Alors que la Coupe du monde de football 2026 débute officiellement ce jeudi au Mexique, l'Union européenne s'efforce de définir sa propre stratégie sur le terrain pour faire face aux crises financières provoquées par les chocs énergétiques et l'évolution de la situation géopolitique.
Ici Angela Skujins pour votre newsletter du jeudi, alors que les signes du dollar scintillent dans tous les coins du bloc.
Mais avant de nous plonger dans les méandres de l’argent, c’est une journée excitante pour les fans de football du monde entier.
Coup d’envoi : la Coupe du monde de la FIFA 2026, une compétition annoncée comme inédite, car répartie entre trois pays, débute ce jeudi 11 juin avec la cérémonie d’ouverture à Mexico.
Un spectacle haut en couleur est attendu de la part de la popstar colombienne Shakira, avant que la première affiche du tournoi entre le Mexique et l’Afrique du Sud ne lance réellement la compétition. Ensuite, l’action se déploiera au Canada et aux États-Unis, alors que le plus grand tournoi de football du monde prendra son envol.
Mais, comme souvent de l’autre côté de l’Atlantique, l’événement est déjà entaché de polémiques. Le prix des billets, très élevé, a été largement critiqué, l’arbitre somalien Omar Artan s’est vu refuser l’entrée aux États-Unis et les tensions sociales à Mexico, liées à des grèves d’enseignants, menacent de compromettre la cérémonie d’ouverture.
Le commissaire européen à l’Équité entre les générations, à la Jeunesse, à la Culture et au Sport, Glenn Micallef, vient de confier à Europe Today qu’il a « la fièvre de la Coupe du monde » et que nombreux sont ceux, au Berlaymont, qui suivront les 16 équipes européennes engagées.
« J’espère que cette Coupe du monde sera retenue pour l’excitation du football à l’état pur, pour la joie et la passion qu’elle procure », a-t-il ajouté. « Bien sûr, autour des grands événements sportifs, il y a des controverses, et il y a des questions qui méritent l’attention, mais mon souhait est que, pour l’instant, nous nous concentrions sur le football et le plaisir qu’il procure. » Regardez !
C’est aussi jour de match pour les passionnés de la politique financière européenne.
Parlons gros sous ! Le président du Conseil européen, António Costa, a indiqué que le sommet du Conseil européen (EUCO) de la semaine prochaine à Bruxelles sera axé sur la compétitivité. Dans une lettre d’invitation envoyée aux 27 chefs d’État et de gouvernement de l’UE, il souligne que les « déséquilibres macroéconomiques mondiaux » seront dans la ligne de mire de la réunion.
« L’Europe doit faire ses devoirs économiques mais, en même temps, une concurrence loyale au niveau mondial exige des règles du jeu équitables », poursuit la lettre.
Alimentera aussi les discussions décisives de l’EUCO la proposition de la présidence chypriote pour le prochain budget pluriannuel de l’UE. C’est le moment où la grande bataille budgétaire commence vraiment.
On ouvre la “nego-box”. Comme le rapporte mon collègue Jorge Liboreiro, Chypre considère que les discussions à huis clos ont suffisamment mûri pour qu’on puisse inscrire des montants précis, plutôt que des fourchettes, sous chacun des trois grands chapitres.
Il s’agit des Plans nationaux et régionaux de partenariat (NRPP), qui englobent les fonds agricoles et de cohésion, jalousement défendus par les États membres ; du Fonds européen de compétitivité (ECF), qui couvre des priorités stratégiques comme l’innovation, la défense et les technologies propres ; et de l’instrument Global Europe (GE), qui comprend la politique étrangère, l’aide humanitaire et l’élargissement.
La “nego-box”, comme on l’appelle à Bruxelles, devrait contenir une coupe modérée d’environ 2 % par rapport à la proposition initiale de la Commission, qui frôlait les 2 000 milliards d’euros.
Cette baisse de 2 % est vue comme un compromis délicat entre, d’un côté, les États membres qui voulaient préserver (voire augmenter) le montant phare de 2 000 milliards et, de l’autre, les pays frugaux (ou « modernisateurs », comme ils se rebaptisent) qui réclamaient des réductions drastiques.
Il y aura des coupes dans tous les postes, apprend Jorge, mais elles ne seront pas de même ampleur. Inutile de dire, toutefois, que tout le monde détestera la proposition.
Les lignes rouges restent trop figées. L’argent reste un sujet explosif. Et pourtant, l’objectif est de parvenir à un accord final sur le budget d’ici la fin de l’année, afin d’éviter que les discussions ne débordent sur 2027, année d’élections cruciales en France, en Pologne, en Espagne et en Italie. Décembre promet d’apporter, comme disent les diplomates, « du sang sur les murs ». Le rouge n’est-il pas la couleur idéale pour Noël ?
