Bien que l’année écoulée ait été marquée par un contexte politique agité, ce sont finalement les récits personnels qui ont dominé le palmarès du concours.
Un climat politique propice au changement de gouvernement, le quotidien de parents qui élèvent des enfants atteints de maladies graves ou encore l’univers des danseurs de ballet : en 2025, ces sujets ont particulièrement inspiré les photoreporters hongrois. Ces regards portés sur une société en pleine évolution sont aujourd’hui réunis à Budapest, où s’est ouverte la 44e édition de l’Exposition hongroise de photographie de presse au Centre Robert Capa de photographie contemporaine.
Lors du vernissage, Orsolya Kőrösi, directrice exécutive du Centre, a souligné l’importance croissante du travail des photoreporters. "Le photoreporter ne se contente pas de réaliser des images, il est présent, il témoigne, il choisit et il interprète, tout en engageant sa responsabilité personnelle sur la fidélité de ce qu’il montre à la réalité", a-t-elle déclaré.
À l’ère de l’intelligence artificielle, alors qu’il devient de plus en plus difficile de distinguer les images réelles des contenus générés artificiellement, elle estime que les lieux dédiés à un photoreportage authentique, signé et assumé par son auteur, sont plus précieux que jamais.
Au total, 258 photographes ont participé au concours avec 2 355 séries et œuvres, représentant 6 196 photographies. L’exposition ne présente pas uniquement les trois premiers de chacune des seize catégories et les lauréats des prix spéciaux. Elle montre également des travaux que le jury a jugés particulièrement importants ou remarquables, a expliqué le photographe András Bánkuti, président de la section des photoreporters de l’Association nationale des journalistes hongrois (MÚOSZ).
La question de l’authenticité des images est d’ailleurs au cœur du concours. "Chez nous, il est interdit de retoucher une photo, même, par exemple, si un homme politique a un bouton sur le visage. À partir de ce moment-là, cela est considéré comme une intervention et, immédiatement, l’image est exclue du concours", a expliqué András Bánkuti. "Aujourd’hui, l’authenticité d’une image lui confère toute sa valeur et sa crédibilité, nous devons donc y être particulièrement attentifs", a-t-il ajouté.
Lors du vernissage, András Bánkuti est également revenu sur l’histoire du concours. La première exposition, consacrée aux meilleures photographies de l’année précédente, a été organisée en 1982, à l’université technique de Budapest, dans le club R. L’annuaire Az év fotói ("Les photos de l’année"), lui, a été publié pour la première fois en 1992.
Comme chaque année, une sélection des photographies du concours accompagne l’exposition dans un ouvrage bilingue, enrichi de courtes biographies des photographes.
Des histoires personnelles au cœur des deux grands prix
Le grand prix de la MÚOSZ a été décerné à la photographe indépendante Diana Nemeh pour sa série Nimród. Elle y suit le quotidien d’un adolescent autiste, atteint d'une déficience intellectuelle et qui est élevé par sa mère seule.
Le grand prix André-Kertész a, lui, récompensé Noémi Napsugár Melegh, photographe du média Telex, pour sa série Tizennyolc év az örökkévalóság. Après la mort de son frère cadet, âgé de 18 ans, la photographe a documenté pendant plusieurs années le deuil de sa famille et celui des camarades de classe du jeune homme.
"Il a été très difficile de réaliser ces images, surtout dans les situations où mon frère aurait dû être présent", raconte-t-elle. Elle explique avoir longtemps réalisé ces photographies sans les montrer, avant de commencer, environ un an et demi plus tard, à les partager avec des proches du métier. Une démarche qui, dit-elle, l’a également aidée à avancer dans son propre travail de deuil.
Au Centre Capa, l’exposition est présentée jusqu’au 8 novembre. Une version itinérante parcourt également la Hongrie et faisait encore étape, pour quelques jours, sur la place devant le Centre Flesch de Mosonmagyaróvár.