À travers des publications mêlant provocation, humour et ironie, le compte "French Response" répond aux trolls. Il s'inscrit dans une stratégie plus large de lutte contre la désinformation menée par Paris.
Les campagnes de désinformation visant à déstabiliser l'Europe et ses dirigeants se déploient massivement sur les réseaux sociaux. La France figure parmi les pays les plus ciblés, confrontée à la fois à des acteurs pro-russes et à des récits mensongers en provenance de l’administration de Donald Trump, dont la circulation s’intensifie.
Pour contrer ce phénomène, le ministère des Affaires étrangères a choisi d'innover dans sa stratégie diplomatique en lançant, en septembre 2025, le compte de riposte "French Response" sur X. Le compte compte aujourd'hui plus de 180 000 abonnés et se distingue par ses publications mêlant provocation, humour et ironie. Grâce à cette approche, il répond aux trolls tout en maîtrisant habilement les codes propres aux réseaux sociaux.
"L’intuition était qu’on ne peut pas gagner la guerre informationnelle si on ne mène pas de bataille. Il fallait donc hausser le ton", confie Pascal Confavreux, porte-parole du ministère à Euronews.
"Nous avons changé de posture, avec une réaction rapide face aux attaques informationnelles étrangères contre nous, afin de pouvoir rétablir une forme de dissuasion, c'est-à-dire en exposant le ridicule, les grosses ficelles ou de gros mensonges", ajoute le représentant du Quai d'Orsay.
"On utilise les codes des réseaux sociaux avec une viralité qui va nous permettre d'augmenter notre audience et d'aller toucher précisément ceux qui n'entendent que des manipulations d'information."
Pour sa première publication, "French Response" a répondu à une série de déclarations du secrétaire d’État américain Marco Rubio, qui affirmait que la France aurait provoqué l'échec des négociations entre le Hamas et les États-Unis en annonçant son intention de reconnaître l'État palestinien.
"Nous avons démontré que les discussions entre le Hamas et les États-Unis s'étaient déjà effondrées avant l'annonce par la France de sa reconnaissance de la Palestine. C'était tout simplement faux", explique Confavreux.
Véhiculant l'image d'une France forte, "French Response" s'impose dans la guerre informationnelle, tout en portant une dimension symbolique en défendant ses alliés européens.
Dans un post partagé début février et ayant cumulé plus d’un million de vues, un utilisateur de X affirmait que les enquêtes menées par la France, l'Espagne et le Royaume-Uni à l'encontre de la plateforme constituaient une méthode de "censure" de la liberté d'expression.
En réponse, "French Response" détaille les raisons ayant motivé l'ouverture de ces enquêtes et précise que "le contrôle judiciaire devrait être considéré comme une vigilance bienvenue, et non comme quelque chose à fuir."
"Les intérêts européens sont souvent la cible de la désinformation. Le Digital Services Act (DSA), ce règlement européen qui vise à responsabiliser les plateformes numériques, est également fréquemment visé", explique Confavreux.
Interrogé sur le risque de légitimer les techniques utilisées par les trolls en les employant à des fins diplomatiques, il assure : "Nous allons répondre aux trolls, mais nous ne sommes pas nous-mêmes des trolls."
Reste à savoir si les personnes vulnérables à la désinformation se tourneront vers un compte géré par le ministère des Affaires étrangères.
Selon une étude menée en 2025 par la Fondation Jean-Jaurès, le Cevipof et l'Institut Montaigne, la défiance envers les institutions et les responsables politiques a progressé l’an dernier, en lien avec les différentes crises politiques traversées par le pays.
De plus, 62 % des Français estiment qu'il faut "se méfier de ce que disent les médias sur les grands sujets d’actualité", selon un sondage publié en 2025 et réalisé par plusieurs médias. Parallèlement, les individus restent de plus en plus enfermés dans leurs "chambres à écho", ces bulles informationnelles sur les réseaux sociaux.
Pour Pascal Confavreux, "ce qui compte, ce n’est pas tant le nombre de followers que "French Response" cumule, mais le nombre d'engagements. Il faut que ces posts soient vus, en particulier par ceux qui sont la cible de ces manipulations. Nous avons entre 15 et 20 millions d’interactions par semaine ; pour un compte tout nouveau, c'est tout de même très satisfaisant."