Plusieurs accords au menu des consultations : défense, nucléaire, satellites — mais la visite est surtout l'occasion pour les deux leaders de consolider un rapprochement naissant et de resserrer les liens entre les deux pays, après la polémique Meloni-Trump autour des photos au sommet du G7.
La Première ministre italienne Giorgia Meloni, tout juste sortie d'une altercation avec le dirigeant américain Donald Trump, a rencontré jeudi le président français Emmanuel Macron afin de consolider un rapprochement naissant et de resserrer les liens.
L'une des figures de proue de la droite européenne est arrivée dans la station balnéaire d'Antibes, sur la Côte d'Azur, pour son premier sommet bilatéral avec le locataire de l'Élysée, depuis son entrée au Palazzo Chigi en 2022.
Ces entretiens marquaient également le premier sommet franco-italien depuis l'entrée en vigueur, en 2021, d'un traité d'alliance stratégique hissant les relations bilatérales à un niveau comparable à celui existant entre la France et l'Allemagne.
Tout sourire, les deux dirigeants ont échangé des bises et se sont brièvement tenu la main lorsque le président français a accueilli la cheffe de file de l'extrême droite transalpine devant le musée Picasso d'Antibes.
La présidence française a indiqué que ce sommet serait l'occasion d'approfondir la coopération dans des secteurs stratégiques tels que la défense, l'énergie nucléaire et le spatial.
« Nous avons besoin l'un de l'autre », a déclaré l'Élysée avant les entretiens prévus à la Villa Eilenroc, une somptueuse demeure du XIXe siècle surplombant la Méditerranée.
Par le passé, les relations ont souvent été tendues entre Macron, centriste pro-européen, et Meloni, qui dirige une coalition de partis de droite et d'extrême droite, souvent eurosceptiques.
Toutefois, bien que les dirigeants des deuxième et troisième économies de l'Union européenne soient loin d'être des alliés naturels, ils se sont efforcés d'apaiser les tensions, notamment lors d'un long entretien en tête-à-tête à Rome en juin de l'année dernière.
Pour Marc Lazar, spécialiste de l'Italie à Sciences Po Paris, Meloni et Macron tenteraient de consolider un rapprochement encore fragile, malgré leurs désaccords.
Si Meloni avait longtemps cherché à se positionner comme un trait d'union entre l'Europe et Donald Trump, elle a toutefois pris ses distances avec le dirigeant américain à la suite d'un sommet du G7 en France, dénonçant ce qu'elle a qualifié d'attaques « constantes et non provoquées » de sa part.
« Cela ne peut que plaire à Emmanuel Macron », a ajouté Lazar à l'AFP.
Sergio Fabbrini, professeur de sciences politiques à l'université Luiss de Rome, a estimé, quant à lui, que Meloni avait utilisé ses relations avec Trump « pour affaiblir l'Union européenne ».
« Aujourd'hui, elle se retrouve sans Trump et est contrainte de se tourner à nouveau vers l'Union européenne, notamment en matière de défense », a-t-il déclaré.
Selon Fabbrini, si Macron est en position de force sur la scène européenne, mais en position de faiblesse sur le plan intérieur, Meloni, à l'inverse, « est très forte sur le plan intérieur, mais faible au niveau européen. Cette asymétrie rend la rencontre difficile et complexe. »
Macron et Meloni partagent des points de vue communs sur certains dossiers, notamment leur opposition à l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le bloc sud-américain du Mercosur.
Ils restent toutefois divisés sur d'autres sujets, comme la volonté de l'Italie de créer des centres de rétention pour migrants en dehors de l'Union européenne.
Contrairement au président français, la cheffe de l'exécutif italien s'oppose à l'envoi de troupes italiennes en Ukraine, même dans l'optique de fournir des garanties de sécurité à Kyiv après la guerre.
Lors de ce 36e sommet franco-italien à Antibes les deux pays devaient signer une feuille de route en matière de défense, mettant notamment l'accent sur le système de défense aérienne franco-italien SAMP/T livré à l'Ukraine.
Un accord de coopération devait également être signé dans le domaine de l'énergie nucléaire, ainsi qu'un autre concernant le projet européen de constellation de satellites destiné à concurrencer Starlink, la société d'Elon Musk.
Dans le contexte des conflits en Ukraine et au Proche-Orient, « l'espace est devenu absolument central pour les militaires », a déclaré Hervé Derrey, PDG de Thales Alenia Space, lors d'un forum économique franco-italien organisé dans la ville voisine du Cannet.