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Navrocki étrille Zelensky pour honorer l'unité coupable des massacres en Volhynie

Ukraine : Volodymyr Zelensky participe au sommet de l’UE à Ayia Napa, à Chypre, jeudi 23 avril 2026
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky participe au sommet de l’UE à Ayia Napa, à Chypre, jeudi 23 avril 2026. Tous droits réservés  (AP Photo/Petros Karadjias)
Tous droits réservés (AP Photo/Petros Karadjias)
Par Aleksandra Galka Reczko & Serge Duchêne
Publié le
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Le président polonais Karol Nawrocki a annoncé qu’il proposera au chapitre de l’ordre de l’Aigle blanc de retirer l’ordre au président ukrainien Volodymyr Zelensky. Il réagit au décret du 28 mai par lequel Zelensky a donné le nom « Héros de l’UPA » à une unité militaire.

Le 27 juin dernier, un mercredi, Volodymyr Zelensky a signé un décret donnant le nom de « Héros de l’UPA » au Centre indépendant des opérations spéciales « Nord » des forces d’opérations spéciales des forces armées ukrainiennes.

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Il a expliqué avoir pris cette décision « afin de rétablir les traditions historiques de l’armée nationale et en tenant compte de l’exécution exemplaire des missions confiées lors de la défense de l’intégrité territoriale et de l’indépendance de l’Ukraine ».

L’Armée insurrectionnelle ukrainienne ou UPA est une armée de guérilla ukrainienne formée en octobre 1942, en Volhynie (nord-ouest de l’Ukraine), comme la branche militaire de l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN-B), un mouvement ultra-nationaliste dirigé par Stepan Bandera dans un but de l'instauration d'un État ukrainien indépendant.

Combattant à la fois l'armée allemande et les forces soviétiques, l'organisation commet des massacres de masse contre les populations polonaises en Volhynie, qui font entre 40 000 et 100 000 victimes, selon certaines estimations. L'UPA assassine également plusieurs centaines voire plusieurs milliers de Juifs en Volhynie et en Galicie orientale.

Une décision donc qui passe particulièrement mal en Pologne. Le président Karol Nawrocki a déclaré qu’il avait accueilli la décision de Zelensky « avec une grande tristesse ».

« Ce n’est pas ainsi qu’on construit des relations entre les nations », a-t-il souligné vendredi, en ajoutant que la glorification de l’UPA fournissait à la propagande russe « beaucoup d’oxygène pour la désinformation ».

En réaction, Navrocki a suggéré de retirer à Zelensky la plus haute distinction polonaise.

« La Pologne a également le droit de façonner sa politique de mémoire et sa politique historique. C’est pourquoi j’ai pris très au sérieux l’appel du peuple polonais et de M. le député Płaczek [le député Grzegorz Płaczek, de la Confédération Nouvelle Espérance], qui m’a adressé un tel appel », a-t-il déclaré. « J’ai proposé que l’un des points soit le retrait au président Zelensky de l’ordre de l’Aigle blanc ».

La réunion du chapitre de l’ordre est prévue le 8 juin.

L’ordre de l’Aigle blanc a été décerné à Zelensky le 5 avril 2023 par l’ancien président Andrzej Duda.

La distinction lui avait été attribuée pour « ses mérites dans l’approfondissement des relations entre la Pologne et l’Ukraine, pour ses efforts en faveur de la sécurité et pour son engagement inébranlable dans la défense des droits de l’homme ». Duda avait alors déclaré à Zelensky : « Ton attitude sauve aujourd’hui l’Europe du déferlement de l’impérialisme russe ».

Zelensky avait pour sa part indiqué qu’il acceptait l’ordre au nom de l’ensemble du peuple et de l’armée ukrainiens.

Tusk : calmer les esprits

Le décret signé par Zelensky, tout comme la décision de Nawrocki qui en a découlé, ont également été commentés à la Diète par le Premier ministre Donald Tusk :

« Notre tâche, à tous les gens sensés des deux côtés de la frontière, est de calmer les esprits, car nous n’avons qu’un seul ennemi. Il y a certains problèmes entre nous, mais il ne peut pas y avoir d’hostilité ni d’émotions négatives, car l’adversaire est unique », a-t-il déclaré aux journalistes. Il a ajouté que la décision de Zelensky « heurte notre sensibilité historique ».

Il a également réagi sur les réseaux sociaux : « Si nous nous disputons au sujet du passé, quelqu’un d’autre gagnera l’avenir. Le président de l’Ukraine doit enfin le comprendre. Les Polonais aussi. Avant qu’il ne soit trop tard ! ».

Le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Radosław Sikorski a déclaré à Sopot, lors d’une réunion du Conseil des États de la mer Baltique, qu’il était « déçu que la sensibilité historique de la Pologne n’ait pas été prise en compte ». Il a souligné dans le même temps, en reprenant les mots de Tusk : « Si nous nous disputons au sujet du passé, alors quelqu’un d’autre nous imposera l’avenir ». Il a ajouté que « seul Poutine profiterait d’une querelle polono-ukrainienne sur l’histoire ».

