Bruxelles veut diversifier les chaînes d’approvisionnement européennes, car la relation commerciale de l’UE avec la Chine est jugée "insoutenable". Quel est le plan pour y parvenir et peut-il aboutir ?
La Commission européenne souhaite que les entreprises européennes cessent d'acheter des composants critiques auprès d'un seul fournisseur, et la Chine est la principale cible.
À l'heure actuelle, l'Europe dépend dangereusement de la Chine pour une longue liste de composants critiques : aimants en terres rares pour les éoliennes et les moteurs électriques ; matériaux pour batteries destinés aux véhicules électriques et au stockage d'énergie : semi-conducteurs, produits chimiques industriels et pièces mécaniques.
Mais si la Chine coupe l'accès, comme elle l'a déjà fait pour certaines exportations, les usines européennes s'arrêtent.
Alors, que prévoit concrètement la Commission ? L'idée est qu'aucune entreprise ne devrait acheter plus de 30 à 40 % d'un composant critique auprès d'un seul fournisseur. Les besoins de l'entreprise devraient être couverts par au moins deux ou trois fournisseurs, et tous les fournisseurs ne peuvent pas provenir du même pays.
Le plan cible plusieurs secteurs à la fois. L'énergie propre avec les chaînes d'approvisionnement en énergie éolienne, solaire et en batteries ; l'automobile avec les pièces pour véhicules électriques et les moteurs industriels, ainsi que les semi-conducteurs et le matériel numérique ; et les composants pour la défense et l'aérospatiale.
Mais l'Union ne part pas de zéro. Car l'UE a adopté la loi sur les matières premières critiques, qui plafonne à 65 % la dépendance du Bloc à l'égard d'un seul pays d'ici 2030.
La Commission a également lancé le plan ReSourceEU, doté de trois milliards d’euros, pour développer des sources d’approvisionnement alternatives en Europe et à proximité. Et aujourd’hui, Bruxelles souhaite aller plus loin et rendre la diversification obligatoire au niveau des entreprises.
Les deux camps du débat ont des préoccupations bien réelles. Les partisans affirment que la Chine a déjà utilisé les contrôles à l'exportation comme une arme ; que l'Europe a besoin de résilience, pas seulement d'efficacité ; et que les mesures volontaires n'ont pas été assez rapides.
Relations commerciales "insoutenables"
De l'autre côté, les détracteurs mettent en garde quant à la diversification forcée qui augmente les coûts et nuit à la compétitivité. Ils assurent également que cela pourrait enfreindre les règles de l'OMC (Organisation mondiale du commerce) en matière de non-discrimination. Enfin, cela risque de déclencher des représailles chinoises contre les entreprises européennes, assurent-ils.
Les 27 commissaires se sont réunis, ce vendredi 29 mai, et ont reconnu que les relations commerciales actuelles de l’UE avec la Chine sont insoutenables. C’est pourquoi Bruxelles a convenu d’adopter une position plus ferme envers Pékin et a reconnu la nécessité d’une stratégie de réduction des risques.
Adopter une loi qui dicte aux entreprises européennes où s'approvisionner, sans enfreindre les règles du commerce international, est juridiquement complexe. Les règles doivent être rédigées en termes neutres, visant la dépendance excessive à l'égard de tout pays, et pas seulement de la Chine.