L'ancien chef des services de renseignement extérieurs polonais, Andrzej Derlatka, estime que le transfert d'une grande base américaine, bien que techniquement possible, reste peu probable à l'heure actuelle.
Selon un rapport du Wall Street Journal (WSJ), le président américain Donald Trump envisagerait une réorganisation des troupes américaines en Europe. Les effectifs militaires pourraient ainsi être réduits dans les pays qui, selon le locataire de la Maison Blanche, ne soutiennent pas suffisamment la guerre américano-israélienne contre l'Iran.
Washington pourrait donc fermer au moins une base militaire américaine en Europe, comme par exemple en Allemagne ou en Espagne. On ne sait pas encore de quelle base militaire il pourrait s'agir, ni si le président américain mettra réellement sa menace à exécution.
Véritable menace ou moyen de pression ?
Dans une interview accordée au portail d'information polonais Onet, l'ancien chef des services de renseignement extérieurs polonais, Andrzej Derlatka, estime que le transfert d'une grande base, bien que techniquement possible, reste peu probable à l'heure actuelle.
Par exemple, la fermeture de la base espagnole de Rota n'est pas possible en raison de sa situation géographique, tandis qu'un déménagement de la plus grande base américaine d'Europe, située à Ramstein en Rhénanie-Palatinat, prendrait au moins deux à trois ans et coûterait environ 100 milliards d'euros. Selon Andrzej Derlatka, ces deux bases sont considérées comme indispensables pour les interventions américaines au Proche-Orient.
Selon le président polonais Karol Nawrocki, environ 10 000 soldats américains sont actuellement stationnés en Pologne, et quelque 37 000 en Allemagne.
Dans une interview accordée à Euronews, l'ancien ministre polonais de la Défense, Janusz Onyszkiewicz, souligne que la Pologne aimerait "bien sûr avoir davantage" de troupes américaines stationnées dans le pays, mais que le transfert ne devrait pas se faire aux dépens de l'Allemagne et de l'Espagne. Lui aussi considère la menace de Trump "plutôt comme un signal politique et un moyen de pression".
Il faut en outre tenir compte, selon Onyszkiewicz, du fait que les Etats-Unis n'ont que très peu de forces terrestres, c'est-à-dire d'unités de combat proches du front, stationnées en permanence en Europe.
"Il s'agit en réalité d'un régiment de cavalerie en Allemagne et d'une brigade aéroportée en Italie, qui est en outre plutôt orientée vers une zone d'intervention au sud que vers la région centre-nord, dont font partie la Pologne et les pays baltes", a déclaré l'ancien ministre de la Défense à Euronews.
De quelles troupes pourrait-il s'agir ?
Janusz Onyszkiewicz souligne qu'un autre point d'interrogation concerne le type de troupes qui pourraient être déplacées, qu'il s'agisse de déploiements temporaires ou de déploiements permanents. Selon lui, ce dernier cas impliquerait la construction d'une infrastructure spécifique.
"Si l'unité est permanente, les soldats doivent pouvoir amener leur famille avec eux, ce qui nécessite des écoles et d'autres installations. En d'autres termes, il faudrait construire une petite ville", explique-t-il en faisant référence à un exemple similaire en Lituanie.
Il y a environ trois ans, l'Allemagne a décidé de déployer une brigade de combat à Pabradė, à environ 30 kilomètres de la frontière bélarusse. Il est prévu d'y transférer 5 000 militaires d'ici 2027.
Mais pour ce faire, il ne suffit pas de construire des casernes. Outre une école, c'est tout un environnement avec des crèches, des logements et des infrastructures qui est en train de voir le jour - quasiment une petite communauté allemande près de la capitale lituanienne, Vilnius.
"Nous serions nous aussi confrontés au même défi", reconnaît Onyszkiewicz, qui précise que "la mise en place d'une telle infrastructure est extrêmement coûteuse".
Le coût total de la brigade allemande en Lituanie est estimé à environ onze milliards d'euros. L'Allemagne finance les troupes et l'équipement, tandis que la Lituanie prend en charge l'infrastructure nécessaire au stationnement de la brigade.
Un énorme défi logistique et financier
Selon Onyszkiewicz, si les États-Unis envisageaient de déployer une brigade en Pologne, c'est Varsovie qui devrait assumer les coûts de l'infrastructure.
"Une telle base n'est pas une petite affaire", reconnaît-il, expliquant qu'une brigade blindée ne signifie pas seulement des soldats, mais aussi une centaine de chars, un nombre similaire de véhicules blindés ainsi qu'une grande quantité d'équipements supplémentaires, idéalement stockés sous abri.
"Tout cela implique des investissements et des coûts énormes. C'est donc loin d'être simple", ajoute l'ancien ministre polonais de la Défense.
Selon Janusz Onyszkiewicz, la fermeture de la base aérienne de Ramstein ne serait pas un bon calcul pour les États-Unis. En effet, c'est depuis cette base que sont coordonnées et dirigées les attaques de drones et de missiles américains au Proche-Orient, car c'est par elle que transitent les liaisons de données et les relais satellites nécessaires au pilotage des drones au Proche-Orient.
Un pilotage direct depuis les Etats-Unis serait trop lent en raison de la distance, c'est pourquoi Ramstein sert de station intermédiaire pour la transmission de données et l'analyse pour les Etats-Unis, comme le rapporte le Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ).
Outre Ramstein, la région abrite également une autre base aérienne américaine à Spangdahlem, ainsi que le Landstuhl Regional Medical Center et les armes nucléaires américaines à Büchel.