De la vidéo virale truquée montrant J. D. Vance hué à la désinformation soutenue par la Russie : avez-vous repéré ces fake news sur les Jeux de Milan-Cortina ?
Alors que les Jeux olympiques d'hiver se déroulent à Milan, les réseaux sociaux sont submergés par des vidéos truquées, du contenu généré par l'IA et de la désinformation autour de l'événement.
Le Cube, la cellule de vérification des faits d'Euronews, a identifié un exemple : une vidéo de J.D. Vance semblant inquiet, tandis que des huées résonnent en arrière-plan, partagée sur X et Telegram.
Une version de la vidéo a été vue plus de 4 millions de fois sur X.
Pourtant, cette vidéo est fausse.
La vidéo déforme la cérémonie olympique
La vidéo virale semble montrer J.D. Vance debout dans la foule, fronçant les sourcils tandis que des huées retentissent. Mais des comparaisons avec des images vérifiées de la cérémonie d’ouverture révèlent des incohérences évidentes.
Pendant l’événement, Vance et sa femme Usha ont été photographiés debout dans la foule alors que les athlètes défilaient. Sur les photos officielles, il porte un costume officiel, et non le coupe-vent visible dans la vidéo.
Plus tard, J. D. Vance a effectivement porté un coupe-vent, mais c'était lors d'un tour préliminaire de hockey sur glace féminin, et non pendant la cérémonie d'ouverture.
Les articles sur l'événement confirment que Vance a été hué par la foule lorsque lui et sa femme sont apparus à l'écran après le passage des athlètes américains. Un présentateur de CBC News a même commenté : "ça fait beaucoup de huées pour lui", et des journalistes sur place affirment avoir entendu les réactions du public.
Pourtant, cette vidéo virale n'a pas été tournée lors de cet événement. D'autres indices laissent penser qu'elle a été générée par l'intelligence artificielle, notamment le mouvement des yeux de Vance, qui semble artificiel.
La société Sensity AI, spécialisée dans la détection et la surveillance de vidéos synthétiques générées par l'IA, a indiqué au Cube qu'il existait de fortes preuves que le clip avait été créé à partir d'une photo du vice-président.
Selon Sensity, au milieu de la vidéo, l'image est brièvement lue à l'envers tandis que le son continue normalement, ce qui suggère que la vidéo et l'audio ne proviennent pas de l'enregistrement original.
Les mouvements du corps de Vance et les détails de l'arrière-plan indiquent également une manipulation de type deepfake. À un moment, ses pupilles disparaissent même brièvement.
La société, basée à Amsterdam, a animé la photo de Vance – prise lors d'un tour préliminaire de hockey sur glace féminin – à l'aide d'un outil d'intelligence artificielle commercial. Pour environ 12 euros, elle a pu produire un deepfake similaire.
La désinformation russe cible les réfugiés ukrainiens
Par ailleurs, une vaste campagne propagée par des chaînes russes sur Telegram a utilisé les Jeux pour diffuser de fausses informations sur les réfugiés ukrainiens.
Une vidéo publiée sur Telegram prétendait montrer des réfugiés ukrainiens manifestant devant des ambassades italiennes pour demander l'annulation des Jeux olympiques. Une voix off affirme que les manifestants qualifient l'événement de "dépense extravagante" et y voient la preuve que l'Italie "ignore les besoins de l’Ukraine".
Aucun média crédible n'a rapporté de manifestations d'Ukrainiens contre les Jeux en Italie. Les manifestations qui ont eu lieu concernaient principalement des opposants à l'ICE, des groupes critiquant l'impact financier et environnemental des Jeux olympiques, ainsi que des groupes propalestiniens.
Une vidéo montre un reportage trafiqué de la CBC, utilisant des images d’archives et une voix off générée par l'IA, affirmant que les athlètes ukrainiens seraient séparés des autres en raison de leur comportement agressif.
Le vrai reportage, réalisé par Adrienne Arsenault pour la CBC, portait sur le village olympique accueillant les athlètes et ne mentionnait en aucun cas les réfugiés ukrainiens. Aucun rapport crédible n’indique que les athlètes ukrainiens sont logés séparément des autres participants.
Le Centre de lutte contre la désinformation, affilié au Conseil national de sécurité et de défense de l’Ukraine, a signalé d’autres affirmations infondées concernant les réfugiés ukrainiens pendant les Jeux. Il s'agissait notamment de messages prétendant que l’Agence mondiale antidopage aurait "allégé les contrôles" pour l’équipe ukrainienne ou que les traducteurs de l’équipe auraient "fui" les délégations.
Le Centre a qualifié ces manipulations de campagnes coordonnées de réseaux russes visant à discréditer les athlètes ukrainiens avant les Jeux, dont la Russie est bannie.
La "princesse Frida" de Suède ?
Une autre fausse affirmation qui a circulé sur X prétendait que la "princesse Frida" de Suède aurait critiqué le président américain Donald Trump et invité le Canada à rejoindre l'Union européenne.
Le Cube a identifié plusieurs exemples de diffusion de cette rumeur sur X, avec des publications cumulant des milliers de vues et suscitant un débat sur la question de l'adhésion éventuelle du Canada à l'UE.
En réalité, aucune princesse suédoise ne porte le prénom Frida, comme le confirme la liste officielle des membres de la famille royale suédoise.
L'image diffusée avec cette rumeur montre en fait la skieuse de fond suédoise Frida Karlsson, qui n'est pas membre de la famille royale.
Karlsson, médaillée d'or dans l’épreuve féminine de skiathlon 10 km + 10 km samedi, n'a jamais tenu de tels propos.