L’Espagne prolonge jusqu’en 2030 l’exploitation de la centrale nucléaire d’Almaraz, initialement promise à la fermeture à partir de 2027. Une décision qui sécurise près de 4 000 emplois et relance le débat sur l’avenir du nucléaire dans le pays.
L’Espagne a reporté la fermeture prévue de la centrale nucléaire d’Almaraz, située en Estrémadure dans le sud-ouest du pays, prolongeant l'exploitation de ses deux réacteurs jusqu’en 2030.
Cette décision, annoncée vendredi par le gouvernement de Pedro Sánchez, garantit pour trois années supplémentaires les emplois des près de 4 000 salariés du site.
La centrale d'Almaraz fournit actuellement environ 7 % de la production électrique nationale. Son unité 1 devait fermer en novembre 2027 et son unité 2 en octobre 2028, conformément au calendrier arrêté en 2019 entre le gouvernement et les compagnies du secteur.
Après le black-out qui a touché la péninsule Ibérique en avril 2025, le rôle de l'énergie nucléaire et la nécessité de maintenir ces centrales en activité sont revenus au centre du débat.
"Une question idéologique" : les pressions venues de Bruxelles
Cette décision intervient également dans un contexte de pressions croissantes au niveau européen. En février 2026, une délégation de dix eurodéputés conduite par le président de la commission des pétitions du Parlement européen, le Polonais Bogdan Rzońca, a visité les installations d'Almaraz en réponse à une pétition citoyenne contre sa fermeture, signée par des travailleurs, des autorités locales, des habitants, des agriculteurs et des associations de la région.
Bogdan Rzońca a qualifié la fermeture de la centrale de "question idéologique" pour le gouvernement espagnol et indiqué que plus de 10 000 habitants de la zone s'y opposaient, avertissant d'un décalage entre les niveaux de gouvernement local et national sur ce dossier.
À la suite de cette visite, la commission des pétitions a approuvé en mai 2026 un rapport qui demandait explicitement au gouvernement espagnol de reconsidérer le calendrier de fermeture, concluant que la décision répondait à des "raisons purement politiques et idéologiques, sans base technique suffisante", et mettant en garde contre les lourdes conséquences économiques, sociales et énergétiques qu'elle aurait pour la région et pour l'ensemble du système électrique espagnol.
L'eurodéputée du Parti populaire (PP) Elena Nevado a soutenu qu'"il n'existe pas d'évaluation d'impact globale permettant de mesurer correctement ses conséquences" et souligné que la centrale soutient près de 4 000 emplois directs et indirects.
Le rapport européen rappelait également que les décisions relatives aux infrastructures énergétiques stratégiques doivent être prises sur la base d'évaluations rigoureuses, transparentes et techniquement justifiées, en tenant compte de la sécurité énergétique, de l'impact socio-économique et des objectifs de décarbonation.
La position du Parlement européen s'alignait en outre sur celle de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui a défendu à de nombreuses reprises la pertinence de maintenir en activité les centrales nucléaires en fonctionnement.
Le CSN a ouvert la voie
La décision de l'exécutif intervient après que le Conseil de sûreté nucléaire (CSN) a émis, le 16 juillet dernier, un avis favorable à la poursuite de l'exploitation de la centrale, constatant qu'elle remplit toutes les conditions de sûreté nucléaire pour fonctionner jusqu'en 2030.
L'installation respecte en outre les exigences du ministère de la Transition écologique en matière de garantie d'approvisionnement et de coût nul pour les consommateurs. L'avis favorable de l'autorité de régulation a ainsi fait tomber le principal argument technique dont le gouvernement aurait pu se prévaloir pour maintenir le calendrier de fermeture initial, laissant la décision entièrement au champ politique.
La centrale a par ailleurs une "jumelle" en Virginie (États-Unis), North Anna, qui a déjà été autorisée à fonctionner jusqu'à 80 ans.
Un soulagement pour une région frappée par l'exode rural
La nouvelle a été accueillie avec satisfaction par la plateforme citoyenne Sí a Almaraz, Sí al futuro (source en espagnol) (Oui à Almaraz, oui à l'avenir), qui, depuis sa création en janvier 2025, a fédéré plus d'une centaine de municipalités, d'organisations patronales, de chambres de commerce, de travailleurs, d'entreprises auxiliaires et d'associations de toute la comarque de Cáceres pour défendre la poursuite de l'activité de la centrale.
"Nous respirons enfin, soulagés, et nous voyons la lumière au bout du tunnel", a déclaré Fernando Sánchez, président de la plateforme et maire de Belvís de Monroy, qui estime que cette décision "rend confiance à des milliers de familles qui, pendant des mois, ont vécu dans l'attente d'une résolution dont dépendait l'avenir de toute une comarque".
Un débat relancé
La prolongation d'Almaraz relance le débat sur le futur de l'énergie nucléaire en Espagne, à un moment où plusieurs secteurs économiques et techniques pressent le gouvernement de revoir également les dates de fermeture des autres centrales. Les guerres en Ukraine et en Iran conduisent à reconsidérer certaines décisions afin de garantir l'indépendance énergétique de l'Union européenne.
Des chefs d'entreprise catalans ont récemment demandé que le calendrier de fermeture des centrales d'Ascó et de Vandellós soit revu, tandis que des ingénieurs industriels et différents analystes de l'énergie ont averti des risques que représenterait, pour l'approvisionnement électrique national, le maintien du rythme actuel de sortie du nucléaire, en particulier après le black-out national qui a frappé l'Espagne l'an dernier et a relancé le débat sur la sécurité et la dépendance énergétique du pays.