La coalition populiste de droite du Premier ministre Andrej Babiš a approuvé une loi remplaçant la redevance audiovisuelle par un financement direct via le budget de l'État. Journalistes, ONG et opposants craignent que cette mesure n'accroisse l'influence du pouvoir politique sur les médias publics.
Le gouvernement tchèque a approuvé lundi un projet de loi mettant fin au financement des médias audiovisuels publics par la redevance au profit d'un financement direct par le budget de l'État. De nombreux journalistes, des organisations de défense de la liberté des médias et des dizaines de milliers de citoyens estiment cette réforme dangereux pour l'indépendance éditoriale.
Le texte concerne Czech TV et Czech Radio, qui percevraient à la place des montants annuels fixes globalement alignés sur les recettes de redevance collectées entre 2008 et 2024, avant que le précédent gouvernement de centre droit ne les augmente l'année dernière.
Le ministre de la Culture Oto Klempir, issu du parti Motorists, défend cette refonte comme une modernisation conforme aux pratiques européennes. "Nous rejoignons ainsi la plupart des pays de l'UE qui ont déjà abandonné ce mode de financement obsolète", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse aux côtés du Premier ministre Andrej Babiš.
Andrej Babiš, milliardaire et chef du parti populiste ANO, dont la coalition comprend également l'extrême droite SPD, a défendu ce changement en dénonçant ce qu'il décrit comme un manque de contrôle des deux diffuseurs. "Ces deux médias ne réalisent aucune économie et personne ne les contrôle. Et surtout, c'était dans notre programme gouvernementa", a-t-il affirmé.
Les salariés de Czech TV et de Czech Radio ont annoncé une grève de 24 heures pour protester. Ils redoutent que le nouveau modèle, qui rendrait les diffuseurs financièrement dépendants des dotations annuelles de l'État, ne les expose à des pressions politiques de la part de la coalition au pouvoir.
Le projet de loi suscite la colère d'une partie de la population depuis son annonce. Il figurait parmi les principales revendications d'une vaste manifestation antigouvernementale organisée à Prague en mars, qui a rassemblé plus de 200 000 personnes.
L'organisation Reporters sans frontières (RSF) a vivement condamné le projet de loi, qualifiant le texte de loi d'"absurde" et la réduction concomitante des ressources de "drastique". L'organisation de défense de la liberté de la presse avertit que la réforme "crée un précédent politique pour de nouvelles ingérences disproportionnées dans le fonctionnement des médias publics tchèques".
RSF ne mâche pas ses mots sur les implications plus larges. "Au terme de ce voyage surréaliste, nous avons une indépendance affaiblie de l'audiovisuel public, et c'est une impasse pour la démocratie", estime-t-elle, appelant également la Commission européenne à "tout faire en son pouvoir" pour contribuer à préserver le modèle de financement actuel.
Le texte doit encore suivre un long parcours parlementaire avant de pouvoir entrer en vigueur. Après son adoption par le gouvernement, il devra être approuvé par les deux chambres du Parlement tchèque puis signé par le président avant la date d'application prévue au 1er janvier 2027.