Interviewé par Euronews, l'ancien Premier ministre ukrainien a affirmé que seule la reddition de l'Europe était acceptable pour Poutine.
Lors d’un entretien accordé mercredi à l’émission Europe Today d’Euronews, ’ancien Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a livré ses conseils pour d’éventuelles discussions avec Poutine, en s’appuyant sur sa propre expérience des rencontres avec le dirigeant russe.
"Surtout, ne sous-estimez pas ce criminel de guerre. Ce n’est pas un idiot, c’est un agent du KGB", a déclaré Arseni Iatseniouk, interrogé au sujet d’un possible envoyé de l’UE pour des pourparlers directs avec le Kremlin.
"Poutine choisira quelqu’un qu’il peut recruter", a-t-il ajouté.
"Il perçoit toujours si vous êtes faible ou si vous êtes fort. Il fait en quelque sorte un test du flair avec chaque personne qu’il rencontre", se souvient Arseni Iatseniouk
"Tout dépend de la personnalité appelée à parler avec Poutine… et de savoir si cette personnalité, cette figure politique de premier plan, dispose de munitions supplémentaires pour étayer sa position", a-t-il expliqué.
Arseni Iatseniouk estime toutefois que, quelles que soient les initiatives débattues entre dirigeants de l’UE, Moscou ne veut tout simplement pas parler à Bruxelles.
"Poutine n’a aucune envie, il n’est pas prêt à quelque forme que ce soit de négociations à ce stade précis. Il accepterait peut-être un médiateur, mais pour une raison très simple et très claire : gagner du temps, reprendre l’avantage et, une fois encore, nous tromper", a-t-il poursuivi.
" Poutine n’est prêt à recevoir personne"
Arseni Iatseniouk a insisté sur le fait qu’il ne s’agit pas de noms de candidats potentiels, mais de la politique européenne. "Le seul langage que Poutine comprend, c’est celui de la force", a-t-il déclaré.
À ce stade, le président russe n’est "prêt à recevoir personne… Mais Poutine est prêt à accepter la capitulation de l’Ukraine, et en réalité celle de l’Europe. Et il faut en prendre conscience".
Il a expliqué à Euronews que c’est aussi pour cette raison que la Russie a intensifié ses menaces non seulement contre l’Ukraine, mais aussi contre les diplomates européens à Kyiv et dans les pays baltes.
"La Russie représente une énorme menace pour la sécurité de l’Union européenne et il était évident qu’elle tenterait d’intimider tout le monde, en premier lieu l’Union européenne", a-t-il déclaré, interrogé sur les récentes incursions de drones dans les pays baltes.
"Cela fait partie de la guerre par procuration menée par la Russie contre l’Union européenne et l’OTAN. Ils veulent intimider les citoyens de l’UE et pensent qu’ainsi ils pousseront les Européens à tourner le dos aux Ukrainiens."
Ce scénario "ne se réalisera jamais, jamais", a-t-il assuré, en expliquant pourquoi le Kremlin a intensifié ses menaces maintenant.
"Poutine est en train de perdre la guerre. Car il pensait prendre le contrôle de l’Ukraine il y a douze ans", a rappelé Arseni Iatseniouk, qui était Premier ministre de l’Ukraine lorsque la Russie a lancé sa première invasion en 2014 et annexé la Crimée.
"Ensuite, il a déclenché une guerre totale et se voyait déjà s’emparer de Kyiv en trois jours. Au final, il a perdu environ 1,5 million de soldats russes."
Alors que l’économie russe commence progressivement à encaisser le choc et "plonge" désormais, "un certain frémissement apparaît même en Russie sur la meilleure porte de sortie pour Poutine", a-t-il estimé.
C’est pourquoi, selon Arseni Iatseniouk, la seule option qui reste à Poutine est l’escalade.
"Il en va de sa survie physique, de sa capacité à survivre en tant que M. Poutine, et de sa survie politique en tant que président de la Russie. Donc il va escalader."
La Chine en position de force
Arseni Iatseniouk a également insisté sur le fait que la situation politique et géopolitique a radicalement changé.
"Les Européens doivent comprendre que cette guerre ne concerne pas seulement l’Ukraine et pas seulement Poutine, mais tous ces axes du mal placés sous l’égide de la Chine", a déclaré Arseni Iatseniouk, en pointant l’appétit guerrier croissant de Moscou et le soutien de Pékin.
"La Chine garde la main dans cette guerre et elle en est complice", a-t-il poursuivi, rejetant la position officiellement "neutre" de Pékin.
"Ils sont partenaires stratégiques de Poutine. Ils ont signé un certain nombre d’accords. Ils ont fourni la bouée de sauvetage de la Russie de Poutine, à la fois financièrement et en livrant des matériaux à double usage, qui sont en réalité militaires."
Les chances de coopérer avec Pékin pour que la Chine exerce une pression sur Moscou "sont très faibles, mais elles existent malgré tout".
"Cela pourrait permettre de trouver une voie vers de véritables discussions avec Poutine, car nous n’avons jamais eu la moindre négociation réelle."
Selon Arseni Iatseniouk, même les efforts diplomatiques des États-Unis n’ont pas mis la pression sur le Kremlin, balayant d’un revers de main la rencontre en Alaska, l’an dernier, entre le président américain Donald Trump et Poutine.
"Cela n’avait rien à voir avec de véritables pourparlers de paix. C’était une opération spéciale du KGB visant simplement à prendre le dessus sur les Américains comme sur les Ukrainiens et à contourner les sanctions."
Moscou cherche aussi à creuser un fossé entre Américains et Européens, a-t-il affirmé, ajoutant que "même pour les Américains, il est désormais évident que les Russes n’avaient aucune intention de mener le moindre dialogue", selon Arseni Iatseniouk.
Et en l’absence de pression diplomatique, la Russie a réussi à étendre son agressivité au-delà de l’Ukraine, menaçant désormais ouvertement des pays européens où les sirènes d’alerte aérienne ont retenti pour la première fois la semaine dernière, donnant une tout autre urgence à la question de la préparation de la défense de l’UE.
"Je souhaite que chaque citoyen européen soit en sécurité. Mais, d’un autre côté, je souhaite que nous comprenions tous que vous ne pourrez être en sécurité que dans un seul cas : si nous, les Ukrainiens, remportons cette guerre, point final", a conclu Arseni Iatseniouk.