Recherche de nouveaux antibiotiques : la Commission pourrait suivre un processus jugé "scandaleux"

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Par Grégoire Lory  & Yolaine de Kerchove (traduction)
La RAM (résistance aux antimicrobiens) tuerait 400 000 personnes par an dans l'UE.
La RAM (résistance aux antimicrobiens) tuerait 400 000 personnes par an dans l'UE.   -   Tous droits réservés  Darron Cummings/AP2006

La recherche de nouveaux antibiotiques est une nécessité en Europe face à la résistance des bactéries. Alors que la Commission européenne cherche justement à réviser sa législation pharmaceutique, les industriels tentent de défendre leurs intérêts, non sans polémique.

Ils font valoir que trouver de nouvelles molécules nécessite des investissements de recherche. Or, les antibiotiques n'ont pas tous un intérêt commercial. Pour impliquer le secteur, les industriels proposent un système controversé.

En échange d'un effort financier pour de nouveaux antibiotiques, une entreprise pourrait se voir accorder une extension de plusieurs mois de l'exclusivité d'un brevet dont elle dispose sur un autre médicament plus profitable, comme par exemple un anxiolytique ou un anti-dépresseur. Les entreprises pharmaceutiques insistent ainsi sur l'enjeu sanitaire.

Si on continue à appliquer cette exclusivité au-delà de l'expiration du brevet initial, ça veut dire que le consommateur doit payer plus cher
Monique Goyens
Directrice générale BEUC (Bureau européen des unions de consommateurs)

"Comme nous le savons, la RAM (résistance aux antimicrobiens) est la plus grande pandémie mondiale qui devrait coûter plus de mille milliards d'euros par an à partir de 2030. Elle tue 400 000 personnes par an dans l'UE. L'avantage serait donc de s'assurer que nous pouvons encourager la mise sur le marché de 2 à 4 antibiotiques par an", affirme Nathalie Moll, directrice générale, EFPIA (Fédération européenne des associations et industries pharmaceutiques).

Pour les associations de défense des consommateurs,ce système est scandaleux. La prolongation de cette exclusivité risque de coûter cher aux systèmes de santé et aux citoyens.

Pour Monique Goyens, directrice générale BEUC (Bureau européen des unions de consommateurs), "si on continue à appliquer cette exclusivité au-delà de l'expiration du brevet initial, ça veut dire que le consommateur doit payer plus cher. Donc, il n'y a pas l'existence d'un produit moins cher, d'un produit générique ou d'un produit biosimilaire. Cela veut dire qu'il (le consommateur) à moins de choix et il doit payer plus cher. Cela veut dire aussi, dans certains pays que le traitement n'est tout simplement pas accessible dans la mesure où certaines firmes pharmaceutiques ne vendent que dans certains pays parce que c'est plus profitable par là".

Contactée par Euronews, la Commission européenne reconnaît que ce"mécanisme est discuté dans le cadre de la révision de la législation pharmaceutique", elle précise avoir "plusieurs options sur la table". Les associations de consommateurs craignent que ces discussions ne fassent pas l'objet d'un débat public.

Video editor • Vassilis Glynos