Le bras droit de von der Leyen est à Budapest pour entamer les démarches en vue du déblocage de 10 milliards d'euros, alors que la Hongrie s'empresse de débloquer ces fonds en échange de réformes. Selon des sources proches des négociations, le déblocage de ces fonds n'est pas lié à l'Ukraine.
La Commission européenne a accepté de travailler avec le futur gouvernement hongrois issu du parti Tisza pour débloquer les fonds européens gelés destinés à la Hongrie, a déclaré le Premier ministre désigné Péter Magyar à l’issue des entretiens menés ce week-end.
La Commission a dépêché à Budapest une délégation de haut niveau pour deux jours de discussions informelles avec le futur exécutif hongrois, jusqu’à samedi, alors qu’une course contre la montre s’engage pour débloquer des milliards de fonds de relance avant la date limite de fin août.
L’équipe de la Commission, conduite par Björn Seibert, chef de cabinet de la présidente Ursula von der Leyen, et accompagnée de plusieurs directeurs généraux, a achevé ses discussions avec les représentants du parti Tisza de Péter Magyar dans la capitale hongroise.
Il est sans précédent que la Commission envoie une délégation d’un tel niveau pour rencontrer des responsables d’un parti qui n’est pas encore au pouvoir.
« Un point fait l’objet d’un accord total : il faut enfin se mettre réellement au travail pour que les fonds européens dus au peuple hongrois parviennent enfin en Hongrie », a déclaré Magyar dans un message publié sur les réseaux sociaux après les entretiens.
Ces discussions ont constitué le premier contact informel entre Bruxelles et le futur gouvernement hongrois, quelques jours seulement après la victoire électorale écrasante de Tisza, qui a mis fin aux seize années de règne de Viktor Orbán.
« Ces rencontres ont offert une première occasion de discussions pratiques sur la manière d’avancer et de réaliser de réels progrès en vue de débloquer les fonds de l’UE destinés à la Hongrie, qui sont gelés en raison de préoccupations liées à la corruption et à l’état de droit. Ce travail nécessaire va se poursuivre », a indiqué la Commission européenne dans un communiqué.
La Commission a bloqué 17 milliards d’euros sur les 27 milliards prévus pour la Hongrie, en raison de manquements à l’état de droit et de la corruption. La Hongrie cherche également à obtenir 17 milliards d’euros issus de l’instrument commun d’emprunt pour la défense de l’UE, SAFE, afin de moderniser son industrie de défense.
Si les deux tranches, pour un total de 34 milliards d’euros, devaient parvenir à la Hongrie dans les années à venir, l’impact sur l’économie serait considérable.
Course contre la montre pour sauver les fonds de l’UE d’ici la fin de l’été
La priorité immédiate reste toutefois la Facilité pour la reprise et la résilience (FRR) de 10,4 milliards d’euros, que la Hongrie risque de perdre totalement en l’absence d’accord d’ici la fin août.
« Le temps joue contre nous pour la FRR. Si la date limite n’avait pas été fixée à la fin août, la délégation de l’UE ne serait pas venue aussi tôt. La Hongrie est sur le point de perdre beaucoup d’argent, et la Commission en a conscience et a réagi », a déclaré à Euronews, sous couvert d’anonymat en raison de la sensibilité des discussions, une source du parti Tisza directement impliquée dans les négociations.
Selon cette source de Tisza, la rencontre a constitué un point de départ productif, même si la route reste longue avant de débloquer les fonds. Magyar a annoncé un plan en quatre étapes pour déverrouiller l’argent, axé sur la lutte contre la corruption, le rétablissement de l’indépendance de la justice et la protection de la liberté de la presse et de la recherche universitaire.
« Nous avons l’intention de mettre pleinement en œuvre ces engagements une fois au gouvernement, y compris notre promesse de rapatrier les fonds européens qui reviennent de droit aux Hongrois », a ajouté Péter Magyar à l’issue des discussions.
La décision de ne pas rencontrer de membres du gouvernement sortant d’Orbán constituait en soi un signal politique appuyé.
La délégation de Tisza comprenait la future ministre des Affaires étrangères Anita Orbán, le ministre désigné des Finances András Kármán, le ministre désigné de l’Économie István Kapitány, ainsi que le chef de cabinet à Bruxelles du parti et spécialiste des questions européennes, Márton Hajdu.
Le chef du parti et futur Premier ministre, Péter Magyar, a participé à la première partie des entretiens.
La Hongrie promet des mesures rapides pour accéder aux fonds
Les responsables de Tisza assurent que le programme électoral du parti – qui prévoit notamment l’adhésion au Parquet européen – va au-delà des exigences formulées par la Commission. Des travaux sont également en cours pour revoir en profondeur le Plan hongrois de relance et de résilience, qui couvre la transition verte, la transformation numérique et les projets énergétiques. Parmi les priorités figurent la modernisation du réseau ferroviaire national et des lignes de banlieue, ainsi que la mise à niveau du réseau électrique.
« Nous devons évaluer quelles réformes et quels investissements peuvent être mis en œuvre concrètement. Le prochain gouvernement réalisera des éléments du programme électoral de Tisza dans le cadre du PRR », a indiqué la source de Tisza.
Pour dégeler les 17 milliards d’euros bloqués, la Hongrie doit respecter 27 « super‑jalons ».
Une source au sein de la Commission européenne, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a affirmé que les questions encore ouvertes pourraient être réglées par des amendements adoptés en une seule session parlementaire, à condition qu’il y ait une volonté politique à Budapest.
Le nouveau gouvernement devrait prendre ses fonctions en mai.
Le veto sur l’Ukraine reste distinct des questions financières
Toutes les questions en suspens ont été abordées lors des discussions de Budapest, y compris la longue liste de différends opposant le gouvernement Orbán à l’UE.
Parmi elles figure le blocage par Orbán du prêt de 90 milliards d’euros de l’UE à l’Ukraine et de l’ouverture des chapitres de négociation d’adhésion pour Kyiv. Tisza comme la Commission ont indiqué que les dossiers liés à l’Ukraine ne seraient pas reliés à la question des fonds.
« Il est impossible de lier les deux sujets, car les exigences relatives aux fonds sont clairement définies », a expliqué la source de Tisza, ajoutant que des réformes plus profondes ne devaient pas être précipitées et s’inscriraient dans un chantier de plus long terme.
Les discussions entre les deux délégations doivent se poursuivre jusqu’à l’entrée en fonctions du nouveau gouvernement.