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Allemagne : le ministre de l'intérieur refuse d'interdire les réseaux sociaux pour les enfants

Le ministre allemand de l’intérieur Alexander Dobrindt reste sceptique face à une interdiction des réseaux sociaux pour les enfants
Le ministre fédéral de l'Intérieur Alexander Dobrindt reste sceptique face à une éventuelle interdiction des réseaux sociaux pour les enfants Tous droits réservés  AP Photo
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Par Maja Kunert
Publié le Mis à jour
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Alexander Dobrindt (CSU) doute de l’efficacité d’un ban des réseaux sociaux pour enfants et renvoie les parents à leurs responsabilités, en rupture avec la CDU et une réforme européenne croissante.

Alors que plusieurs pays ont déjà adopté ou débattent de restrictions sur l'utilisation des réseaux sociaux par les mineurs, le ministre fédéral de l'Intérieur Alexander Dobrindt (CSU) s'est prononcé contre une interdiction générale.

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"Une simple interdiction me paraît difficile à faire respecter et donc peu pertinente", a déclaré Dobrindt au groupe de médias Funke. Son argument : les réseaux sociaux sont trop étroitement imbriqués dans la vie quotidienne pour qu'une interdiction étatique puisse résoudre les problèmes de fond. "Il est trop facile de croire qu'il suffirait à l'État d'interdire quelque chose qui s'est profondément ancré dans nos habitudes d'information et fait désormais partie intégrante du quotidien pour que les problèmes disparaissent", a poursuivi Dobrindt.

La décision de savoir à partir de quel âge un enfant doit avoir un smartphone revient aux parents, pas à l'État. Il existe déjà des outils techniques de contrôle, mais leur efficacité suppose que les parents s'intéressent activement aux usages numériques de leurs enfants. "On ne peut pas se défausser complètement de la responsabilité, ni dans un sens ni dans l'autre. Mais l'action de l'État, en la matière, ne peut tout simplement pas fonctionner sans l'accompagnement des familles", a déclaré le ministre fédéral de l'Intérieur au groupe de médias Funke.

Partout en Europe, des gouvernements envisagent d'interdire les réseaux sociaux aux mineurs, sur le modèle australien.
Partout en Europe, des gouvernements envisagent d'interdire les réseaux sociaux aux mineurs, sur le modèle australien. Images By Design © 2009

Des positions divergentes au sein de l'Union

La position de Dobrindt tranche avec celle d'autres responsables de la majorité. Le chancelier fédéral Friedrich Merz (CDU) s'est prononcé en faveur d'une interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 14 ans. Le secrétaire général de la CDU, Carsten Linnemann, a déclaré, cité par le quotidien Bild : "je suis pour les réseaux sociaux à partir de 16 ans. Les enfants ont droit à l'enfance." Une commission d'experts mise en place par la ministre fédérale de la Famille, Karin Prien (CDU), élabore actuellement des recommandations d'action sur la "protection de l'enfance et de la jeunesse dans le monde numérique" ; ses conclusions sont attendues pour l'été.

Jusqu'à présent, la CSU avait commenté avec retenue les initiatives de la CDU en ce sens. Après l'adoption d'une résolution par le congrès de la CDU en février, le chef de la CSU, Markus Söder, avait demandé publiquement s'il existait aussi une proposition technique concrète pour la mettre en œuvre.

Plusieurs pays européens misent sur la voie législative

À l'international, le débat a déjà débouché sur des mesures concrètes. En décembre 2025, l'Australie est devenue le premier pays au monde à instaurer une interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans. En Europe, plusieurs États ont suivi le mouvement ou engagé des processus législatifs similaires : la France a adopté un blocage d'accès pour les moins de 15 ans, le Portugal une interdiction pour les moins de 16 ans assortie d'une dérogation parentale, et l'Espagne, la Slovénie et le Danemark travaillent eux aussi à des dispositifs comparables. Dans au moins huit autres États membres de l'UE, des initiatives similaires sont en cours de préparation ou de mise en œuvre.

Au niveau européen, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a laissé entendre que Bruxelles pourrait présenter une proposition législative dès cet été. "Sans vouloir préjuger des conclusions du groupe d'experts, je pense que nous devons envisager une forme de moratoire sur les réseaux sociaux", a déclaré von der Leyen lors d'un sommet de l'UE sur l'IA et la protection de l'enfance à Copenhague. Parallèlement, la Commission travaille à une application européenne de vérification de l'âge, fondée sur le principe du "zero knowledge", qui doit permettre de confirmer l'âge des utilisateurs sans transmettre de données personnelles aux plateformes.

Scepticisme sur la mise en œuvre

L'efficacité réelle de ces interdictions légales fait toutefois débat. Euronews a interrogé des citoyennes et des citoyens dans plusieurs villes européennes sur le sujet. Les avis sont apparus très partagés : beaucoup saluent un durcissement des règles, tout en doutant de leur efficacité. "Je ne pense pas que cela serve à grand-chose d'interdire les réseaux sociaux, car les enfants trouvent toujours un moyen de contourner les règles", a estimé un jeune homme de Londres, en évoquant la possibilité de contourner les limites d'âge grâce à un VPN. À ce jour, l'Estonie est le seul pays de l'UE à s'opposer ouvertement aux interdictions : la ministre de l'Éducation, Kristina Kallas, a estimé que cette approche ne "résoudra pas vraiment les problèmes".

L'UE veut responsabiliser davantage les plateformes. Indépendamment du débat sur les interdictions, les plateformes elles-mêmes font l'objet d'une réglementation plus stricte. Dans le cadre du Digital Services Act, l'UE examine si Instagram, Snapchat et d'autres services protègent suffisamment les mineurs. En outre, le projet de loi sur l'équité numérique prévoit d'interdire certains mécanismes de conception jugés addictogènes. Ursula von der Leyen a mis en garde : "si nous agissons trop lentement et trop timidement, une nouvelle génération d'enfants en paiera le prix." Le sujet devrait ainsi rester durablement inscrit à l'agenda politique.

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