Cinq balles tirées à bout portant ont coûté la vie à un artiste russe qui critiquait ouvertement Vladimir Poutine. Les enquêteurs analysent les circonstances du crime et le Premier ministre, Donald Tusk, admet que la piste d’un mobile politique gagne du terrain.
Lundi matin, dans un quartier résidentiel de Biała Podlaska, un citoyen russe de 44 ans, Robert K., connu publiquement sous le pseudonyme de Siemion Skrepecki, a été assassiné.
Cet artiste et satiriste était connu pour ses critiques virulentes à l’égard de Vladimir Poutine, mais aussi du président bélarusse, Alexandre Loukachenko, et du dirigeant de la République tchétchène, Ramzan Kadyrov.
Siemion Skrepecki s’appelait en réalité Kuzowkow, était originaire de l’Altaï et s’est installé en Pologne en 2021, affirmant qu’il risquait des persécutions politiques en Russie.
Selon les premiers éléments de l’enquête, l’attaque a eu lieu entre 9 h 30 et 9 h 45. Un assaillant non identifié s’est approché de la victime et a d’abord tiré trois coups de feu avec une arme de poing. Lorsque l’homme s’est effondré au sol, l’assaillant s’est rapproché et a tiré encore deux fois à courte distance.
L’examen du corps a révélé au total sept blessures par balle – cinq orifices d’entrée et deux de sortie – localisées à la tête, au thorax et dans le dos. La police mène des actions intensives pour identifier et interpeller l’auteur des faits.
Le Premier ministre réagit au meurtre de l’artiste russe
Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, s’est exprimé sur l’affaire ce mercredi. Lors d’une conférence de presse, il a estimé que de nombreux éléments indiquaient un mobile politique, même si, a-t-il souligné, des conclusions définitives ne pourront être tirées qu’une fois réunies des preuves irréfutables.
Il a ajouté que, si le crime s’avérait avoir été commandité par la Russie, il s’agirait d’un événement aux conséquences internationales très graves.
"C’est du terrorisme d’État", a-t-il déclaré.
Le chef du gouvernement a assuré que les services feraient tout pour éclaircir les circonstances du crime. Il a toutefois souligné que l’identification de l’auteur des faits pourrait s’avérer particulièrement difficile s'il s'agissait d'un tueur à gages professionnel.
Il a également indiqué que les deux ressortissants bélarusses précédemment interpellés avaient été remis en liberté, les enquêteurs n’ayant pas trouvé de preuves attestant de leur participation directe au meurtre.
Donald Tusk a aussi rappelé que la victime russe était un critique connu du Kremlin. Il a révélé que la police comme l’Agence de sécurité intérieure lui avaient proposé une protection, dont il n’avait toutefois pas souhaité bénéficier pour des raisons inconnues.
Lors de l’une de ses dernières apparitions, organisée lors d’un rassemblement à Berlin, Skrepecki a présenté une icône caricaturale représentant Joseph Staline tenant Vladimir Poutine dans ses bras.
Dans le cadre de cette action de protestation, il a également publiquement profané le drapeau russe. Dans ses œuvres, il visait particulièrement le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov et son fils Adam, qu’il représentait régulièrement de manière ouvertement moqueuse.
Comme l’a rapporté le média russe indépendant Ważnyje Istorii, deux jours avant sa mort, l’artiste avait publié une toile réalisée plus tôt montrant Ramzan et Adam Kadyrov sous les traits de porcs.
Quelques heures seulement avant son assassinat, il avait également publié sur les réseaux sociaux des captures d’écran de messages de menaces reçus de la part d’internautes russes en réaction à sa publication consacrée à Kadyrov.