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La guerre en Ukraine perçue comme "un conflit du 19e siècle entre des puissances"

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Par Stefan Grobe  & Euronews
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De nombreux pays ne veulent pas s'impliquer politiquement dans le conflit en Ukraine
De nombreux pays ne veulent pas s'impliquer politiquement dans le conflit en Ukraine   -   Tous droits réservés  SERGEY BOBOK/AFP or licensors

Le président du Conseil européen s’est rendu en Ukraine. Charles Michel a rencontré le président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Le responsable belge a renouvelé l’unité de l’UE dans son soutien à Kyiv.

"L'objectif du Kremlin est de détruire la souveraineté de l'Ukraine, c'est aussi de diviser l'Union européenne et il ne réussira pas", a souligné Charles Michel.

Mais cette solidarité européenne ne se retrouve pas à l’échelle mondiale. De nombreux pays à travers le monde préfèrent ne pas s’impliquer politiquement. Euronews a interrogé Bruce Jones chercheur à l'institut Brookings pour comprendre cette réserve d’une grande partie de la communauté internationale.

Euronews :

Est-ce que ce conflit est vu à plusieurs endroits du monde comme une guerre européenne du 19e siècle ?

Bruce Jones :

Je pense que c'est à peu près ça. Je pense que dans certaines régions du monde cela est vu comme un conflit du 19e siècle entre des puissances. Certains pays font de leur mieux pour ne pas s'impliquer, pour ne pas être pris au milieu ou pour préserver leurs liens avec la Russie pour diverses raisons. Je pense qu'ils sont inquiets de la réponse occidentale et des effets que les sanctions vont provoquer. Ils ont peur d'en payer le prix sur les biens alimentaires et de perdre une aide. Je ne pense qu'ils considèrent que c'est un problème européen, mais ils pensent que c'est un problème entre puissances.

Euronews :

Certaines démocraties comme l'Inde, l'Afrique du Sud et la Bolivie n'ont pas condamné la Russie à l'ONU, elles se sont abstenues. D'autres comme le Brésil et Israël ont voté oui mais sont plus réservés sur les sanctions. Comment expliquer cela ?

Bruce Jones :

Chacun de ces pays, pour des raisons très différentes, a des liens importants avec la Russie. Si vous prenez l'Inde, la Russie est le principal fournisseur d'armes de défense. C'est le seul pays qui a souhaité partager des technologies de pointe avec l'Inde dans le domaine de la défense. Le programme de missile hypersoniques indien par exemple est co-développé avec la Russie. Dans leurs déclarations publiques, les Indiens ont progressivement indiqué qu'ils étaient opposés aux agissements de la Russie mais qu'ils ne souhaitaient pas aller aussi loin que l'adoption de sanctions. Ils essayent de préserver cette relation qui est importante pour eux. Israël a un lien important et multidimensionnel avec la Russie, le Brésil c'est à travers les BRICS. Tous ces pays ont des liens importants avec la Russie. Cela ne veut pas dire qu'ils sont d'accord avec les actions de la Russie mais ils ne veulent pas être considérés comme partie prenante de la réponse occidentale.

Euronews :

Pour Vladimir Poutine, est-ce que ces divisions dans le front anti-russe sont encourageantes ou n'apportent pas grand-chose ?

Bruce Jones :

Elles ne changent pas grand-chose parce que dans l'ensemble les pays qui sont restés à l'écart ne sont pas des Etats dont les sanctions feraient mal ou dont l'envoi d'armes ferait mal. Je pense qu'il est davantage impressionné par la convergence occidentale, par la participation d'alliés importants en Asie dans cet effort de sanctionner la Russie.

Euronews :

Si le vote à l’ONU devait avoir lieu aujourd'hui, est-ce que le résultat serait le même malgré les atrocités présumées et les crimes de guerre évoqués ?

Bruce Jones :

Je pense que s'il devait avoir lieu aujourd'hui, il y aurait plus de votes contre la Russie. Je le tournerais ainsi : si une coalition de pays du Sud présentait une résolution pour condamner l'action russe, elle aurait un large soutien. Si l'Occident introduisait cette résolution, elle aurait à peu près le même degré de soutien.