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Affaire Epstein : Emmanuel Macron ciblé par une opération de désinformation russe

Le président français Emmanuel Macron prononce un discours devant les ambassadeurs français, le 8 janvier 2026 au palais de l'Élysée à Paris.
Le président français Emmanuel Macron prononce un discours devant les ambassadeurs français, le 8 janvier 2026 au palais de l'Élysée à Paris. Tous droits réservés  AP Photo
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Par Estelle Nilsson-Julien & Tamsin Paternoster
Publié le Mis à jour
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Une vaste campagne de désinformation, relayée par des bots russes, utilise de fausses Unes de presse pour faire croire que le président français est lié aux crimes de Jeffrey Epstein

Les autorités françaises ont averti qu'une opération russe de désinformation visait à impliquer le président Emmanuel Macron dans l'affaire Epstein, après la publication, le 30 janvier, de la dernière salve de documents par le ministère américain de la Justice (DOJ).

Selon Viginum, l'agence française chargée de la vigilance et de la protection contre les ingérences numériques étrangères, cette campagne a été déclenchée par un faux article diffusé sur un site imitant le média marginal France Soir.

Le texte prétendait que le président avait assisté à de nombreuses soirées dans la résidence parisienne d'Epstein, située avenue Foch dans le XVI arrondissement, et qu'il "aimait les jeunes hommes".

Viginum a également averti que cette campagne portait les marques de l'opération russe Storm-1516, qui diffuse des récits entièrement fabriqués et "deepfakes" pour servir les intérêts du Kremlin, selon des sources gouvernementales citées par les médias français.

Outre l'usurpation d'identité d'un média, l'article attribuait faussement son contenu à un journaliste du Parisien – une stratégie connue de propagande russe.

Les affirmations de l'article ont ensuite été reprises sur les réseaux sociaux, notamment dans une vidéo présentée comme un reportage, prétendant que Macron avait organisé une fête avec des "jeunes hommes" une semaine seulement après son investiture pour son premier mandat en mai 2017.

Le compte @LoetitiaH, l'un de ceux ayant relayé la vidéo trafiquée, diffuse régulièrement des récits pro-russes.

Sur le réseau X, les autorités françaises ont réagi via le compte French Response, précisant que les documents présentés dans la vidéo avaient en réalité été générés par une intelligence artificielle.

Dans un message au ton humoristique, French Response a écrit : "Il s'est avéré que Loetitia [le compte X qui a partagé les vidéos] détient des secrets mondiaux. Il s'est avéré que l'IA les met en images. Il s'est avéré que l'article de France Soir n'existe pas. Il s'est avéré que des réseaux russes amplifient direct. Il s'est avéré que le hasard non plus n'y est pour rien. Heureusement que Loetitia veille".

Une prétendue fête à la résidence parisienne d'Epstein

Les affirmations avancées dans l'article et la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux reposent sur des courriels prétendument échangés entre Jeffrey Epstein et l'agent de mannequins Jean-Luc Brunel, datés du 20 mai 2017.

Or, aucune trace de ces échanges ne figure dans la base de données officielle du ministère américain de la Justice. Si les références mentionnées dans le document existent, elles renvoient à des entrées sans lien avec ces messages. Par ailleurs, la voix entendue dans la vidéo semble avoir été générée par une intelligence artificielle.

Dans ces échanges falsifiés, Brunel évoque auprès d'Epstein les projets d’Emmanuel Macron d'organiser une fête dans la résidence parisienne d'Epstein, avenue Foch.

"Je vais amener des garçons… Il aime les jeunes garçons", aurait écrit Brunel. "Trop jeune, c'est bien, on sait ce qu'il aime", lui aurait répondu le criminel sexuel.

La vidéo souligne également que le nom de Macron apparaît à environ 200 reprises dans les dossiers Epstein. Toutefois, aucun élément ne permet d'établir que les deux hommes aient jamais communiqué directement.

Nombre de ces occurrences correspondent à des coupures de presse ou à des échanges portant sur la politique française. Plusieurs mentionnent notamment Macron dans des discussions impliquant Steve Bannon, qui, selon les dossiers, s'est longuement entretenu avec Epstein de ses efforts pour soutenir des partis d'extrême droite en Europe en 2018 et 2019.

Capture d'écran d'un compte partageant de fausses affirmations sur les liens entre Macron et Epstein
Capture d'écran d'un compte partageant de fausses affirmations sur les liens entre Macron et Epstein. X

Étroitement lié à Epstein, Jean-Luc Brunel avait été arrêté en décembre 2020 pour son rôle présumé dans le recrutement de jeunes femmes pour le financier déchu, avant de se suicider en 2022.

