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Du Moyen-Orient à l'e-sport : Emmanuel Macron reçoit le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane s'entretient avec Emmanuel Macron lors du sommet « One Water » à Riyad, en Arabie saoudite, mardi 3 décembre 2024.
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane s'entretient avec Emmanuel Macron lors du sommet « One Water » à Riyad, en Arabie saoudite, mardi 3 décembre 2024. Tous droits réservés  Bandar Aljaloud/AP
Tous droits réservés Bandar Aljaloud/AP
Par Serge Duchêne
Publié le Mis à jour
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Longtemps mis au ban de la politique internationale après le meurtre du journaliste et dissident saoudien Jamal Khashoggi, "MBS" a, depuis quelques années, retrouvé les lauriers du partenaire stratégique.

Le président français Emmanuel Macron accueille ce dimanche le prince héritier et dirigeant de facto de l'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, pour une visite de deux jours dont le programme s'étend de l'e-sport à la guerre au Proche-Orient.

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Plusieurs accords portant sur la santé, les transports et l'énergie seront signés lundi, au deuxième jour de la visite, selon un responsable de la présidence française, témoignant de la solidité des relations entre Paris et Riyad. Les dirigeants doivent aborder les "grands sujets économiques et stratégiques qui structurent le partenariat franco-saoudien", selon la présidence française, notamment dans l'énergie, l'aéronautique et la défense.

Selon le communiqué de l'Élysée, cette visite "traduit la vitalité du dialogue entre le Royaume d’Arabie saoudite et la France, et permettra de renforcer le partenariat stratégique qui lie nos deux pays. À cette fin, le Président de la République et le prince héritier tiendront pour la première fois une réunion du Conseil de partenariat stratégique franco-saoudien".

Toutefois, la visite débutera sur un registre différent dimanche soir : Emmanuel Macron recevra l'homme fort de l'Arabie saoudite — surnommé MBS, par ses initiales — lors de la cérémonie de clôture de la Coupe du monde d'e-sport organisée à Paris.

Toujours selon la présidence, "organisé pour la première fois hors d’Arabie saoudite depuis sa création, la tenue de ce championnat d’envergure mondiale à Paris témoigne de l’attractivité renouvelée de la France pour l’accueil de grands événements sportifs internationaux" et "illustre aussi l’ambition commune de la France et de l’Arabie saoudite de faire du sport et de la culture des vecteurs de leur rapprochement".

Cet événement, qui réunit l'élite de l'e-sport — des jeux vidéo aux échecs — et bénéficie du soutien actif de MBS, se tient pour la première fois hors d'Arabie saoudite.

Le responsable de la présidence française n'a pas souhaité dire si les accords pourraient concerner le vaste projet de parc à thème « Dragon Ball », soutenu par un fonds saoudien et envisagé dans le Val-d'Oise, en région parisienne.

L'Arabie saoudite s'apprête également à accueillir une série d'événements mondiaux majeurs, notamment l'Exposition universelle de 2030 et, surtout, la Coupe du monde de football de 2034.

La question des droits humains à l'ordre du jour ?

L'Arabie saoudite, proche alliée des États-Unis et dont les relations avec l'Iran sont historiquement tendues, suit aussi de près l'évolution de la situation au sein de la République islamique dans le sillage du conflit américano-israélien.

Lundi après-midi, MBS et Emmanuel Macron présideront la première réunion du Conseil de partenariat stratégique franco-saoudien.

Les deux dirigeants « échangeront sur les principaux enjeux régionaux, dans un contexte qui appelle à une coordination étroite entre la France et ses partenaires du Golfe en faveur de la stabilité et de la paix au Proche et Moyen-Orient », pour reprendre, encore une fois, les formules de l'Élysée.

Il reste à savoir si la question des droits humains figurera en bonne place à l'ordre du jour, quelque huit ans après l'assassinat et le démembrement du journaliste dissident saoudien Jamal Khashoggi au sein du consulat d'Arabie saoudite à Istanbul, en 2018.

Une enquête des Nations unies a qualifié la mort de Jamal Khashoggi d'« exécution extrajudiciaire dont l'Arabie saoudite est responsable ». Les services de renseignement américains ont conclu que MBS avait « approuvé » l'opération ayant conduit au meurtre de Khashoggi. Riyad dément ces accusations, les attribuant à des agents ayant agi de leur propre chef.

Plusieurs syndicats de journalistes français ont condamné dimanche la visite en France du prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, la qualifiant de « provocation » envers les défenseurs de la liberté de la presse.

« Cette nouvelle invitation du prince héritier par Emmanuel Macron sonne comme une provocation pour les défenseurs de la liberté de la presse et de la liberté d’expression », ont affirmé dans un communiqué le Syndicat national des journalistes (SNJ), le SNJ-CGT, la CFDT-Journalistes et le SGJ-FO.

Les organisations syndicales ont rappelé qu’une plainte contre Mohammed ben Salmane pour « tortures et disparitions forcées » déposée en 2021 par les associations Trial International et Reporters sans frontières (RSF), concernant la disparition du journaliste Jamal Khashoggi, est en cours d’instruction.

En décembre 2021, Emmanuel Macron est devenu l'un des premiers dirigeants occidentaux à rencontrer MBS en Arabie saoudite après l'assassinat de Khashoggi. En juillet 2022, c'est ben Salmane qui vient à Paris - et cette réception provoque de vives critiques à gauche, rapporte à l'époque Le Parisien. "Au menu du dîner entre Emmanuel Macron et "MBS", le corps démembré du journaliste [Jamal] Khashoggi ? (…) Non ! Du pétrole et des armes !", dénonce alors l'écologiste Yannick Jadot. Julien Bayou, à l'époque secrétaire national d'Europe Ecologie-Les Verts, estime de son côté que "la France n'est pas un paillasson pour dictateurs en quête de réhabilitation sur la scène internationale".

Depuis lors, le prince héritier saoudien a effectué plusieurs visites en France : l'Arabie saoudite est trop importante économiquement et régionalement pour que la France puisse durablement laisser la relation se détériorer.

Finalement, le facteur pétrolier - Riyad est le premier exportateur mondial du brut, - surtout sur fond de l'invasion russe en Ukraine et de la volonté européenne de se sevrer des combustibles du Kremlin, ne fait que parachever ce retour en grâce.

Sources additionnelles • AFP, franceinfo

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