À l'instar des six mois de commission, qui ont été largement commentés et critiqué, le rapport publié ce mardi par Charles Alloncle est largement remis en cause, que ce soit par le président de la commission, par le Premier ministre ou par France Télévisions.
Le rapport de Charles Alloncle sur l'audiovisuel public était largement attendu, tant la commission menée par le député du groupe d'Éric Ciotti (Union des droits pour la République) a suscité le débat ces derniers mois. Ce mardi 5 mai, il a (enfin) été publié sur le site de l'Assemblée nationale.
Sur plus de 400 pages, l'élu de l'Hérault présente 69 propositions pour "sauver l'audiovisuel public". Mais à l'instar des 67 auditions qu'il a menées ces six derniers mois, son rapport est la cible d'une myriade de critiques.
Un rapport qui a des manques
"Ce rapport passe malheureusement à côté de l'essentiel", tacle Sébastien Lecornu, qui dit malgré tout en "prendre acte". "C'est une occasion manquée. Car la seule vraie question est celle de la vision pour l'avenir", juge le Premier ministre, sur X.
Ce dernier a appelé à réfléchir sur la place de l'audiovisuel public face aux plateformes mondiales, à la désinformation, à la concentration des médias. "C’est à partir de ces réponses que doivent être posées les questions de format, de moyens, d’organisation. Le fond doit toujours précéder les structures, et non l’inverse", a-t-il écrit.
Un avis que partage Pierre-Antoine Capton, président du groupe audiovisuel Mediawan. Interrogé ce mercredi sur France Inter, il dit regretter que le rapport final "n'ait pas abordé les vrais sujets de fonds" et ait éclipsé le développement de l'intelligence artificielle, la difficile conquête des publics jeunes, la place des créations françaises et la concurrence des plateformes."Le fonctionnement, le financement et l'avenir de l'audiovisuel public sont des sujets majeurs", poursuit-il.
"Aujourd'hui, la création est au milieu d'un nouvel environnement et on aurait dû parler de tous ces sujets qui sont des sujets importants", assure-t-il, reprochant que "le débat a laissé sa place à la caricature". "Aucune des réponses qu'on [Mediawan] a apportées ne sont aujourd'hui dans ce rapport", a-t-il également assuré.
Le recours à des sociétés privées ciblé
L'un des points sur lequel Charles Alloncle a appuyé est le recours à des sociétés privées pour la production d'émission. C'est notamment le cas de Mediawan, avec "C à vous" et "C dans l'air". "Ce n'est pas une spécificité française. Toutes les chaînes privées ont recours à des productions extérieurs", assure encore Pierre-Antoine Capton, qui explique avoir participé à un appel d'offres, face à 66 autres sociétés de production.
Pour Delphine Ernotte, présidente de la France Télévisions, le rapport est loin d'être satisfaisant. "Tout ça pour en arriver là ?", a-t-elle lâchée dans un long communiqué publié sur X. "Pour en arriver à un rapport à charge, construit sur des insinuations, des approximations et des contre-vérités ?", questionne-t-elle, assurant avoir "joué le jeu" et "accepté le débat et la contradiction".
Elle l'assure, les propositions réalisées par Charles Alloncle ne mèneront qu'à un "affaiblissement historique" de l'audiovisuel public.
Entre le président et le rapporteur, rien ne va plus
Le rapport et la manière dont la commission a été menée sont donc loin de faire l'unanimité, même au sein de cette commission. Car le président, Jérémie Patrier-Leitus (député Horizons), n'a pas mâché ses mots dans son long avant-propos.
"Les travaux de la commission d'enquête [...] n'auront pas toujours respecté ces principes cardinaux du travail parlementaire, au risque de fragiliser encore davantage nos institutions démocratiques et la confiance des Français", écrit-il, jugeant que le seul but était de "préparer les esprits à la privatisation de l'audiovisuel public" .
"Le choix de l'hyper-médiatisation par le rapporteur a nui à la crédibilité, à la sérénité et à l'impartialité des travaux de la commission", a-t-il écrit, regrettant des "insinuations", des "calomnies" et des "accusations mensongères".
"Certaines pratiques ont contribué à détourner la commission de sa vocation initiale, en remettant en cause la sérénité de nos débats et en installant, tout au long de nos travaux, un climat propice à des logiques de règlement de comptes entre le rapporteur et certains auditionnés", dénonce encore Jérémie Patrier-Leitus.
Et le député du Calvados de conclure : "L’utilisation massive des réseaux sociaux par le rapporteur a accéléré la propagation de fausses informations et perturbé la sérénité des travaux et des auditions qui se sont transformés souvent en procès à charge."
La suppression de chaîne, une vision "elitiste"
Dans son rapport, Charles Alloncle assure qu'il est possible de réaliser un milliard d'euros d'économie sur les quatre que coûte, chaque année, l'audiovisuel public. Pour ce faire, il préconise la fusion de France 2 et de France 5, celle de France info et de France 24 ainsi que celle de France 3 et d'Ici (anciennement France bleu).
Il met ensuite en avant la suppression de France 4 et de la station de radio Mouv', ainsi que France TV Slash, chaîne numérique destinée au 18-30 ans. Cette dernière est, selon ses dires, trop militante dans ses programmes.
Charles Alloncle recommande ensuite de réduire d'un tiers le budget alloué aux sports mais en verrouillant les grands rendez-vous, tels que le Tournoi des VI Nations, le Tour de France et Roland-Garros.
Une décision qui serait catastrophique, selon Delphine Ernotte. "Supprimer des chaînes, c'est retirer du paysage audiovisuel français des milliers d'heures de programmes. La suppression de France 5 serait une perte immense pour le savoir, le décryptage, le documentaire, la connaissance et le débat. La suppression de France 4, une perte pour la jeunesse et l'accès à la culture pour tous", écrit-elle.
Elle dénonce également une vision élitiste, affirmant que la suppression du divertissement et du sport éloignerait les publics populaires. Si elle reconnaît que des changements sont possibles, elle l'assure : "Un service public fort n'est pas un problème pour la démocratie française. Il en est l'un des piliers."
Alloncle souhaite une révision des budgets
Il souhaiterait également voir la basse de 75 % du budget alloués aux jeux télévisions et la disparition pure et simple des émissions de télé-réalité, qu'il qualifie de "nuisible pour la jeune génération".
Dans son rapport, il s'attaque également au Festival de Cannes et assure qu'il aimerait plafonner à 3 millions d'euros les dépenses pour cette grand-messe de la culture.
Enfin, le député préconise un audit de l'ensemble des postes de l'audiovisuel public et de donner au président de la République le pouvoir de nommer les dirigeants.