Très critiquée pour l'absence de toute communication depuis le début de la crise jeudi, Rabat sort de son mutisme et annonce 11 migrants morts contre au moins 72 avancés par l'Espagne. La percée des clandestins relance les tensions diplomatiques européennes sur la frontière espagnole.
Le ministère marocain de l'Intérieur a publié un premier bilan des personnes mortes en tentant de rejoindre l'enclave nord-africaine espagnole de Ceuta la semaine dernière, faisant état de 11 morts, un chiffre nettement inférieur à celui communiqué par l'Espagne, d'au moins 72 victimes.
Des dizaines de milliers de candidats à l'émigration ont franchi le territoire entre mercredi et vendredi, provoquant des tensions diplomatiques au sein de l'Union européenne, certains États membres dénonçant l'inaction de l'Espagne et la souplesse de sa politique migratoire.
Rachid El Khalfi, porte-parole du ministère marocain de l'Intérieur, a indiqué que sur les 11 personnes décédées, 10 s'étaient noyées, tandis qu'une onzième avait fait une chute dans une zone rocheuse.
Le Maroc a également annoncé travailler en coordination avec l'Espagne pour vérifier ces chiffres et identifier les corps retrouvés sur le territoire espagnol.
Parallèlement, le ministère a attribué cette poussée soudaine à l"exploitation malveillante" des réseaux sociaux et à la "diffusion d'informations trompeuses".
Il a également évoqué des "interprétations erronées des dispositions légales", en référence à un arrêt de la Cour suprême espagnole du 8 juillet, selon lequel les migrants arrivant par voie maritime ne doivent pas être renvoyés aussi rapidement que les autres.
Le ministère a fait état de 40 000 tentatives de passage illégal vers Ceuta.
Par ailleurs, 1 135 personnes ont tenté de pénétrer illégalement dans l'enclave espagnole de Melilla, située plus à l'est, mais ont été rapidement renvoyées sur le territoire marocain, a ajouté le ministère.
L'Espagne affirme que plus de 60 000 personnes sont parvenues à entrer à Ceuta ces derniers jours, même si la majorité est depuis retournée au Maroc.
L'Association marocaine des droits humains (AMDH) a pour sa part fait état de "près de 130 victimes", ainsi que de dizaines d'autres personnes toujours portées disparues.
Selon le ministère, le parquet a ouvert une enquête officielle sur les événements.