Le projet immobilier de luxe, qui s’étend sur une île protégée et une portion du littoral du sud de l’Albanie, suscite l’opposition de défenseurs de l’environnement et de détracteurs du Premier ministre Edi Rama, qui affirme que les terrains concernés appartiennent à des propriétaires privés.
Alors qu'en Albanie, des milliers de personnes ont manifesté ce jeudi à Tirana contre la construction annoncée d'hôtels de luxe, dans la réserve protégée de Vjosa Narta, Edi Rama s'est exprimé auprès d'Euronews, en marge du sommet UE-Balkans occidentaux à Tivat, au Monténégro.
Le Premier ministre albanais estime son pays est confrontée à une guerre hybride, menée par des acteurs extérieurs, instrumentalisant la défense de l'environnement afin de manipuler l'opinion publique.
"L’Albanie est en guerre hybride. Nous sommes attaqués", a-t-il affirmé.
Ses déclarations interviennent alors que des militants et des organisations environnementales continuent de protester contre les projets associés à Affinity Partners, la société d’investissement fondée par Jared Kushner, gendre du président américain Donald Trump.
Les critiques ont exprimé leurs inquiétudes quant à l’impact potentiel d’un développement touristique de grande ampleur sur les zones côtières protégées et la biodiversité de l’Albanie. Edi Rama a insisté sur le fait qu’une grande partie du débat en ligne autour du projet était alimentée par de la désinformation.
"Il existe un récit selon lequel il s’agirait d’un accord secret entre moi et Bibi Netanyahou via Jared Kushner (...) ce qui est totalement fantaisiste", a-t-il déclaré.
Edi Rama a dénoncé une campagne minutieusement orchestrée sur les réseaux sociaux, affirmant que l'activité sur les plateformes albanaises avait bondi à un niveau cinq fois supérieure à la normale dès l'annonce du projet.
Selon le Premier ministre, l'opposition à cette initiative a été influencée par de faux comptes et des robots automatisés chargés diffusant des contenus trompeurs et de la désinformation.
"Il y a beaucoup de bots, beaucoup de faux profils, beaucoup d’attaques venant de partout", a affirmé Edi Rama.
Il a ajouté que ces attaques provenaient "d’ennemis de l’Albanie" cherchant à séduire les musulmans albanais, qu’il décrit comme "incroyablement tolérants" et "profondément pro-européens". "L’Albanie a une histoire dont elle est très fière pour avoir sauvé les Juifs ; elle n’a jamais connu de sentiments antisémites", a-t-il également déclaré.
Aucun projet soumis à ce stade, selon Edi Rama
Le Premier ministre a également cherché à répondre aux critiques visant le projet lui-même, en soulignant qu’aucune proposition définitive n’avait encore été soumise aux autorités albanaises. Selon lui, cette nouvelle vague d’attaques mêle critiques politiques et préoccupations environnementales.
"Existe-t-il une manifestation d’intérêt pour développer un projet ? Oui. Existe-t-il un projet ? Non", a-t-il déclaré à Euronews. "Le projet est actuellement élaboré par les investisseurs. Nous verrons ce qu’il en sera lorsqu’il sera présenté."
Edi Rama a précisé que toute proposition serait soumise à des procédures d’examen et d’approbation avant qu’une quelconque construction puisse commencer. Il a également promis que le projet serait rendu public afin que chacun puisse en débattre.
Le développement du littoral suscite le débat
L’investissement proposé est devenu l’un des projets de développement les plus suivis en Albanie, illustrant les tensions croissantes entre la volonté du pays d’attirer des capitaux étrangers et les préoccupations liées à la préservation de l’environnement.
Le littoral albanais est devenu l’une des destinations touristiques connaissant la plus forte croissance en Europe, attirant un intérêt croissant de la part d’investisseurs internationaux. Toutefois, des organisations environnementales avertissent que de grands projets dans des zones côtières sensibles pourraient menacer des habitats protégés et modifier des paysages devenus essentiels à l’attrait touristique du pays.
Edi Rama a rejeté les images diffusées en ligne laissant entendre que le futur complexe touristique nuirait à la biodiversité.
"De nombreuses images ont circulé sur les réseaux sociaux montrant des projets qui n’ont aucun lien avec celui-ci", a-t-il expliqué, dénonçant des représentations trompeuses du développement envisagé.
Il a assuré que toute proposition serait évaluée conformément aux normes environnementales en vigueur avant qu’une décision ne soit prise.