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Casa Batlló révèle les détails cachés de Gaudí, Miró et Gomis grâce au numérique

Casa Batlló : une nouvelle exposition explore les liens créatifs entre Gaudí, Miró et Gomis
Casa Batlló : une nouvelle exposition explore les liens créatifs entre Gaudí, Miró et Gomis Tous droits réservés  Credit: Eric Yanguas
Tous droits réservés Credit: Eric Yanguas
Par Theo Farrant
Publié le
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Une plongée moderne fascinante dans l’univers de trois visionnaires catalans, « Gaudí–Miró–Gomis : Deconstructed » mêle œuvres historiques et innovations numériques pour explorer le langage créatif qui les rapproche.

Si vous demandez à la plupart des gens de citer les plus grandes figures culturelles de la Catalogne, Antoni Gaudí et Joan Miró feront probablement partie des premiers noms évoqués. Bien peu mentionneront Joaquim Gomis. Et pourtant, sans son appareil photo, la manière dont le monde perçoit l’architecture de Gaudí serait sans doute tout autre.

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À une époque où l’œuvre de cet architecte radical était encore rejetée par une partie du milieu artistique barcelonais, jugée excentrique plutôt que visionnaire, Gomis en avait déjà saisi la portée.

Photographe, moderniste et proche ami de Miró, il a documenté les formes, textures et détails extraordinaires de Gaudí. Ce faisant, il n’a pas seulement conservé la trace des bâtiments de l’architecte, il a contribué à façonner la manière dont les générations suivantes verraient, interpréteraient et apprécieraient la vision de Gaudí.

Ce lien méconnu entre architecte, artiste et photographe est au cœur de Gaudí–Miró–Gomis : Deconstructed, une relecture d’une précédente exposition de la Fundació Joan Miró consacrée aux relations entre l’architecture de Gaudí, l’art de Miró et la photographie de Joaquim Gomis.

Installée à juste titre au troisième étage récemment restauré de la Casa Batlló de Gaudí_,_ cette nouvelle édition élargit le dialogue entre ces trois créateurs grâce à des installations numériques immersives, à l’intelligence artificielle et à des technologies 3D développées avec la Fundació Joan Miró et le studio créatif Tomorrow Bureau.

En recourant à l’intelligence artificielle, à la photogrammétrie haute résolution et au scan 3D, ces nouvelles œuvres spectaculaires révèlent des détails invisibles à l’œil nu. Les marques d’outils et les traces du temps sur les sculptures de Miró, numérisées de cette manière pour la première fois, occupent une partie de l’espace, tandis qu’une relecture de l’archive de Gomis à travers des réinterprétations génératives en occupe une autre.

Euronews Culture s’est entretenu avec la co-commissaire de l’exposition et directrice artistique de Casa Batlló Contemporary, Joana Seguro, au sujet de la redécouverte de l’héritage méconnu de Gomis, de la manière dont la technologie transforme notre rapport à l’art et des raisons pour lesquelles les idées radicales de Gaudí et Miró continuent d’inspirer les artistes aujourd’hui.

Joaquim Gomis, Joan Miró, Mme Matisse et Joan Prats sur la terrasse de la Casa Batlló, Barcelone, 1946.
Joaquim Gomis, Joan Miró, Mme Matisse et Joan Prats sur la terrasse de la Casa Batlló, Barcelone, 1946. Credit: Hereus de Joaquim Gomis. Fundació Joan Miró, Barcelona 2026

Euronews Culture : pouvez-vous revenir aux origines de cette exposition ? Comment est née l’idée de réunir Gaudí, Miró et Gomis ?

Joana Seguro : Tout est parti d’une conversation. Nous commencions à préparer la première année d’expositions ici, au deuxième étage de la Casa Batlló, alors nous sommes allés à la Fundació Joan Miró et nous avons discuté avec eux. Nous réfléchissions simplement à ce que nous pouvions faire ensemble, à l’impact de la Casa Batlló sur l’œuvre de Miró.