Plusieurs Unes usurpées de journaux français, dont Libération et Le Parisien, ont également circulé en ligne. La Une, attribuée à Libération, affirmait : "Que faisait Emmanuel Macron 18 fois sur l'île d’Epstein alors qu'il était ministre de l'Économie ?", tandis qu'une autre, présentée comme émanant du Parisien, titrait : "Emmanuel Macron : 18 visites sur l'île d’Epstein".

Aucune preuve dans les dossiers ne permet d'établir que Macron ait jamais envisagé une visite sur l'île privée d'Epstein dans les Caraïbes, et aucun des deux journaux n'a publié de tels articles.

Le Centre de lutte contre la désinformation, un organisme affilié au Conseil national de sécurité et de défense de l'Ukraine, a indiqué que ces messages avaient été amplifiés par le réseau de bots "Matriochka", considéré comme l'un des plus vastes dispositifs de propagande coordonnés par le Kremlin.

Ces comptes cherchent à diffuser massivement de faux contenus sur X, TikTok et d'autres plateformes afin de rendre la désinformation virale.

L'intérêt d'Epstein pour Macron

Bien que le nom de Macron apparaisse dans le dernier lot des "dossiers Epstein", rien ne permet d'établir qu'il ait été impliqué dans des actes répréhensibles ou qu'il en ait eu connaissance.

De nombreuses mentions montrent néanmoins qu'Epstein s'intéressait de près au président français. Par exemple, un document daté du 2 octobre 2018 indique qu'Epstein a tenté de faire jouer son réseau pour entrer en relation avec Macron.

Dans ce document, Epstein demande à Caroline Lang, fille de l'actuel président de l'Institut du monde arabe Jack Lang, un contact direct avec un membre de l'entourage de Macron. Caroline Lang répond qu'elle consultera son père et le recontactera.

Un autre document de 2018 montre le milliardaire américain Tom Pritzker faisant référence à une réunion avec Macron et un autre intermédiaire nommé Jacques, tandis que d'autres échanges semblent indiquer que Pritzker et Epstein cherchent à contacter Macron via les Lang au sujet de l'attribution du prix d'architecture Pritzker.

Jack et Caroline Lang apparaissent à plusieurs reprises dans les dossiers, notamment dans des échanges évoquant des réunions prévues, ainsi que dans un message où Epstein se vante auprès de Steve Bannon d'avoir rencontré Jack Lang à Paris. "Les ministres de l'élite", écrit Epstein, en joignant une photo de l’ancien ministre.

Cette photo publiée par le ministère américain de la Justice montre Jeffrey Epstein et l'ex-ministre français de la Culture Jack Lang au Louvre, à Paris.
Cette photo publiée par le ministère américain de la Justice montre Jeffrey Epstein et l'ex-ministre français de la Culture Jack Lang au Louvre, à Paris. AP Photo

Un post partagé par @LoetitiaH joint une photo authentique des dossiers dans laquelle Caroline Lang écrit à Epstein que "Macron va bientôt annoncer un remaniement du gouvernement".

Le compte présente cela comme un exemple de Lang fournissant à Epstein des "informations confidentielles sur les affaires gouvernementales". Or, des coupures de presse datées du 9 octobre 2018 montrent que Macron prévoyait effectivement un remaniement ministériel, qu'il a finalement reporté. Cette information était déjà accessible au public et faisait suite à la démission du ministre de l'Intérieur de l'époque.

Jack Lang a été convoqué au ministère français des Affaires étrangères pour ses liens avec Epstein à la suite de la publication de la dernière tranche de dossiers. Il a déclaré qu’il ignorait l'étendue des crimes d’Epstein et qu'il connaissait ce dernier comme quelqu’un de "passionné par l’art, la culture et le cinéma".

Parmi les autres mentions de Macron, certains documents font référence à des rencontres avec des personnalités telles que la banquière française Ariane de Rothschild ou l'ancien Premier ministre norvégien Thorbjørn Jagland. Rien ne prouve toutefois qu'Epstein ait assisté à ces réunions.

Un document datant de 2016 montre l'homme d'affaires émirati Sutan Bin Sulayem envoyant un message à Epstein pour lui indiquer qu'il avait déjeuné à l'Élysée et eu une conversation agréable avec Macron "au sujet de nos affaires en France". Aucune autre mention de réunions conjointes entre Macron et Bin Sulayem n'apparaît dans les dossiers.

Un autre document de 2018, avec certains expéditeurs caviardés, suggère des échanges autour de la gouvernance mondiale et de la socio-économie impliquant Macron. Epstein est mentionné dans cet échange, mais rien n'indique qu'il ait réellement pris part à cet échange.

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