La crise énergétique se fait sentir. Direction Francfort, où la Banque centrale européenne s’apprête à relever ses taux d’intérêt en raison du conflit en cours au Moyen-Orient. La dernière hausse de taux de l’institution remontait à 2023, à la suite de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022.
Comme le rapporte ma collègue Eleanora Vasques depuis un train qui l’emmène vers la capitale financière allemande, les effets du conflit au Moyen-Orient, déclenché en février 2026, se sont fait sentir presque immédiatement en Europe. La fermeture du détroit d’Ormuz, encore partiellement fermé, a fait flamber le prix du pétrole et du gaz, avec un impact très lourd pour les importateurs européens.
La décision a été prise pour tenter de juguler la hausse de l’inflation. Toutefois, cette remontée des taux d’intérêt aura des répercussions sur la croissance économique, qui ralentit déjà selon les indicateurs.
Les ministres des Finances de la zone euro se réunissent également à Luxembourg. Le président de l’Eurogroupe, Kyriakos Pierrakakis, vient de confier à la rédactrice en chef Europe, Maria Tadeo, dans Europe Todayque l’Europe n’est pas dans un « scénario du pire » sur le plan financier. Il concède toutefois que le bloc évolue dans un environnement « difficile », marqué par une inflation à la hausse et une croissance à la baisse.
La Commission suit la situation de près, les discussions aujourd’hui à Luxembourg visant à trouver une solution, a-t-il précisé.
Par ailleurs : le scandale des stations balnéaires en Albanie ne faiblit pas. Les fonctionnaires de la Commission européenne sont submergés de milliers de courriels furieux envoyés par des groupes de campagne qui demandent à l’UE de « respecter les engagements environnementaux de l’Albanie ».
Les militants demandent à l’exécutif européen de faire pression sur le gouvernement albanais pour qu’il suspende tout chantier et veille à ce que le pays s’aligne sur les normes de l’UE avant toute étape préalable à l’adhésion. C’est ce qui ressort d’un courriel consulté par Euronews, comme le rapporte mon collègue Luca Bertuzzi.
En réalité, l’Albanie s’est retrouvée dans une position délicate après qu’un porte-parole de la Commission a adressé un avertissement, mardi, concernant un projet immobilier de 1,4 milliard d’euros lié à la famille du président américain Donald Trump, que Tirana a perçu comme un jugement hâtif.
La question a été évoquée lors de la réunion du Collège des commissaires jeudi. Un consensus s’est dégagé sur le fait qu’il ne servait à rien de s’acharner sur le Premier ministre Edi Rama et qu’il valait mieux offrir une porte de sortie à cette impasse politique (et aux mèmes (source en anglais)).
Parallèlement, le rapport annuel de la Commission sur les progrès de l’Albanie vers l’adhésion doit être soumis au vote des députés européens réunis en session plénière la semaine prochaine, où l’on peut s’attendre à quelques amendements de dernière minute faisant référence au scandale.
Cinq pays de l’UE veulent des garde-fous renforcés pour les futurs membres afin d’éviter un nouveau cas Orbán
L’Union européenne devrait se doter d’outils supplémentaires lui permettant de réagir plus rapidement face à de nouveaux États membres qui violeraient les droits fondamentaux et les principes démocratiques, estiment cinq pays alors que l’élargissement de l’UE gagne en urgence.
Une proposition conjointe de l’Allemagne, de la France, des Pays-Bas, de la Belgique et du Luxembourg, consultée par Euronews, recommande de muscler les traités d’adhésion des futurs membres du bloc avec différentes clauses de sauvegarde pour lutter contre les violations de l’État de droit et imposer rapidement des sanctions, telles que la suspension des fonds et des droits de vote.
Les nouveaux entrants devraient également voir leur pouvoir de veto limité pendant une période indéfinie, afin de prévenir des blocages soudains sur des décisions prioritaires, indique le document. La politique étrangère est l’un des domaines où l’UE exige en permanence l’unanimité.
L’élargissement, résume un diplomate, « ne doit pas se faire au détriment de notre capacité d’action ».
Lisez la suite de l’article de Jorge ici .
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- Le commissaire européen à la Justice et à l’État de droit, Michael McGrath, rencontre des organisations de la société civile à Zagreb, en Croatie.
C’est tout pour aujourd’hui. Jorge Liboreiro, Luca Bertuzzi et Eleanora Vasques ont contribué à cette newsletter.