Et ils nous ont répondu : « Eh bien, nous avons déjà fait une exposition précisément sur ce sujet. » L’exposition originale s’intitulait Miró, Gomis, Gaudí et portait essentiellement sur les photographies de Gomis documentant le travail de Miró, mises ensuite en dialogue avec l’architecture de Gaudí. J’étais ravie, car on percevait très clairement un lien direct entre l’œuvre de Gaudí, ce bâtiment en particulier, et celle de Miró.

Je pense qu’il faut comprendre que lorsque Miró s’est éloigné de la peinture pour s’intéresser davantage aux éléments en trois dimensions, c’est vers l’œuvre de Gaudí qu’il s’est tourné. Il s’est inspiré de ses formes issues de la nature pour créer des sculptures et des bronzes. Il a également réalisé une série de gravures qui s’intitulait Gaudí.

Mais ce qui était le plus enthousiasmant, c’est que je connaissais mal Joaquim Gomis. J’ai alors commencé à regarder ses photographies et à mesurer l’importance de son travail de documentation de la Casa Batlló, mais aussi de l’œuvre de Gaudí à travers Barcelone.

Un visiteur regarde les photographies de Joaquim Gomis dans le cadre de Gaudí–Miró–Gomis : Deconstructed à la Casa Batlló, à Barcelone.
Un visiteur regarde les photographies de Joaquim Gomis dans le cadre de Gaudí–Miró–Gomis : Deconstructed à la Casa Batlló, à Barcelone. Credit: Victoria Gasseuy

Un élément clé de cette exposition est le dialogue entre les œuvres originales et les nouvelles installations numériques. Pouvez-vous expliquer comment ces œuvres numériques ont été créées et ce qu’elles apportent à l’expérience des visiteurs ?

Je pense que l’aspect peut-être le plus radical de cette nouvelle version, par rapport à l’exposition d’origine, c’est que nous avons confié à Tomorrow Bureau non seulement la création des pièces numériques, mais aussi la scénographie et les paysages sonores qui accompagnent tout le parcours, afin de créer un environnement dans lequel on peut apprécier et explorer ce lien autrement.

Nous présentons donc les gravures de Miró, ses bronzes, mais mises en regard de scans haute résolution réalisés à partir des pièces originales de Miró, puis déstructurés, en observant ces objets un peu comme le ferait un archéologue et en utilisant les technologies les plus avancées pour les donner à voir autrement.

Il en va de même pour les photographies. Nous partons de ces images et de cet ensemble d’archives, réalisées principalement dans les années 1940, pour créer une base de données vivante grâce à l’intelligence artificielle et concevoir une autre pièce numérique qui pousse encore plus loin cette connaissance avec les techniques dont nous disposons en 2026.

Tomorrow Bureau déconstruit, crée des artefacts numériques, en s’affranchissant des contraintes que la conservation impose à juste titre à ces objets, ou même de celles de la gravité, car ce sont des pièces très lourdes.

Avec l’artefact numérique, on dispose d’une grande liberté : on peut le faire tourner, entrer dans les détails de façon spectaculaire. Le numérique et le physique se complètent. Et je pense, j’espère, que c’est ce que nous parvenons à offrir avec cette exposition.

Nous avons aussi créé un carrousel autour de l’œuvre de Gomis, dans lequel figure l’ensemble de son archive, que nous avons pu numériser. Elle n’était pas vraiment accessible, même lors de l’exposition originale, alors que le numérique nous offre aujourd’hui une multitude de possibilités et une bien plus grande flexibilité.

Des sculptures de Joan Miró présentées aux côtés d’une installation numérique de Tomorrow Bureau dans Gaudí–Miró–Gomis : Deconstructed à la Casa Batlló.
Des sculptures de Joan Miró présentées aux côtés d’une installation numérique de Tomorrow Bureau dans Gaudí–Miró–Gomis : Deconstructed à la Casa Batlló. Credit: Eric Yanguas

Gaudí et Miró étaient connus pour repousser les limites et expérimenter de nouvelles idées. S’ils étaient en vie aujourd’hui, pensez-vous qu’ils adopteraient des technologies comme l’intelligence artificielle et l’art numérique dans cette même démarche créative ?

