Selon l'économiste Pascal de Lima, cette mesure, perçue comme un "signal d'exemplarité", est un symbole qui ne fonctionnera que s'il est accompagné d'une répartition équitable de l'effort demandé pour le budget 2027.
Trente milliards d'euros d'économies : c’est le défi qui attend Sébastien Lecornu en cette fin d'année. Son gouvernement doit présenter, dans les prochains jours, le projet de budget pour 2027, un exercice qui s'annonce particulièrement délicat. Ce dossier épineux figurera au cœur des discussions du séminaire gouvernemental organisé ce jeudi 17 septembre par le locataire de Matignon.
Et, déjà, quelques pistes émergent pour tenter de réduire le déficit et la dette publics : économies sur les retraites, baisse de la contribution exceptionnelle à l'impôt des grandes entreprises, prélèvements sur l'épargne salariale... Autre mesure envisagée, selon les informations de BFMTV : une réduction des indemnités des ministres et des conseillers des cabinets ministériels.
Une baisse de 10 % de l’indemnité des députés et des sénateurs est également à l'étude, même si cette question "relève du Parlement", reconnaît l'entourage de Sébastien Lecornu auprès du même média.
Actuellement, le Premier ministre perçoit 16 038 euros bruts par mois, contre 10 692 euros bruts mensuels pour chacun des 36 ministres du gouvernement. Cette rémunération comprend un traitement de base, une indemnité de résidence et une indemnité de fonction, qui compense, par exemple, le fait de ne pas avoir d'horaires fixes, de congés garantis ou encore l'exposition médiatique.
Les députés et les sénateurs touchent, eux, 7 637 euros bruts par mois, sans compter les frais de mandat.
Une mesure "cosmétique" ?
En appliquant une baisse de 10 % à l'ensemble des rémunérations des membres du gouvernement, l'économie réalisée par an s'élèverait à environ 481 000 euros, soit 0,0016 % des 30 milliards d'euros recherchés.
En y ajoutant une réduction de 10 % des indemnités touchées par l'ensemble des députés et des sénateurs, l'économie réalisée chaque année atteindrait environ 8 958 000 euros, soit 0,0299 % de l'objectif recherché pour 2027.
"C’est négligeable au regard des dizaines de milliards recherchés pour 2027", estime Pascal de Lima, chef économiste de Business Knowledge Management Consulting (BKMC), auprès d'Euronews, affirmant que l'intérêt de la mesure est "politique" et "pas macroéconomique".
En revanche, selon lui, 'il ne s'agit pas là d'une "fausse économie". "Elle existe. Mais elle est tellement faible que la mesure doit être analysée principalement comme un signal d'exemplarité et un acte de communication."
Pascal de Lima émet toutefois un bémol. Si les citoyens se voient imposer des efforts de plusieurs milliards, cette mesure "peut être perçue comme cosmétique". Rien ne permet, en effet, d'assurer qu'elle aura un réel impact sur l'opinion publique. Tout cela dépendra de la "répartition globale de l'effort budgétaire", de "l'importance des sacrifices demandés aux ménages" et de "la cohérence entre cette mesure et les autres dépenses gouvernementales", analyse-t-il.
En réalité, l'intérêt de cette mesure est tout autre. Car cela peut "améliorer, à la marge, l'acceptabilité des efforts, car elle envoie un signal de réciprocité : les décideurs participent eux-mêmes à ce qu'ils demandent", explique-t-il encore. "Mais les Français jugeront surtout la justice de l'ensemble du budget", souligne Pascal de Lima. Selon lui, un "symbole ne fonctionne que lorsqu'il est accompagné d'une répartition équitable de l'effort". Sans quoi, "il se retourne contre le gouvernement lorsqu'il paraît destiné à masquer de vrais arbitrages".
Lecornu peut-il aller plus loin ?
En baissant les salaires des membres du gouvernement, Sébastien Lecornu marcherait ainsi dans les pas de François Hollande, dernier responsable politique à avoir pris une telle mesure. En 2012, l'ancien président socialiste avait alors décidé de réduire de 30 % ses indemnités ainsi que celles de ses ministres.
Mais le locataire de Matignon peut-il aller encore plus loin en s'attaquant aux avantages des ministres ? "Oui, si l'objectif est de réduire le train de vie gouvernemental", estime Pascal de Lima. Pour y parvenir, l'économiste suggère notamment d'examiner le nombre de ministres, la taille de leurs cabinets, la flotte de véhicules, les déplacements, les logements de fonction – dont ne bénéficient pas systématiquement tous les ministres –ainsi que les fonctions supports.
"Mais il faut éviter de qualifier toutes ces dépenses de privilèges : une partie relève de la sécurité et du fonctionnement normal du gouvernement", tempère l'économiste. "Le bon sujet est celui de leur proportionnalité et de leur transparence."
En Europe, des ministres mieux rémunérés qu'en France ?
Au sein de l'Union européenne, les ministres danois et allemands sont nettement mieux payés que leurs homologues français. Selon le site du gouvernement danois, le Premier ministre du royaume touche environ 22 630 euros bruts par mois. Le ministre des Finances et celui des Affaires étrangères touchent, eux, près de 19 920 euros bruts mensuels. Les autres membres du gouvernement perçoivent environ 18 100 euros bruts par mois.
Outre-Rhin, le chancelier perçoit 22 083 euros bruts par mois, un montant auquel s'ajoute une indemnité de frais de fonction exonérée d'impôt d'environ 12 271 euros par an, révèle le Bund der Steuerzahler Deutschland, une association indépendante de défense des intérêts des contribuables allemands. Les ministres fédéraux sont, eux, légèrement moins rémunérés, avec 17 990 euros bruts mensuels, auxquels s'ajoute une indemnité forfaitaire annuelle de 3 681 euros, exonérée d'impôt.
Aux Pays-Bas, les ministres émargent à 15 158,52 euros bruts par mois, hors éventuelles indemnités ou autres avantages, indique InView, une base de données juridique professionnelle.
Les ministres belges bénéficient, eux, d'une indemnité de 13 500 euros net par mois, explique RTL info. Un montant qui atteint presque les 14 000 euros pour le Premier ministre et les vice-Premiers ministres.
Avec un salaire de près de 11 000 euros bruts mensuels, les ministres français sont en revanche mieux payés que leurs homologues italiens, qui gagnent 9 203 euros bruts par mois, montant auquel s'ajoute une indemnité journalière (diaria) de 3 500 euros net par mois, explique le site d'information juridique et économique Lexplain.
Au Portugal, les membres du gouvernement émargent à 7 616 euros bruts par mois, frais de représentation inclus, indique le média économique Sapo, quand les ministres espagnols perçoivent 6 617 euros bruts mensuel, révèle le média Infobae.
En réalité, les ministres français font partie des mieux payés de la zone euro lorsqu'on élargit les comparaisons : le salaire des ministres est de 9 955 euros bruts en Irlande, de 9 045 euros bruts en Tchéquie, d'environ 8 000 euros bruts en Grèce, de 7 868 euros bruts en Estonie ou de 5 850 euros bruts en Bulgarie.