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Conférence de Munich sur la sécurité : la liberté "n'est plus un acquis", selon Friedrich Merz

Le chancelier allemand Friedrich Merz à la conférence de Munich sur la sécurité.
Le chancelier allemand Friedrich Merz à la conférence de Munich sur la sécurité. Tous droits réservés  AP Photo
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Par Andrew Naughtie
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S'exprimant à l'ouverture de trois jours de diplomatie à fort enjeu, le chancelier allemand a dressé un diagnostic sévère d'un ordre mondial "en cours de destruction".

S'exprimant lors de l'ouverture de la Conférence sur la sécurité de Munich, Friedrich Merz a affirmé que l'ordre mondial tel qu'il a existé depuis des décennies "n'existe plus" avertissant les États-Unis qu'ils ne seront pas assez puissants pour "faire cavalier seul" dans la nouvelle ère de la politique des grandes puissances.

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Faisant référence au thème de la réunion - "un monde en destruction", il a estimé que l'ancien ordre fondé sur des règles avait déjà disparu.

"Vous avez choisi un titre sinistre pour cette conférence et cela signifie probablement que l'ordre international basé sur les droits et les règles est actuellement en train d'être détruit", a-t-il déclaré. "Mais je crains que nous ne devions l'exprimer en des termes encore plus durs : Cet ordre, aussi imparfait qu'il ait été même à son apogée, n'existe plus".

Évoquant la fin du "moment unipolaire" qui avait suivi la chute du mur de Berlin et l’ascension des États-Unis comme superpuissance mondiale, Friedrich Merz a estimé que le nouvel ordre international, marqué par la politique de puissance, menaçait désormais même les nations les plus fortes.

"Le retour à la politique de puissance n'est pas seulement enraciné dans la rivalité entre les grandes puissances", a-t-il déclaré. "C'est l'expression du souhait de nombreux États démocratiques de disposer d'un leadership fort dans un monde globalisé où les États démocratiques, en particulier, s'approchent des limites de leur capacité d'action."

Selon lui, ce nouveau contexte marque la fin de "l'ordre fondé sur des règles" que les puissances démocratiques ont utilisé pour prévenir ou arbitrer les conflits depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

"La politique des grandes puissances semble offrir des réponses fortes et faciles - du moins pour les grands acteurs, et au moins à première vue", a-t-il déclaré. "Dans cette illusion, la politique des grandes puissances se détourne d'un monde dans lequel la connectivité croissante se traduit par l'État de droit et des relations pacifiques entre les États. La politique des grandes puissances a ses propres règles. Elle est rapide, dure et souvent imprévisible".

Une vérité qui dérange

Friedrich Merz a évoqué le discours prononcé l’an dernier à Munich par le vice-président américain J.D. Vance, qui accusait les démocraties européennes de s’engager dans une voie d’autodestruction à travers des lois jugées liberticides et une immigration de masse.

"Un fossé s'est creusé entre l'Europe et les États-Unis", a-t-il déclaré. "L_e vice-président J.D. Vance l'a dit très ouvertement lors de la conférence de Munich sur la sécurité il y a un an, et il avait raison."_

Friedrich Merz a toutefois pris ses distances avec le diagnostic de J.D. Vance.

"Les guerres culturelles du MAGA aux États-Unis ne sont pas les nôtres", a-t-il indiqué. "Ici, la liberté d'expression s'arrête là où les mots prononcés sont dirigés contre la dignité humaine et notre loi fondamentale. Nous ne croyons pas aux droits de douane et au protectionnisme, mais au libre-échange. Nous nous en tenons aux accords sur le climat et à l'Organisation mondiale de la santé, car nous sommes convaincus que les défis mondiaux ne peuvent être résolus qu'ensemble."

La Russie n'est pas encore prête à discuter sérieusement

Le soutien occidental à l’Ukraine face à l’invasion russe, qui entrera bientôt dans sa quatrième année, a constitué un autre axe majeur de son intervention.

Friedrich Merz a rappelé depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, l'Europe avait dû doubler son soutien à Kyiv et renforcer son approche pour pénaliser le Kremlin.

"Pendant un an, l'Allemagne et l'Europe ont assumé le rôle de leader le plus important", a t-il déclaré. "Nous avons imposé à Moscou des pertes et des coûts inouïs. Et si Moscou accepte finalement de faire la paix, ce sera aussi pour cette raison, parce qu'il s'agit d'une expression de l'affirmation de soi européenne".

Friedrich Merz a insisté sur le fait que l'on ne pouvait pas encore faire confiance à la Russie pour négocier de bonne foi la fin de son agression, et a évoqué la visite du Premier ministre hongrois Viktor Orbán à Moscou en 2024, sans toutefois le nommer.

"Il y avait quelqu'un de l'Union européenne, un premier ministre, qui s'est rendu à Moscou de son propre chef", a rappelé Friedrich Merz. "Il n'avait pas de mandat, il s'est rendu à Moscou et n'a rien obtenu. Dans la semaine qui a suivi, nous avons assisté aux attaques les plus violentes contre les infrastructures civiles, les maisons privées, les hôpitaux, que nous n'avions jamais vues jusqu'à présent."

"Donc, si cela a un sens de discuter, nous sommes prêts à le faire", a poursuivi Friedrich Merz, "Mais comme vous pouvez le constater du côté américain, la Russie n'est pas encore disposée à discuter sérieusement. Cette guerre ne prendra fin que lorsque la Russie sera au moins économiquement, et potentiellement militairement, épuisée."

Évoquant l'Europe, Friedrich Merz a averti que la liberté ne pouvait plus être considérée comme acquise.

"Le PIB de la Russie est actuellement d'environ 2 000 milliards d'euros. Celui de l'Union européenne est presque dix fois plus élevé, mais l'Europe n'est pas dix fois plus forte que la Russie aujourd'hui."

"Notre potentiel militaire, politique, économique et technologique est énorme, mais nous ne l'avons pas exploité à sa juste mesure depuis très longtemps. La chose la plus importante est donc d'actionner le commutateur dans nos esprits dès maintenant."

"Nous devons comprendre qu'à l'ère des grandes puissances, notre liberté n'est plus un acquis. Elle est en jeu. Nous devrons faire preuve de fermeté et de détermination pour affirmer cette liberté", a-t-il ajouté.

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