L’initiative de Paris intervient alors que le Royaume-Uni, le Canada et la Norvège renforcent leurs sanctions contre des organisations et réseaux financiers liés aux colonies, accusés de soutenir la violence en Cisjordanie occupée.
La France a interdit l’entrée sur son territoire au ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich. Paris rejoint ainsi plusieurs pays occidentaux ayant récemment pris des mesures à l’encontre de figures de premier plan du gouvernement de Benyamin Netanyahou. Cette décision intervient dans un contexte de critiques croissantes visant la politique de colonisation israélienne et les violences en Cisjordanie occupée.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé cette décision mardi, accusant Smotrich de promouvoir des politiques qui sapent les perspectives d’une solution à deux États.
Barrot a déclaré que le ministre « promeut activement l’annexion de la Cisjordanie, qu’il revendique ouvertement, la création de nouvelles colonies en Cisjordanie, la recolonisation de Gaza, l’effondrement économique de l’Autorité palestinienne et ses conséquences néfastes pour la population palestinienne ».
« Il s’agit d’une politique que l’immense majorité de la communauté internationale, fermement attachée à la solution à deux États, ne peut accepter », a écrit le ministre français des Affaires étrangères sur le réseau social X.
Jean-Noël Barrot a également indiqué que l’interdiction s’étendait à « quatre dirigeants d’organisations de colons et vingt et un colons violents ».
Israël a rapidement condamné cette décision. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Oren Marmorstein, a qualifié ces sanctions de « honteuses », estimant qu’elles revenaient à tenter d’imposer une position politique à Israël.
« Le véritable fond de ces mesures, c’est la tentative d’imposer une position politique concernant le droit des Juifs à s’installer sur la terre d’Israël et concernant le conflit israélo-palestinien, le tout camouflé en mesures contre la violence », a-t-il affirmé.
Cette décision intervient quelques semaines seulement après que la France a interdit d’entrée sur son territoire le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir. Plusieurs États membres ont appelé l’UE à emboîter le pas à la France, après la diffusion par Ben Gvir d’une vidéo montrant des militants d’une flottille à destination de Gaza, détenus, à genoux et les mains liées.
Elle illustre un durcissement de la posture à l’égard de deux des figures d’extrême droite les plus en vue du gouvernement israélien.
Une campagne de sanctions coordonnée
L’initiative française s’inscrit dans un effort plus large de plusieurs pays occidentaux pour accroître la pression sur Israël au sujet de l’extension des colonies et des violences commises par des colons en Cisjordanie.
La France, le Royaume-Uni, le Canada et la Norvège ont tous annoncé des mesures visant des personnes et des organisations liées aux activités de colonisation et aux violences contre des Palestiniens.
Cette démarche coordonnée traduit l’inquiétude croissante des gouvernements occidentaux face à la poursuite de l’expansion des colonies, perçue comme une menace pour la viabilité d’un futur État palestinien.
Au Royaume-Uni, la ministre des Affaires étrangères, Yvette Cooper, a déclaré mardi devant le Parlement que le gouvernement exhortait les entreprises et les citoyens britanniques à ne pas se livrer à des activités financières liées aux colonies israéliennes en Cisjordanie occupée.
« Nous estimons que les groupes de colons violents ne doivent pas tirer profit des terres qu’ils ont arrachées aux Palestiniens », a déclaré Cooper.
Le gouvernement israélien « a condamné certaines violences commises par des colons, mais ces condamnations sonnent creux lorsqu’il y a si peu de responsabilité », a-t-elle ajouté.
Les dernières mesures s’ajoutent à des sanctions déjà imposées par le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande contre Smotrich et Ben Gvir l’an dernier, lorsque ces quatre pays avaient accusé les ministres d’inciter à la violence contre les Palestiniens.
Israël avait alors dénoncé ces sanctions comme « scandaleuses ».
Ces actions coordonnées témoignent de la volonté croissante de certains États d’aller au-delà des simples critiques diplomatiques pour adopter des mesures ciblées contre des individus et des groupes liés à l’extension des colonies et aux violences dans les territoires occupés.