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Marc Bloch, historien et héros de la Résistance, entre au Panthéon

Le Panthéon à Paris et Marc Bloch
Le Panthéon à Paris et Marc Bloch Tous droits réservés  Montage photo.
Tous droits réservés Montage photo.
Par Etienne Paponaud & Euronews avec AFP
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Historien majeur du XXe siècle et héros de la Résistance, Marc Bloch entre au Panthéon avec son épouse Simonne, ce mardi 23 juin. Il est le premier universitaire historien à être intronisé dans ce sanctuaire républicain.

Plus de quatre-vingt ans après sa disparition, Marc Bloch s'apprête à recevoir l'hommage de la nation au Panthéon. La cérémonie, qui se tiendra dans ce temple laïc de la mémoire nationale, rendra hommage à son héritage intellectuel ainsi qu'à son rôle dans la lutte contre les nazis.

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Il deviendra le premier historien à entrer au Panthéon, un honneur réservé aux personnalités les plus exceptionnelles des mondes de la politique, de la culture et des sciences. “Une formidable reconnaissance”, pour Suzette Bloch, petite-fille de l’historien et ancienne journaliste de l’Agence France Presse.

Dans le communiqué annonçant le programme de la cérémonie, l’Élysée qualifie Marc Bloch d''homme des Lumières dans l’armée de l’ombre”, en référence à la Résistance française. “C’est un héritage intellectuel et républicain qu’il porte au Panthéon”.

Au cours de la cérémonie, qui débutera mardi à 21h à Paris, un cercueil symbolique (la dépouille de Marc Bloch repose dans le cimetière d'un village du centre de la France), accompagné de celui de son épouse, sera transporté dans l’ancienne église du Quartier latin de la capitale.

Les cercueils contiendront les médailles et des photographies de Bloch, ainsi que des lettres de son épouse à leurs enfants, a précisé Suzette Bloch.

Combattant, historien et résistant

Marc Bloch naît le 6 juillet 1886 à Lyon, où son père est professeur d'histoire, dans une famille juive d'Alsace qui, après son annexion en 1871 par l'Empire allemande, avait fait le choix de rester française par fidélité à la République.

Enseignant au lycée, il est mobilisé quand éclate le premier conflit mondial. Il reçoit la Croix de guerre et est décoré de la Légion d'honneur - plus haute distinction républicaine - pour ses faits de guerre.

Revenu à la vie civile, il devient professeur d'histoire du Moyen Âge à la faculté de Strasbourg, redevenue française. Cofondateur de la revue "Annales d’histoire économique et sociale", il révolutionne l’étude de l’histoire en y intégrant l’anthropologie, l’économie et la sociologie.

Âgé de 53 ans lorsqu'éclate la Seconde Guerre mondiale, il est à nouveau mobilisé. Sa participation à la Bataille du Nord lui vaut d'être cité à l'ordre du corps d'armée.

Assistant à la défaite face à l'armée allemande puis au naufrage de la Troisième République, il rédige en 1940 L’Étrange Défaite, publié à titre posthume en 1946.

Dans cet ouvrage, aujourd'hui au programme de tous les étudiants en Histoire et entré à la postérité, il rend compte de l’effondrement militaire et politique de la France. Véritable monument littéraire, le texte analyse la défaillance militaire et politique d’une nation, tout en révélant les valeurs constitutives de son engagement à venir.

Torturé sous les ordres du "Boucher de Lyon"

Après l'arrivée au pouvoir de Philippe Pétain en juin 1940, Marc Bloch subit la politique antisémite de l'État français replié à Vichy. Il est déchu de ses droits, perd sa chaire de professeur à la Sorbonne en raison de sa judéité et est poussé à la retraite.

Après l’occupation de toute la France par les nazis en 1943, il s'engage à près de 60 ans dans la Résistance française, dont il devient un des chefs pour la région lyonnaise.

Le mémorial national de la prison de Montluc, à Lyon, France.
Le mémorial national de la prison de Montluc, à Lyon, France. Jean-Philippe Liabot / Euronews
Le mémorial national de la prison de Montluc, à Lyon, France.
Le mémorial national de la prison de Montluc, à Lyon, France. Jean-Philippe Liabot / Euronews

En mars 1944, la police de Vichy l'arrête dans la capitale des gaules sur le Pont de la Boucle, actuel Pont Winston-Churchill. S'en suivent des jours de torture, endurés sur ordres du chef de la Gestapo Klaus Barbie, surnommé le “Boucher de Lyon” en raison de sa cruauté, à la prison de Montluc. Le résistant ne donne aucune information utile.

Le 16 juin 1944, dix jours après le débarquement des forces alliées en Normandie, Marc Bloch est exécuté par des tueurs de la Gestapo aux côtés de vingt-sept autres résistants. Son épouse Simonne, dont la santé s'est détériorée, meurt le 2 juillet 1944, à l'hôpital de Lyon.

Message politique et risque d'instrumentalisation

La panthéonisation de Marc Bloch est une demande récurrente des historiens depuis la redécouverte, en 1990, de L’Etrange Défaite. Proposée par Emmanuel Macron, son entrée au Panthéon a été acceptée par sa famille à condition que le monde universitaire, les enseignants et la jeunesse y soit largement associés.

Deux veillées funèbres sont ainsi organisées devant l’Ecole normale supérieure, où Marc Bloch fut élève, et quelque 700 jeunes doivent assister, mardi, à la cérémonie, au pied du Panthéon. Marc Bloch est le premier universitaire historien à être intronisé au Panthéon.

Cette cérémonie revêt une importance politique à moins d’un an des élections présidentielles françaises, qui désigneront le successeur d’Emmanuel Macron, alors que le Rassemblement national, parti d’extrême droite de Marine Le Pen, prétend accéder prochainement au pouvoir.

La famille de Marc Bloch a demandé que l'extrême droite, sous toutes ses formes, soient exclue de la cérémonie, invoquant les opinions "patriotes", mais "profondément antinationalistes" de l’historien.

Bien que le protocole républicain exige que tous les élus soient invités, Marine Le Pen qui dirige le RN à l’Assemblée nationale ne sera pas présente, a indiqué un membre de son équipe.

L’eurodéputée Sarah Knafo du parti d'extrême droite Reconquête ! aurait, elle, décidé de faire fi des vœux des descendants de Marc Bloch, et de se rendre à la cérémonie. En avril 2025, le chef de son parti, Éric Zemmour, avait été condamné à 10 000 euros d'amende pour contestation de crime contre l’humanité, après avoir soutenu, en 2019, que le maréchal Pétain avait "sauvé les juifs français" durant la Seconde guerre mondiale.

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