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La dette française peut-elle vraiment être annulée ? La proposition de Mélenchon relance le débat

Jean-Luc Mélenchon lors d'une manifestation de soutien à la flottille humanitaire pour Gaza, le jeudi 2 octobre 2025 à Paris.
Jean-Luc Mélenchon lors d'une manifestation de soutien à la flottille humanitaire pour Gaza, le jeudi 2 octobre 2025 à Paris. Tous droits réservés  Thibault Camus/Copyright 2025 The AP. All rights reserved.
Tous droits réservés Thibault Camus/Copyright 2025 The AP. All rights reserved.
Par Eleonora Vasques
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le leader insoumis veut annuler une partie de la dette française: l'homme d'affaires Matthieu Pigasse, ancien conseiller de ministres socialistes comme Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius, soutient la proposition.

Le leader de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon, propose d'effacer une large partie de la dette publique française, à savoir les 18 % actuellement détenus par la banque centrale du pays. L'idée est de libérer des marges pour la dépense publique, mais une telle opération est-elle seulement réalisable ?

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Mélenchon, aujourd'hui candidat à l'élection présidentielle d'avril 2027 et espérant sa place au second tour, avait lancé cette idée pour la première fois pendant la pandémie de Covid-19 et l'a relancée ce mois-ci en campagne.

"Il suffit de prendre les 18 % détenus par la Banque de France et de les jeter au feu", a-t-il déclaré lors d'un discours de campagne, en référence à quelque 600 milliards d'euros.

Sa proposition a reçu un soutien appuyé de la part du banquier d'affaires Matthieu Pigasse, figure en vue et proche de la gauche. Pigasse est d'ailleurs monté sur scène aux côtés de Mélenchon lors d'un récent meeting de La France insoumise (LFI).

"La dette publique peut être annulée, comme l'a dit Jean-Luc, sans aucun impact économique ou financier", a affirmé Pigasse lors du rassemblement de LFI le week-end dernier, sous les applaudissements.

Personnalité bien connue en France et dans les milieux financiers internationaux, Pigasse a conseillé le gouvernement grec pendant sa crise financière et a récemment aidé le Venezuela à restructurer sa dette.

La proposition de Mélenchon d'annuler une partie de la dette a toutefois suscité de vives critiques, chez ses adversaires politiques et au-delà.

Thierry Breton, ancien commissaire européen au Marché intérieur, l'a étrillée dans une tribune publiée mardi dans le quotidien économique français Les Echos, soulignant qu'une telle décision serait juridiquement impossible, la Banque de France faisant partie de l'Eurosystème régi par la Banque centrale européenne et ne pouvant annuler ou effacer des obligations de sa propre initiative.

Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a estimé que Mélenchon "raconte n'importe quoi" et que sa proposition conduirait à une nouvelle "crise financière".

"Annuler la dette revient à dire que nous ne rembourserons pas les gens à qui nous devons de l'argent [...] derrière la dette, il y a des épargnants, des contrats d'assurance-vie, des banques. Si vous dites : 'on l'annule', vous détruisez la confiance", a déclaré Lescure sur BFMTV.

Il a lui aussi jugé qu'une telle mesure serait illégale et constituerait un "gigantesque doigt d'honneur" à la zone euro, les banques centrales nationales étant, par les traités, interdites de financer directement leur propre État.

Olivier Blanchard, ancien chef économiste du Fonds monétaire international, en poste lors de la crise de la dette grecque en 2015, a qualifié le débat autour de cette proposition d'"idiot", estimant que les effets d'une annulation de la dette seraient négligeables.

Il a expliqué sur X que si la Banque de France annulait les obligations d'État qu'elle détient, l'effet net serait nul. L'État économiserait sur le paiement des intérêts, mais perdrait exactement le même montant, puisque la banque centrale ne lui reverserait plus ces profits.

Pigasse a vivement critiqué les propos de Blanchard, accusant l'ancien responsable du FMI d'avoir mal géré la crise grecque, qui, selon lui, a débouché sur des coupes budgétaires plutôt que sur une restructuration anticipée de la dette.

L'économie française au cœur du débat électoral

L'état de l'économie française devrait s'imposer comme le principal thème des discussions à l'approche de la présidentielle de 2027. Avec une dette publique qui dépasse désormais 116 % du PIB, le prochain chef de l'État héritera d'une marge de manœuvre budgétaire quasi inexistante.

Ce lourd fardeau d'endettement limite fortement la dépense publique, contraignant les candidats à s'affronter sur la manière dont l'État peut, ou non, financer les investissements nécessaires dans des secteurs stratégiques comme l'intelligence artificielle et la défense.

Le scrutin se déroulera sur fond de paysage politique profondément fracturé. Une Assemblée nationale sans majorité stable laisse le gouvernement dans un état de paralysie structurelle, transformant l'adoption de textes de loi ordinaires en combats politiques permanents.

La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a exclu toute candidature à l'Élysée lors d'un entretien accordé à Euronews en juillet, tout en laissant entendre qu'elle pourrait démissionner pour apporter un éclairage économique aux candidats.

Jeudi, la campagne présidentielle doit véritablement s'ouvrir avec un grand débat économique organisé par le puissant patronat du Medef, auquel participeront sept prétendants à l'Élysée.

Jean-Luc Mélenchon et la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, figurent parmi les invités, et la proposition du leader de la gauche radicale devrait être au centre des échanges. À l'approche du débat, le bras droit de Le Pen, Jordan Bardella, a qualifié le programme économique de Mélenchon de "n'importe quoi".

Le Rassemblement national subit lui aussi de longue date des critiques sur la crédibilité de son programme économique. Le parti a un temps défendu ouvertement une sortie de la France de l'Union européenne, avant de renoncer à ce projet de "Frexit", dans un mouvement comparable à celui observé en Italie.

Pour les investisseurs, un second tour de la présidentielle opposant Le Pen à Mélenchon serait perçu comme un scénario à haut risque. Aucun des deux n'a d'expérience avérée dans la gestion d'un grand budget national ni dans la mise en œuvre de politiques économiques classiques.

Mais la focalisation de Le Pen sur le pouvoir d'achat, c'est-à-dire l'érosion du pouvoir d'achat des classes populaires, trouve un écho puissant auprès des électeurs français.

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