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Maciej Wiewiór, a souligné que le ministère jugeait la décision de Zelensky « sans équivoque négative ». Le ministère polonais des Affaires étrangères (MSZ) a adressé une protestation diplomatique à ce sujet, et le vice-ministre des Affaires étrangères Marcin Bosacki a également convoqué l’ambassadeur d’Ukraine en Pologne, Vasyl Bodnar.

Le ministère souligne également que « face à la guerre agressive que la Russie mène toujours contre l’Ukraine et à la menace qui pèse sur la sécurité de toute la région, les relations polono-ukrainiennes, essentielles pour nos deux États et nos deux nations, ne doivent pas devenir otage d’une histoire douloureuse ».

L’ancien président et lauréat du prix Nobel de la paix Lech Wałęsa a réagi encore plus sévèrement : « En honorant les bandits de l’UPA, le président de l’Ukraine m’a insulté, moi et tous nos compatriotes assassinés. C’est pourquoi j’ai publiquement retiré le drapeau ukrainien que je portais sur la poitrine. Je continuerai d’aider le peuple dans sa lutte contre les Soviétiques. Je refuse tout soutien au président Zelensky ! », a-t-il écrit sur ses réseaux sociaux.

La position de la partie ukrainienne

La première réaction publique du côté ukrainien est venue du maire de Lviv, Andriy Sadovy. « Chaque ville a ses héros. Il y a eu des périodes difficiles entre Polonais et Ukrainiens, mais aujourd’hui nous sommes du même côté. Nous nous battons contre la Russie, qui attaque la démocratie, pas seulement en Ukraine. Nous devons garder à l’esprit que chaque État a ses héros. Nous ne savons pas exactement ce qui s’est passé il y a 50 ou 100 ans. Cette histoire a souvent été déformée. La Russie a tout fait pour que les informations ne soient pas fiables à 100 %. Je connais des cas où l’armée soviétique revêtait des uniformes de l’UPA », a-t-il déclaré sur la chaîne Polsat News.

Plus tard, le porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères, Heorhii Tykhyi a déploré que ce scandale survienne « à l'encontre de la tendance générale à la résolution des problèmes dans les relations ukraino-polonaises, observée depuis un an et demi ».

Il a rappelé que, durant cette période, les parties avaient déployé de nombreux efforts « pour résoudre les questions complexes du passé historique, instaurer le dialogue et favoriser la compréhension ».

Dans ce contexte, Tykhyi a rappelé la décision de reprendre les recherches et les exhumations des victimes de la tragédie de Volhynie, ainsi que les activités du Congrès des historiens.

« Le débat sur le passé doit être professionnel et s'appuyer sur des sources fiables. Notre histoire confirme que seule Moscou tire profit des conflits entre Ukrainiens et Polonais », a souligné le porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères.

Qu'était l'UPA ?

L’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) était une formation armée active de 1942 à 1949, liée à l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN-B, B pour Bandera), qui visait à créer un État ukrainien indépendant. Elle combattait à la fois l’Allemagne, l’Union soviétique et les forces polonaises.

Pour la partie polonaise, l’UPA est responsable du génocide de la population polonaise en Volhynie et en Galicie orientale entre 1943 et 1945 (le « massacre de Volhynie »), une qualification entérinée par des résolutions officielles de la Diète et du Sénat polonais.

Selon les estimations de l’Institut de la mémoire nationale (IPN) et d’historiens polonais, environ 100 000 à 120 000 Polonais auraient été tués lors d’actions organisées de l’UPA, ainsi que des citoyens ukrainiens qui avaient averti leurs voisins polonais du danger imminent. Le point culminant a eu lieu le 11 juillet 1943, lors du « dimanche sanglant », quand une centaine de villages polonais ont été attaqués.

Une partie des historiens et responsables politiques ukrainiens considèrent toutefois ces événements comme un élément d’un conflit bilatéral en temps de guerre. Ils ne nient pas la participation de combattants de l’UPA à des crimes, mais contestent la qualification de ces actes comme une extermination planifiée d’une grande partie de la population polonaise de Volhynie.

Une large partie de l’opinion publique ukrainienne voit avant tout l’UPA comme un groupe de héros de la lutte pour l’indépendance de l’Ukraine contre les occupants allemand et soviétique. Les crimes commis contre les Polonais sont souvent présentés comme une « guerre civile », une « revanche » ou le résultat d’une infiltration soviétique. Pour de nombreux Ukrainiens, les membres de l’UPA sont des symboles de la résistance nationale.

Les différends historiques entre la Pologne et l’Ukraine influencent régulièrement les relations bilatérales, en dépit de la coopération face à l’agression russe. Ces dernières années, des pas vers la réconciliation ont été accomplis, notamment des commémorations communes des victimes du massacre de Volhynie ou la levée par l’Ukraine, en novembre 2024, de l’interdiction d’exhumer les victimes.

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