Le calme est progressivement revenu à Ceuta après l'arrivée irrégulière de quelque 60 000 migrants depuis le Maroc. Si la plupart ont déjà quitté l'enclave espagnole, les habitants restent sous le choc et dénoncent une gestion chaotique de la crise.
À la frontière entre Ceuta et le Maroc, la situation est nettement plus calme que ces derniers jours. Selon les autorités espagnoles, la majorité des quelque 60 000 personnes entrées irrégulièrement dans l'enclave jeudi ont déjà regagné le Maroc.
Un flux sporadique, mais continu, de migrants poursuit néanmoins le chemin du retour. Beaucoup expliquent avoir franchi la frontière après avoir reçu, sur les réseaux sociaux, des messages affirmant que le passage était ouvert et qu'aucun document n'était nécessaire.
En ville, la peur a progressivement laissé place à la colère. Les habitants réclament des explications et dénoncent la gestion de cette crise, qui continue d'alimenter les tensions politiques.
"Les gens sont extrêmement en colère. Nous sommes 85 000 habitants et, d'un seul coup, 60 000 personnes arrivent. Dites-moi, qu'est-ce qu'on est censés faire ? On ne pouvait même plus acheter de pain. Il n'y avait plus rien. Tout était fermé", témoigne un chauffeur de taxi.
Faisant allusion aux difficultés juridiques rencontrées pour procéder à des renvois immédiats des migrants, arrivés par la mer, un autre habitant accuse directement le Premier ministre Pedro Sánchez.
C'est un complice. C'est une honte. De toute ma vie, je n'ai jamais vu une situation pareille", lance-t-il.
D'autres habitants appellent toutefois à ne pas oublier l'aspect humanitaire de la crise.
Un retraité de 78 ans estime que l'aide aux plus vulnérables est une évidence."S'il y a des enfants, il faut leur donner à boire et à manger. C'est du simple bon sens. Toute Ceuta, toute l'Espagne est avec eux", affirme-t-il.
Mais il condamne dans le même temps la situation sécuritaire exceptionnelle qui règne dans la ville."C'est un état d'urgence. Pour aller faire ses courses à Mercadona, il faut croiser un soldat tous les dix ou vingt mètres. C'est un véritable état de siège. Il n'y a aucun doute là-dessus."
Le chef du parti d'extrême droite Vox, Santiago Abascal, s'est rendu à Ceuta dimanche. Devant les médias, il a imputé la responsabilité de cette crise au gouvernement marocain, mais aussi au Premier ministre espagnol Pedro Sánchez.
Selon lui, Rabat a laissé se produire cette arrivée massive de migrants parce qu'il était convaincu qu'il n'y aurait "ni réponse ni représailles", le dirigeant espagnol étant, selon ses termes, "soumis à ce pays africain".