Louis Arnaud, ex-otage français, a passé presque deux ans dans les geôles iraniennes, un calvaire qu'il raconte à Euronews.
La France n'a plus d'otages officiellement détenus par l'Iran. Louis Arnaud faisait parti des derniers, il a été libéré en juin 2024, après avoir passé deux ans incarcéré par le régime des Mollah.
Arrêté lors d'un tour du monde le 28 septembre 2022, alors âgé de 35 ans, il est accusé d'avoir participé aux manifestations contre la mort de Mahsa Amini, une jeune femme kurde iranienne, décédée aux mains de la police des mœurs seulement six jours avant l'arrestation du ressortissant français.
Louis Arnaud passe presque deux années dans la prison d'Evin à Téhéran, un endroit qu'il décrit comme "l'antre-du-diable." Il pointe notamment du doigt les conditions inhumaines de la section 209, réservée aux prisonniers politiques et étrangers. Un endroit où les captifs restent entassés dans des cellules sans fenêtres, où les lumières ne s'éteignent jamais, confie-t-il à Euronews.
"Les lumières dissolvent toute notion du temps, elles vous fouillent en permanence le corps. Dans votre cellule, il n'y a rien, elle est dépourvue de tout, on mange, on vit, on dort à même le sol. On nous sort en promenade comme des animaux une fois par semaine, les yeux bandés pour prendre l'air 20 minutes: et c'est tout" explique-t-il.
Une torture destinée à intensifier la pression psychologique, raconte Louis Arnaud. "Toute cette déshumanisation et pression extrême en prison ne s'arrête jamais même dans le sommeil. Elle est là pour forcer des aveux fantasmés d'espionnage.”
Louis Arnaud plaide son innocence auprès des gardes et juges iraniens, mais rien ne fonctionne.
C'est aussi le cas pour le couple d'enseignants Cécile Kohler et Jacques Paris, rentrés en France le 8 avril, après plusieurs mois d'assignation à résidence à l'ambassade de France à Téhéran. Ils étaient les derniers otages français officiellement détenus par le régime iranien.
Bien que Louis Arnaud, Cécile Kohler et Jacques Paris aient tous été incarcérés à Evin, ils ne se sont jamais croisés, excepté lors d'une rencontre indirecte.
"L'information circule extrêmement peu, il y a seulement des nouvelles quand un détenu arrive de l'extérieur ou change de cellule. Mais durant ma dernière nuit en prison, on m’a jeté dans une cellule où je n’étais jamais allé. J'ai trouvé un poème [de Gérard Nerval] inscrit sur le mur. J'ai tout de suite su que c’était Cécile qui l’avait rédigé, elle qui est agrégée de lettres", explique-t-il.
“Je me suis dit qu’elle devait se sauver par la littérature, la poésie. C’était un moment particulièrement fort, parce qu'en caressant cette inscription, c'était comme si elle l'avait laissée pour qu'un portail s'ouvre. C'est comme si j'étais avec elle à ce moment-là”.
Le mouvement "Femme, vie liberté" vécu depuis Evin
Les manifestations iraniennes déclenchées par la mort de Mahsa Amini en septembre 2022 entraînent un réel soulèvement en Iran. Un mouvement qui se traduit dans les prisons du régime.
Au début, c'était juste "on fait une manifestation, mais ça ne donnera rien, on perdra de toute façon. Puis, il y a ce changement de regard, où les gens se disent "mais en fait, c'est possible, on peut faire la révolution, et il faut faire la révolution." La révolution a échoué mais c'est ça qui a mené aux événements de janvier 2026, où les Iraniens ont de nouveau tenté la révolution qu'ils ont avortée en 2022," explique Louis Arnaud.
En janvier 2026, une vague de manifestations surgit à travers l'Iran, en réponse au gouvernement autoritaire et à la crise économique.
Un mouvement qui donne lieu a une répression intense menée par le régime des Mollahs et affaiblit par la guerre contre l'Iran déclenchée par les Etats-Unis et Israël le 28 février. Pour Louis Arnaud, Evin reste "non pas une simple prison", mais aussi un "bastion de la résistance."
La Résistance Intérieure
Dans son livre "La Résistance Intérieure", Louis Arnaud détaille comment ses rencontres ont façonné son esprit de résistance, "j’ai rencontré un détenu qui a déjà fait la révolution de 1979 et qui avait été arrêté, torturé et passé plusieurs années en prison."
"Un homme qui, aujourd'hui encore, est régulièrement arrêté et promis à la mort. Et pourtant, c'était toujours quelqu'un de souriant. Comme si tout lui glissait dessus, comme si les menaces de mort n'avaient aucune prise sur lui."
Le Français oppose rapidement son comportement à celui de son codétenu, " j'obéissais en baissant les yeux, je suppliais pour un appel à ma famille. Mais à ce moment-là je comprends. Même enchaîné, même dans la pire prison du monde, il est toujours possible de refuser la servitude, de refuser cette condition de victime qu'on veut nous imposer. On n'est pas obligé de subir dans la vie."
Une prise de conscience qui va lui permettre de survivre sa détention, déclenchant la "révolution intérieure", qu'il détaille dans son livre.
"On n'est pas obligé d'avoir vécu une prise d'otage pour connaître l'injustice, pour connaître l'attachement à l'autre par la colère et ce sentiment de subir sa vie. Mon objectif est de porter la parole des Iraniens, mais il est aussi d'aider chacun. À relever ses épreuves, ses défis du quotidien et à vivre sa vie plus sereinement."
À ce jour, alors que l'Iran fait face aux frappes israéliennes et américaines, l'ex-otage tente de préserver le contact avec ses codétenus.
"Il y a un tout petit peu d'Internet, mais c'est très difficile d'avoir des nouvelles. L'internet est extrêmement contrôlé. Ils peuvent être arrêtés, exécutés pour un message sur X. Donc, je fais extrêmement attention de ne pas leur poser de questions sur la guerre et sur leur environnement."
"Mon but est juste de me préoccuper d'être humain, de la manière dont les Iraniens se sentent et de leur dire qu'ils ne sont pas seuls et qu'on parle d'eux ici aussi, aujourd'hui et que je fais tout ce que je peux pour porter leur voix."