Je ne peux pas le savoir, mais je trouve encore plus intéressant de voir des artistes contemporains bien vivants s’approprier la vision de Gaudí.

Gaudí reste d’actualité, et Miró aussi, selon moi. Leur curiosité, leur goût du risque, cette mentalité radicale et visionnaire continuent d’inspirer profondément les artistes d’aujourd’hui, et les techniques utilisées par Gomis et Miró demeurent pertinentes. Leur vision d’artistes, tout comme celle de Gaudí, est peut-être encore plus actuelle aujourd’hui qu’à l’époque.

Quelqu’un a qualifié Gomis de créateur de Photoshop. Beaucoup des techniques qu’il utilise en tant que photographe s’apparentent à des collages, à des manipulations numériques avant l’heure. Nous parlons donc de personnes qui, dans leur pratique, étaient déjà expérimentales et radicales. Et je pense que c’est cet esprit-là qui doit perdurer.

J’aime imaginer qu’ils accueilleraient ces nouvelles possibilités et ces nouvelles technologies, sans pour autant oublier les objets, le savoir-faire, l’artisanat, et ce que ces outils rendent possible : la capacité de reproduire des œuvres, comme je l’ai fait, à plus grande échelle et dans de multiples contextes.

Pour les visiteurs peu familiers de l’art moderne, le travail de Miró peut parfois sembler très simple, voire enfantin, au premier regard. Dans quelle mesure cette apparente simplicité est-elle en réalité le fruit d’une réflexion et d’expérimentations très poussées ?

Je pense qu’il y a une beauté dans la simplicité, et une forme d’enthousiasme enfantin chez ces trois artistes. C’est l’excitation de créer, d’explorer.

Je pourrais vous montrer, partout dans ce bâtiment, ces éléments magnifiques et ludiques, des poignées de porte en forme de champignons à bien d’autres détails. Miró, Gaudí et Gomis étaient obsédés par la nature. Ils y trouvaient des solutions d’une grande simplicité en apparence, mais tellement élégantes et inventives que ce qui peut sembler enfantin est en réalité d’une grande finesse, efficace et joyeux.

Et il ne faut jamais perdre cela de vue.

Des œuvres de Joan Miró présentées dans le cadre de Gaudí–Miró–Gomis : Deconstructed à la Casa Batlló, à Barcelone.
Des œuvres de Joan Miró présentées dans le cadre de Gaudí–Miró–Gomis : Deconstructed à la Casa Batlló, à Barcelone. Credit: Eric Yanguas

Enfin, lorsque les visiteurs quittent l’exposition, qu’aimeriez-vous qu’ils emportent avec eux ? Quel lien ou quel message souhaitez-vous qu’ils gardent en tête après avoir découvert le travail de ces trois artistes ?

J’aimerais que le public découvre l’œuvre de Gomis et comprenne à quel point elle a été déterminante pour la reconnaissance internationale de Gaudí.

Mais je voudrais aussi qu’ils perçoivent le fil qui relie tous ces artistes : une curiosité pour la vie et la nature, un amour du monde naturel et, plus particulièrement, de la Catalogne.

Cette exposition se lit aussi à plusieurs niveaux. Elle comporte différentes strates. Si l’on veut approfondir leurs biographies, une section y est consacrée. Si l’on veut se plonger davantage dans l’œuvre de Gomis, c’est possible aussi.

On peut tout simplement la parcourir et ressentir le lien qui unit les trois artistes.

Gaudí–Miró–Gomis : Deconstructed est à découvrir à la Casa Batlló, à Barcelone, jusqu’en janvier 2027.

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