnelle dans le programme HOGAR SÍ.
"Ma motivation pour travailler avec HOGAR SÍ découle d'une conviction personnelle : le sans-abrisme n'est pas inévitable - c'est une injustice sociale qui peut être résolue grâce à un changement profond de compréhension et d'approche", déclare-t-il.
"Mon épouse Alejandra et moi-même travaillons avec HOGAR SÍ depuis plus de dix ans et avons pu suivre de près son développement et ses progrès. En 2024, nous avons rejoint le conseil d'administration de l'organisation".
Il dit avoir découvert l'organisation caritative par l'intermédiaire de sa femme et souligne que HOGAR SÍ est "rigoureuse et très engagée, axée sur le respect des droits de l’homme et de la dignité, et fondée sur des solutions factuelles".
HOGAR SÍ est une organisation qui applique la méthodologie du "Logement d'abord" ("Housing First"), proche de celle mise en œuvre par d’autres structures à travers le monde.
Richard Gere ajoute : "Je suis fermement convaincu que le logement est la clé de voûte de la société. Je crois que le logement est la porte d’entrée vers tous les autres droits. Sans foyer sûr, il n’y a pas de santé, pas d’éducation, pas d’emploi stable. Lorsque cette porte se ferme, le cycle de l’exclusion devient presque impossible à briser."
Le couple entend ainsi attirer l’attention de la communauté internationale sur ce qu'il considère comme l'un des principaux défis humanitaires des villes modernes : le sans-abrisme.
Lors du Forum urbain mondial, dix minutes de leur documentaire d'une heure seront présentées par ONU-Habitat, dans le cadre d'une session intitulée "Housing the world: Safe and resilient cities and communities" ("Loger le monde : des villes et des communautés sûres et résilientes").
L’engagement de Richard Gere auprès de l’ONU, explique-t-il, a commencé de manière assez naturelle. Il travaillait déjà sur des questions liées aux droits de l'homme, à la dignité et au développement social.
"J’ai réalisé que les Nations unies constituent une plateforme essentielle pour porter certaines problématiques sur la scène mondiale et influencer les politiques publiques d’une manière qui fait réellement la différence."
Il souligne également que "dès le départ, je me suis senti en phase avec son approche multilatérale et avec l’idée que les grands défis, comme le sans-abrisme ou les inégalités urbaines, ne peuvent être abordés qu’à travers la coopération internationale et une volonté politique de changement".
Richard Gere confie à Euronews que, parmi les projets onusiens auxquels il a participé, certains se distinguent par leur impact réel, notamment dans les domaines du logement, de la cohésion sociale et des réfugiés, des initiatives de long terme visant à donner plus de visibilité aux communautés marginalisées.
« Je mettrais en avant les initiatives liées à ONU-Habitat et à l’Agenda 2030, où l’accent mis sur les villes inclusives a permis le partage de bonnes pratiques et montré qu’il est possible de mettre fin au sans-abrisme lorsque l’accès au logement est considéré comme un point de départ, et non comme une récompense finale. »
Richard Gere livre également son regard sur la ville hôte, Bakou, et souligne l’importance d’une plateforme comme le Forum urbain mondial pour repenser l’avenir des villes à un moment critique.
« Sa tenue à Bakou constitue une opportunité majeure. Les villes concentrent à la fois les plus grands défis sociaux et les solutions les plus innovantes. Ce forum rassemble des voix politiques, sociales et techniques autour d’un objectif commun : créer des environnements urbains plus justes, plus durables et plus inclusifs. »
« Il est essentiel que la question du sans-abrisme fasse partie de cette réflexion, car il ne peut y avoir de villes prospères tant que des personnes vivent dans la rue », ajoute-t-il.
Interrogé sur l'importance de la tenue du FUM13 en Azerbaïdjan, il répond :
"Le fait que le Forum urbain mondial se tienne pour la première fois dans cette région constitue une étape importante vers une vision véritablement mondiale et diversifiée des défis urbains."
