Le ministre français de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a mis en avant une nette diminution des traversées réussies de la Manche depuis le début de l'année.
Une importante opération de sauvetage a été menée, ce mardi 4 août, pour porter assistance à 157 personnes qui tentaient de rejoindre le Royaume-Uni depuis la France, ont indiqué les autorités des deux pays. Il s'agit de l'une des plus importantes opérations de ce type depuis le début des relevés, en 2018.
Le canot pneumatique se trouvait encore dans la zone française de recherche et de sauvetage lorsque son moteur s'est embrasé. L'embarcation a alors commencé à se disloquer, a indiqué la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord. L'incident a "contraint ses occupants à se jeter à l'eau", a précisé la préfecture du Pas-de-Calais.
Les autorités françaises ont alors déployé deux navires de secours, un hélicoptère de la Marine nationale ainsi que des équipes médicales. La Royal National Lifeboat Institution (RNLI), organisation caritative spécialisée dans le sauvetage en mer, et la Border Force britannique ont également participé à l'opération.
L'accident n'a fait aucune victime : 103 personnes ont pu être secourues par les équipes françaises, les 54 autres par les secours britanniques. Toutes ont été débarquées au port de Boulogne-sur-Mer afin d'y recevoir une prise en charge médicale et une assistance.
L'embarcation avait quitté le village normand de Veules-les-Roses vers 6 heures du matin, ont indiqué les autorités françaises et la RNLI. Dès son départ, elle faisait l'objet d'une surveillance par les secours français.
Une traversée au péril de leur vie
Les autorités maritimes françaises rappellent que les migrants qui tentent la traversée de la Manche à bord d'embarcations de fortune refusent fréquemment d'être secourus tant qu'ils ne sont pas confrontés à un danger immédiat. Les sauveteurs n'interviennent pas de force, afin d'éviter tout risque de chavirement susceptible de mettre les passagers en danger.
Les embarcations sont souvent surchargées. Les autorités maritimes françaises ont déclaré que le nombre moyen de personnes entassées à bord de ces embarcations est passé de 26 en 2021 à 65 depuis le début de l'année.
Ces dernières semaines, des témoins en France ont indiqué avoir vu des embarcations plus grandes que d'habitude traverser la Manche, mesurant environ 12 mètres, contre 8 à 10 mètres habituellement.
Jeudi 30 juillet, quatre personnes sont mortes lors de deux tentatives distinctes de traversée de la Manche. Depuis le début de l'année, au moins quatorze personnes ont perdu la vie dans la traversée, selon un décompte de l'AFP fondé sur des sources officielles françaises et britanniques. L'année passée, 29 migrants étaient déjà décédés.
Des tentatives de traversées en large baisse
Le gouvernement britannique fait preuve d'une "détermination sans faille" pour s'attaquer au problème, a assuré le Premier ministre Andy Burnham. "Des progrès sont réalisés, mais nous ne baissons pas la garde."
Pour tenter d'endiguer ces traversées, Londres et Paris ont signé, plus tôt cette année, un accord de plusieurs millions d'euros. Il prévoit notamment un renforcement des patrouilles de police et de la surveillance sur le littoral du nord de la France. Le dispositif comprend également le déploiement de nouvelles technologies pour lutter contre les "taxi boats", ces petites embarcations à moteur, généralement pneumatiques, utilisées par les passeurs pour récupérer des migrants le long des côtes du nord de la France.
Un accord qui semble déjà avoir un impact. "Le nombre de traversées a diminué de 50 % cette année par rapport à la même période en 2025", s'est réjoui Andy Burnham. "Le mois de juillet que nous venons de vivre est même celui qui a enregistré le plus faible nombre de traversées depuis six ans. Il y a donc clairement des progrès, mais nous ne nous reposons pas sur nos acquis. Nous allons poursuivre nos efforts sans relâche."
Un bilan également mis en avant ce mardi par Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur français. "Depuis le début de l'année, le nombre de traversées réussies a été de 160, il était de 413 l'année passée à la même période. Le nombre d'individus qui ont réussi à traverser était de 24 000 l'année dernière, il est tombé à 10 000. Et le taux d'échecs des traversées était de 58 %, il est passé 65 % depuis le début de l'année", a-t-il énuméré lors d'une conférence de presse.
L'immigration, un sujet de plus en plus présent en Europe
Ces arrivées sont un véritable casse-tête pour les gouvernements britanniques successifs. Elles ont même renforcé le soutien dont bénéficie le parti d'extrême droite Reform UK, dirigé par Nigel Farage.
Un sujet dont s'entend s'emparer le nouveau Premier ministre britannique. "Nous devons traiter ce problème plutôt que d'en faire un sujet de politique politicienne." Andy Burnham souhaite "l'affronter", "reprendre la situation en main" et "mettre en place les changements qui permettront de rassurer la population".
Il l'assure : les Britanniques ne veulent pas d'une frontière qui semble échapper à tout contrôle. "Nous devons reprendre le contrôle de nos frontières, tout en continuant à apporter notre soutien aux personnes qui ont réellement besoin de protection", a-t-il également souligné.
Ceuta, l'exclave espagnole qui a cristallisé les tensions
La semaine passée, l'entrée de quelque 72 000 Marocains dans l'exclave espagnole de Ceuta a fait monter la colère des partis de plusieurs dirigeants du continent : Rome et Copenhague avaient notamment demandé l'exclusion de l'Espagne de l'espace Schengen, bien que les contrôles soient obligatoires dans ce territoire.
Les ministres européens de l'Intérieur se sont réunis, ce mardi, en réunion informelle. Ils ont "convenu" que l'espace Schengen n'était pas "le problème", mais "plutôt la solution", a déclaré Laurent Nuñez. À l'issue de cette visioconférence, le ministre français de l'Intérieur a dit regretter les "dissensions" apparues au sein de l'UE, certains pays ayant fait de "l'ingérence" pour "attaquer l'Union européenne".
"En aucun cas l'espace Schengen n'a été compromis dans cette crise", a affirmé, de son côté, Fernando Grande-Marlaska Gómez, le ministre espagnol de l'Intérieur. "L'espace Schengen n'a jamais été en danger, pas même en danger minimal."
Plus de 70 000 personnes sont d'ores et déjà retournées au Maroc, a précisé Fernando Grande-Marlaska Gómez. Cependant, le bilan humain, qui n'est que provisoire, s'élève à 75 morts.