La haute représentante a balayé les rumeurs sur la nomination d'un envoyé spécial chargé de pourparlers avec la Russie. "Nous sommes du côté de l'Ukraine et nous défendons nos propres intérêts de sécurité", a-t-elle déclaré.
L'Union européenne ne cherchera pas à jouer les médiateurs "neutres" entre l'Ukraine et la Russie ni à se substituer aux États-Unis dans le processus de paix, a déclaré la haute représentante Kaja Kallas, alors qu'un débat est en cours sur la nomination éventuelle d'un émissaire chargé du dialogue avec Moscou.
Cette question sensible, qui a profondément diviséles États membres et alimenté des spéculations sur d'éventuels candidats, figurait en tête de l'ordre du jour d'une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères jeudi à Limassol, à Chypre.
"Une chose est très claire : l’Europe ne sera jamais un médiateur neutre entre la Russie et l’Ukraine, car nous sommes du côté de l’Ukraine et nous défendons nos propres intérêts de sécurité", a déclaré Kallas à l'issue de la réunion.
"Nous ne pouvons pas être neutres en traitant les deux parties de manière égale, puisque nous nous sommes clairement rangés aux côtés de l'Ukraine", a-t-elle ajouté.
Selon elle, l'Ukraine a besoin de l'UE pour rééquilibrer les négociations et obtenir des concessions de la part de la Russie.
Le processus diplomatique mené par les États-Unis est en outre au point mort depuis le début du conflit au Moyen-Orient, qui a largement mobilisé l'attention de la Maison-Blanche et relégué la question ukrainienne au second plan. Cette stagnation ne signifie toutefois pas que les Vingt-Sept entendent se substituer à Washington.
"Tous nos efforts doivent être complémentaires de ceux des États-Unis, et les ministres ont été très clairs sur ce point", a précisé Kallas. "Nous ne venons pas remplacer les États-Unis, mais traiter les questions qu’ils n’ont pas abordées dans ces pourparlers."
Kyiv se montre de plus en plus frustrée par l'enlisement des négociations et appelle publiquement les Européens à adopter une approche plus concrète.
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, présent à la réunion à Chypre, a appelé à se concentrer sur des "étapes précises et réalisables", telles que la démilitarisation de la centrale nucléaire de Zaporijjia et la création de corridors humanitaires.
"Nous n’avons pas besoin de commencer par choisir une personne ou un groupe pour piloter cet effort", a-t-il déclaré. "Nous devons définir le mandat, et il doit refléter une voix européenne unie."
Dans ce contexte, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a laissé entendre que le processus de paix pourrait prochainement reprendre après plusieurs semaines de blocage.
"Les États-Unis sont prêts à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour aider à mettre fin à cette guerre, et nous espérons que l’occasion se présentera bientôt", a-t-il déclaré.
Concessions et lignes rouges
La réunion de jeudi à Chypre a largement atténué les spéculations sur la possible nomination d'un envoyé spécial de l'Union européenne chargé de mener des discussions directes avec la Russie.
Parmi les noms évoqués figuraient notamment le président finlandais Alexander Stubb, le président du Conseil européen António Costa, l'ancien président du Conseil italien Mario Draghi et l'ancienne chancelière allemande Angela Merkel.
Pour Kaja Kallas, l'UE devrait plutôt se concentrer sur la définition d'une position commune précisant les concessions attendues de la Russie, les conditions d'un éventuel accord et les lignes rouges à ne pas franchir.
Celles-ci incluraient notamment la non-reconnaissance des territoires occupés par la Russie, la fin des opérations de sabotage, des cyberattaques, des ingérences électorales et des violations de l'espace aérien, ainsi que le versement de réparations, le retour des enfants ukrainiens déportés, la libération des journalistes et le retrait des troupes russes de Géorgie et de Moldavie.
Des restrictions sur la capacité de la Russie à se réarmer devraient également être envisagées, a ajouté la haute représentante, en particulier si un futur accord de paix venait à plafonner les capacités militaires ukrainiennes, comme l'avaient envisagé certains projets précédents.
Ces éléments ont été regroupés dans un document confidentiel, discuté depuis février et régulièrement mis à jour. Rien n'indique toutefois que les 27 États membres parviendront à un accord unanime sur ce texte.
Cette réflexion intervient alors que les bombardements russes contre les zones civiles en Ukraine se poursuivent. Le week-end dernier, une attaque d'ampleur sur Kyiv a détruit des immeubles résidentiels, des supermarchés, des installations énergétiques et même le musée de Tchernobyl.
À la suite de cette frappe, le Kremlin a adressé un avertissement demandant aux ressortissants étrangers, diplomates et organisations internationales de quitter Kyiv "dès que possible".
Les pays de l'Union européenne ont convoqué des représentants russes pour protester contre ce qu’ils considèrent comme une tentative d’intimidation.
"La dynamique de la guerre évolue en faveur de l’Ukraine. La Russie est sur la défensive sur les plans militaire, économique et diplomatique. Mais comme l’ont montré les dernières frappes sur Kyiv, elle ne manifeste toujours aucun intérêt réel pour la paix", a déclaré Kallas.
"La menace directe de Moscou de tuer des diplomates étrangers à Kyiv constitue l’annonce publique d’un crime de guerre", a-t-elle ajouté.