"Chaque contexte apporte des réalités différentes, mais aussi des leçons précieuses, et la décentralisation de ces espaces de débat est essentielle pour éviter des perspectives unilatérales."
Il souligne que "cela envoie un message clair : les droits de l’homme, le logement et l’inclusion sociale ne sont pas des enjeux régionaux, mais une responsabilité partagée par l’ensemble de la communauté internationale".
D'Hollywood au sans-abrisme
La Fondation Gere et HOGAR SÍ, organisation espagnole qui œuvre à mettre fin au sans-abrisme grâce à des solutions de logement à long terme et à des initiatives sociales, sont à l’origine de la participation de la star hollywoodienne.
Au fil des années, Richard Gere a construit un engagement durable en faveur des droits humains, des communautés vulnérables et des réfugiés, en parallèle de sa carrière d’acteur.
Interrogé par Euronews sur les raisons de son engagement auprès des sans-abri, il explique :
"Il y a quelques années, pendant le tournage du film Time Out of Mind, j’incarnais un sans-abri. J’ai marché dans les rues de New York sans être reconnu. J’ai ressenti quelque chose que je n’avais jamais éprouvé auparavant : l’indifférence, l’invisibilité, l’isolement. Cette expérience m’a profondément marqué."
Il ajoute : "Au fil des années, j’ai eu de nombreuses conversations avec des personnes vivant dans la rue, ainsi qu’avec des personnes avec lesquelles j’avais déjà travaillé. En écoutant des récits marqués par la perte, la solitude, le désespoir et la maladie, j’ai compris qu’en l’absence d’un solide réseau de soutien - famille ou amis - chacun peut se retrouver dans cette situation."
La carrière de Richard Gere est marquée par de nombreux rôles emblématiques, de "American Gigolo" à "Pretty Woman", en passant par "Officier et Gentleman" ou "Chicago". Il a ensuite consacré une part importante de son temps à des causes humanitaires et à l’aide aux personnes en difficulté.
"Il n’y a pas eu de moment décisif, mais plutôt un cheminement personnel", explique-t-il. "Avec le temps, j'ai compris que le véritable sens d’une vie humaine réside dans le service de ceux qui ne peuvent être vus ou entendus."
Plaidoyer pour l'avenir
La Fondation Gere travaille en étroite collaboration avec ONU-Habitat, aux côtés de HOGAR SÍ, organisation qui défend l'idée que le sans-abrisme ne doit pas être un statu quo ni une condition sociale permanente, et que les réponses d'urgence ne peuvent être la seule solution.
Dans le cadre du Forum urbain mondial, Richard Gere a également contribué à un documentaire intitulé "What Nobody Wants To See", présenté dans le programme de cinéma urbain. Le film explore les tensions liées aux réalités urbaines souvent ignorées ou invisibilisées.
L’association entre la Fondation Gere et ONU-Habitat illustre une tendance croissante à l'intersection entre activisme, diplomatie internationale et culture, où des personnalités publiques contribuent à relayer des causes humanitaires lors de grands événements internationaux.
Interrogé sur l'avenir de HOGAR SÍ, Richard Gere se dit confiant :
"C'est une organisation solide, dotée d'une stratégie claire et du courage de défendre des changements structurels, même lorsqu'ils sont difficiles ou inconfortables."
Il estime que HOGAR SÍ continuera à jouer un rôle clé, en Espagne comme en Europe, et que "le sans-abrisme peut être résolu s'il est abordé à travers des politiques fondées sur des données probantes, la coopération institutionnelle et le respect de la dignité humaine".
Il ajoute : "L'éradication du sans-abrisme en Espagne dans les prochaines années est possible : environ 37 000 personnes ont besoin d'une nouvelle opportunité, d'un foyer."
L'un des messages de cette treizième session du Forum urbain mondial de Bakou rejoint clairement celui de Richard Gere : le logement n'est pas seulement une question de construction. Il répond à un besoin fondamental d’appartenance et de sécurité - celui d'un lieu que chacun peut appeler chez soi.